UPPLR #316 : On avance, par Julien d’Abrigeon

« ON AVANCE. »
« On va de l’avant. »
« Il faut avancer dans la vie. »
« On ne regarde pas en arrière. »
« On ne se retourne pas vers le passé.»
« Tout ça c’est derrière.»
« Le bout du chemin.»
Pourquoi le langage représente-t-il encore spatialement le temps comme un chemin, une flèche horizontale, alors que Galilée, Newton, Einstein sont passés par là ? Les seules actions de notre existence sur terre qui échappent au chaos du hasard sont celles régies par les lois de l’attraction.
« On tombe.»
« On va vers le bas.»
« Il faut descendre dans la vie.»
« On ne se regarde pas en haut. »
« On ne lève pas les yeux vers le passé. »
« Tout ça c’est là-haut. »
« Le sol. »
Et pourtant on ne cesse de nous pousser à monter les échelons, à rejoindre le firmament. Il nous faut grimper, nous hisser dans la vie, toujours plus haut, regarder toujours plus haut, ne pas baisser les yeux. Quitter le sol, s’élever. Les cieux.
& partir à la renverse.

Julien d’Abrigeon
Qui tombe des étoiles
Ed. Le Quartanier, 216 p., 20 €.

Qui tombe des étoiles est un roman. Un roman sur l’attraction, dans tous les sens du terme. Il croise des bribes de récits de personnages qui montent ou tombent, s’envolent ou s’effondrent à la suite de leurs rêves ou de leurs ambitions. On y suit notamment le peintre Nicolas de Staël ou Christa McAuliffe, cette professeure, astronaute et civile, qui trouva la mort dans l’explosion de la navette américaine Challenger en 1986. L’écriture mêle, avec beaucoup d’humour, reproduction de notes et interviews, portraits et, comme ici, prose poétique. Ce roman patchwork est l’œuvre de Julien d’Abrigeon. Né en 1973 à Aubenas, ce poète passionné anime le collectif et la revue BoXon, parue jusqu’en 2022. Il est aussi webmaster du site tapin2.org, une mine pour tous les amateurs de performances et d’expériences autour de la langue. Avec Qui tombe des étoiles, il nous offre une vertigineuse et jouissive réflexion sur la folie des grandeurs.

Stéphane Bataillon

(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°315 du 17/01/2026)

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