Initié

Sentir que le poème

commence à imploser


Traverser le grand feu

sans percer le secret

des magies alentours


Mais être quasiment sûr

qu’on pourra l’entretenir.


Inscription

Au son de la kora
identifier la peur
héritée de nos proches

qui sous un soleil lourd
sucré comme les secrets
transportaient leur exil

Au son de la kora
se rassurer ensemble

Dire qu’il n’y a rien à craindre.

Braises

Nous sommes braises de monde
d’une terre qui s’éteint

Nous sommes les derniers mots
imprimés sur la page

Ses dernières senteurs

Et nous persisterons.

Andrée Chedid, soif de poésie

Dans les wagons bondés du métro parisien on peut lire, ces jours-ci, quelques mots apaisants : ”La poésie est naturelle. Elle est l’eau de notre seconde soif.” Ils sont d’Andrée Chedid, poète à l’honneur de l’édition 2010 du Printemps des poètes. Une petite anthologie, parue pour l’occasion et préfacée par son petit-fils, le chanteur M, permet de renouer avec ce chant si clair.

Avec les mots de tous les jours, avec les sentiments communs, Chedid agence les temps. Les temps d’une vie, de ses joies, de ses douleurs aussi, par des mots voyageurs qui ont connu l’exil. Qui ont su préserver leur potentiel intact à force d’économie et de lente filtration. « La peine est de ce monde, je le sais bien » reconnait-elle, pour tout de suite ajouter « Mais chaque fleur d’orage porte la graine de demain ».
La poésie de Chedid, discrète et rare (essentiellement quatre livres chez Flammarion, un chez Gallimard) parle à notre part d’enfance. Elle lui ouvre des pistes pour se ré-enchanter. Pour que l’on garde intact nos émerveillements. « Vivre en poésie, ce n’est pas renoncer ; c’est se garder à la lisière de l’apparent et du réel, sachant qu’on ne pourra jamais réconcilier , ni circonscrire ».  Une belle invitation à conjuguer ce réel avec nos rythmes intimes. En espérant rejoindre pour de douces mélodies tous ceux en face de nous. Une fraternité d’eau.

>> Andrée Chedid, Poèmes choisis, Ed. Librio, 100p, 3 euros.

Tracé

Il faudrait s’arrêter
en face des carrefours
sans y être contraint

Tenter les caractères
apprécier leurs failles
désirer leur contours

Les suivre minuscule
pour avoir la surprise
sans trop lever les yeux

Vers notre découverte.

Une déflagration

Une déflagration
qui déplie le désert

qui fait sonner les hommes
au proche de leurs voix

Comme une éclaboussure
qui atteindrait la feuille.

Habitude

Il nous faudrait reprendre
ces minces cahiers de pierre
où les mots se posaient

Qui offraient un refuge
pour qu’ils se consolident
et qu’ils se congratulent

Il nous faudrait reprendre
cette sorte de discrétion.

End of cycle

Machine lancinante
au terme
de sa course

Qui tente de rythmer
les bonnes vibrations

Âme triste en attente
d’une simple révérence.

Héritage

I.

Une fois que l’averse
abattue sur la ville
ait lavé les remords

Une fois que les copeaux
attachés au grand tronc
ne se soient retirés

Une fois que le sable
ne se soit déposé
sur le bitume hostile

Dans les entrailles du mondes
sur les rivières du temps
je retiens tous les mots

Ceux issus des silences
derrière les milles récits
de notre dynastie

Ceux que tu m’as transmis
dans ces larmes invisibles
qui charriaient le vent

Ce détachement profond
pour affronter l’exil
auquel on nous condamne

II.

Je sais bien qu’il nous faut
l’opulence et les joies
et que l’on désoriente

Pour prendre le pouvoir
que nous abandonnerons
à la flamme vacillante

Que nous serons capable
de refonder sans fin
à l’image du soleil

Et qu’il faut refuser
les ligatures sombres
de nos relations mortes

III.

Les sentiments s’envolent

Il faut les laisser libres
de n’emplir que l’instant

Que l’amour soit sincère.

La dérobade

Terre des vagabonds
et des anciens seigneurs
le chemin de halage
s’empreinte de nos pas

On se demande
si une montée des eaux
si la musique résonne
des guinguettes aux canaux

Si ces portes dressées
qui ouvrent sur le vide
conservent des secrets

Et que pourraient-ils être.

Architecture

Une chapelle blanche
À la croix déposée

L’oblique de l’acier
Qui pressent la lumière

Et juste assez de vide
Pour nourrir l’horizon.

Écoutez les haïkus sushis !

Nous vous proposons aujourd’hui de déguster une nouvelle expérience poétique avec nos haïkus sushi. Les haïkus, ce sont de fameux petits poèmes japonais de 5-7-5 syllabes que nous avons lentement mitonnés, puis confiés à la délicieuse voix de Vanessa Parachou avec l’aide, pour la conception et le graphisme, de nos excelllllents compères Stéphane Mattern, Florent Maurin et Perceval Barrier.
Ce petit module interactif a été conçu et publié sur bayardKids à l’occasion du Printemps des poètes. Cliquez sur chaque sushi pour entendre un nouvel haïku (il y en a dix).
Bon appétit !

HaikuSushi

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Écoutez les haïkus sushis !

Nous vous proposons aujourd’hui de déguster une nouvelle expérience poétique avec nos haïkus sushi. Les haïkus, ce sont
de fameux petits poèmes japonais de 5-7-5 syllabes que nous avons lentement mitonnés, puis confiés à la délicieuse voix de Vanessa Parachou avec l’aide, pour la conception et le graphisme, de nos excelllllents compères  Stéphane Mattern, Florent Maurin et Perceval Barrier.
Ce petit module interactif a été conçu et publié sur bayardKids à l’occasion du Printemps des poètes.
Cliquez sur chaque sushi pour entendre un nouvel haïku (il y en a dix).
Bon appétit !

Corbac

Le corbeau de l’autre jour
plane amicalement
dans ma tête

Peut-être
qu’il voudra bien me suivre
au-delà du périphérique
ce n’est qu’à quelques mètres.

Il viendra se poser sur mon épaule

Peut-être que ses griffes me feront mal
peut-être pas

Peut-être qu’il me parlera
et qu’il aura mis des baskets

Qui sait ?

Un corbeau, c’est intelligent.