Général

Que nos monstres rallient
la mission qu’on propose.

Affronter avec eux
le futur sublime.

Mais en les dirigeant.

Post scriptum

Que voudrais-je laisser
si je devais partir ?

Quel seul apprentissage
pour faire gagner du temps ?

Que la vie dans l’instant
reste la moins absurde.

Et que la partager
fort de nos solitudes
la seule chose qui compte.

P.S : Refaire cet exercice
assez régulièrement.

Voir si tous les mots tiennent.

La tour

La tour s’est écroulée
je ne le savais pas
je rentre à peine en ville
après un long voyage

La tour s’est écroulée
les marchands et les rois
ne savent plus que dire
pour masquer leur effroi

La tour s’est écroulée
et seuls les enfants
ne le comprennent pas
et jouent encore ensemble

La tour s’est écroulée
car tu as préféré
des terres plus fertiles
pour te mettre à construire.

Colère

Le feu s’est réveillé,
la table vient d’être mise,
transformant la cabane
en ce palais précieux

Seule une petite brise
s’est glissée sans un bruit
pour nous faire deviner
l’approche de l’hiver

On imagine mal
que cet enfant léger
puisse se mettre en colère
entrer par effraction

Qu’il ne préviendra pas
qu’il détruira en meute
interdisant d’autres souffles
méprisant le répit.

Qu’il ne balayera plus
les peaux mortes des vies
et éteindra les chants
debout face au soleil.

Alors on se rapproche,
on entoure la bougie
pour préserver la flamme

Qu’elle ne vacille plus.

Paris, le 26 septembre 2008

Un poème écrit sur invitation de James Noël, et publié sur son blog Cœuritoire, pour mettre des mots après le vent, après les quatres ouragans qui
viennent de dévaster l’île d’Haiti en un mois à peine.

Conscription

Ce mot rejoindra t-il
le tout dernier poème ?

Aidera t-il à étendre
encore le territoire ?

En Madrid

S’approprier la ville
en jouant à s’y perdre
alors que le soleil
voudrait nous faire obstacle
nous croyant ennemi.

L’inaccessible

Marcher des jours entiers
vers un unique point
et chaque fois atteint
tomber dans ce brouillard
qui élude les pistes

Sans rêves ni regrets
mais frissonnant d’angoisse
n’avoir comme horizon
que la peur d’être libre
en ne laissant pas trace

Alors, prêt pour l’envol,
se désirer sans soi
et se laisser surprendre
par la première étoile
qui nous dirait tout bas :

« Je connais un chemin
un autre, inexploré,
où tu t’épanouiras
et qui te comblera
où tu seras présente. »

Et puis on y croira
et puis on la suivra
jusqu’au bout
jusqu’enfin
jusqu’à l’orée du jour 

Et on repartira
d’où l’on aurait pas cru
d’où l’on avait plus faim

Et on regardera
jusqu’au prochain mirage

Pour avancer encore
juste avec sans toi.

 

Mécano

Ne pas trop réparer
nos dysfonctionnements

Ces petits grains de sable
qui nous laissent vivants.

Retourner

Elle avait dû sortir
juste en avant de soi
par crainte d’étouffer
sous la pression du vide

Se sentant en retrait
en léger décalage
on la savait présente
comme une invitation
à poursuivre l’effort

Se retrouver, se reposer
rompre, nouer et s’affronter…
Tant de verbes en mouvement
sur l’un de ces chemins
dont personne n’a la carte

L’exact inverse d’une crise
lorsqu’il faut fuir loin
mais un retour au cœur
de la cité détruite

En cette fin d’exil,
ne plus vouloir connaître
tout ce qui nous attend
mais se sentir capable
de construire un futur.

Elle était notre guide
et se relier à elle
notre destination

Notre force enfin rentrée.


le 11 août 2008

Credo (6) : Philosopher ?

Pourquoi perdre son temps
à reposer le monde ?

Pour tenter d’estimer
cette place si fragile ?

Pour mieux savoir enfin
ne rien anticiper ?

Pour démasquer enfin
ceux qui nous surveillaient
du haut des miradors ?

Ou juste pour le plaisir
de jouer à vivre heureux
avec nos solitudes ?

L’impératrice

Pourquoi donc cachez-vous
sous cet habit de vert
l’attente d’une mise à mort ?

Pablo Picasso – Mujer en Azul

Le prix du voyage

Une couleur
capable de projeter
au fin fond de l’espace
tout en nous absorbant.

Yves Klein – Monochrome bleu sans titre

Ligne

Entraîner vers l’épure
tous ces mots élevés
non pour les sacrifier
mais pour qu’ils se retrouvent
en une seule ligne noire.

Juan Miro – La danza de los amapolos

Exposition

Prendre soin de faire une place
à nos inavouables
pour tenir la distance
et toucher en plein cœur.

J’accepte

J’accepte les délires
et les rêves de monde

J’accepte les solitudes
à l’œuvre dans nos regards

J’accepte vouloir toujours
exercer nos puissances

J’accepte ne pas rejoindre
pour continuer l’échange

De choisir le milieu
comme vitesse absolue

J’accepte de prendre le temps

De ne plus le confondre
avec nos territoires

J’accepte enfin le droit
de ne rien accepter

Et de tout accueillir
sans jamais me soumettre

Car je le fais en joie.