Note sur la poésie #34

Avoir confiance en soi ? Avoir confiance suffit. Ou alors, un « en soi » pour désigner le lieu. Cette confiance qui permet le lâcher du poème et rend possible, par le dénuement qu’elle engendre, de ne plus considérer que deux choses : le mouvement et l’échange qu’il réalise. Comme le secret murmuré à l’enfant que nous étions : « tu vois, je me suis bien occupé des escargots ».

 

L’effondrement #1

L’eau, le sang, le sable. Les globules, les montagnes, les microbes, les planètes. Les peaux, les idées, les fers à repasser. Les os, les assiettes, les fleurs et leurs racines. La chance. La tasse de café chaud, les sourires au passage. Les cahiers à spirales, tes joies et tes colères encore incontrôlées. La platine CD, le dernier épisode, les miettes. Les rêves, les déceptions, le rouge à lèvres de ce matin. Les comprimés de Doliprane. Placebo. Les notes. La thèse d’esthétique de plus de mille pages de Tristan Garcia. Les romans esquissés et les citrons pressés. Les contes. Les larmes. Les cris. Les paroles. Les sermons et les discours. Le hasard. L’information continue sur les chaines d’information continue. Les tweets, les likes, les boutons de follow. Les amis. Les ennemis. Les haines et les passions. La tâche de boue. L’odeur du substrat. Cette odeur sur toi. Le pot de terre en fibres de coco. Nos corps sous le soleil. Les choses. Tout s’écoule.

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L’effondrement > Un feuilleton écrit et dessiné par Saint-Oma et Stéphane Bataillon. Une relecture moderne des fragments d’Héraclite (en gras dans les textes) construite à partir d’un ping-pong entre dessins et le texte : à partir du fragment initial, textes et dessins rebondissent l’un après l’autre pour inventer l’ensemble à partir des morceaux.

L’intensité (souvenirs)

Il suffit de tourner la tête pour voir les feuilles de l’arbre frappées par le soleil. Remonter le rayon et s’arrêter, juste à bonne distance, qu’il puisse nous réchauffer, calme le tourbillon et que tout se dépose. Rester là et attendre que le mouvement reprenne, mais cette fois avec soi. Retrouver la confiance sans regarder le ciel. Pouvoir parler de toi.

Note sur la poésie #33

Parfois, le poème résonne. Il nous met en mouvement lorsqu’il arrive à créer cette relation avec nous, durant son écriture, sa lecture ou son écoute. Il crée la dynamique qui est, qui fait la vie. Espace et temps précipité dans l’expérience sensible d’une parole hors d’usage.

Poésie, seule transcendance, non violente, non criminelle.
Jacques Roubaud, Poétique Remarques. Ed. du Seuil, 2016

J’ai pas sommeil

On va juste arrêter de se mentir, là. Faire cesser les trompettes. Ranger les catapultes. Sortir de la rivière. On n’est pas des héros. #Onvautmieuxqueca mais pas sûr. L’aspiration au monde se résume d’une chaleur. S’en rendre compte. Desserrer les dents. Contempler la fleur. Profiter du soleil, avant de s’évanouir d’une fraction d’étincelle, brûlant les rêves glacés des projections factices.

Prendre les clés. Éteindre le portable. Laisser son sac.

Et marcher dans sa nuit.

Trajet

Le trafic sur le ligne 1 est fortement perturbé suite à un accident grave de voyageur… décidé d’en finir avec sa dissonance. Sans avoir pu ni se caler ni changer le rythme. Y a-t-il des suicides dans le calme des campagnes ? Oui, tout autant.  Ne pas se tromper de silence...Veuillez emprunter les correspondances.

Ésotisme

Tu m’avais dit « Regarde »

Alors j’ai regardé
plus loin que l’horizon

Je me suis retourné
jusqu’à l’étourdissement

Et j’ai levé les yeux
jusqu’aux confins du ciel

Puis fixé chaque pas
jusqu’aux fibres de l’herbe

Ce n’était pas

La bonne direction.

 

Écoutez l’émission Grand Angle sur RCF

rcflogoMardi 19 avril de 17 à 18h, j’étais l’invité de Christophe Henning pour l’émission Grand angle de RCF qui avait pour thème « la poésie, musique de l’âme ». Vous pouvez réécouter l’émission :

Écoutez l’émission RCF-Grand-Angle du 19 avril 2016 :

On croit qu’elle plaît surtout aux contemplatifs ou qu’elle agace les cartésiens, la poésie réunit plus qu’on ne le pense les uns et les autres car elle laisse entrevoir le coeur de l’homme. « On n’est pas dans les idées, dans la désincarnation, c’est un art total« , explique François-Xavier Maigre. En tant que lecteur, Stéphane Bataillon dit aimer trouver dans un poème « une énergie qui nous fait prendre conscience de nous, nous aide à nous reconnecter au monde dans ce qu’il a de plus simple de plus infime, ce dont le traitement médiatique ne parle même pas« . Dans un monde où tout semble aller très vite, dans une « période de la parole humiliée », disait Jacques Ellul, la poésie fait sortir la parole de sa « fonction utilitariste« . Un autre rapport à soi, au temps, au monde, comme une brèche que l’on peut ouvrir à tout instant de la journée.

« La poésie c’est d’abord une voix humaine, un timbre, j’aime cette singularité qu’il y a chez chacun« , confie François-Xavier Maigre, qui est journaliste mais aussi poète. Il est à la portée de chacun de s’émerveiller de ce pouvoir de la poésie de rejoindre chacun au plus profond. Le rédacteur en chef de Panorama se souvient de sa « première édition des Fleurs du mal, celle de 1921, 100 ans après la mort de Baudelaire » dont il aime « les traces d’humidité » venues avec le temps: « ça fait partie de ma vie, ce sont des marqueurs importants, des balises« .

Sylvie Taurelle insite sur la dimension concrète et matérielle de l’acte d’écrire, qui est comme « sculpter dans la matière des mots« . Pour elle, qui confie entretenir un rapport très fort à la nature « immanence et transcendance fusionnent » dans l’acte poétique. Et si la poésie a souvent affaire avec le spirituel, même des poèmes d’artistes comme Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet ont une dimension sprituelle. « La poésie ce n’est pas un catéchisme avec des rimes », pour François-Xavier Maigre. « c’est une insurrection intime », selon Stéphane Bataillon, auteur du blog « Poésie & écritures numériques ».

 

Note sur la poésie #32

 

Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.
Proverbe Navajo

La poésie est exercice de notre puissance. De son usage, de ses limites, de sa maîtrise. Elle nous estime au plus juste. Nous accompagne, par la parole, afin de discerner quand engranger, retenir ou dépenser notre énergie. Qu’elle ne se disperse pas, ou le moins possible.

La poésie n’est pas accès à un « au-delà », mais bien à un « en-dedans », cette partie intime endormie par le flot des paroles. Elle témoigne des interactions faibles du monde : la contemplation d’un visage, la saveur d’un silence qui s’invite entre nous,  la tulipe qui s’ouvre chaque matin un peu plus par la force irrésistible du réel.

Chaque poème est cette étincelle qui allume ce que nous avions cru perdu. Tous nos poèmes ensembles, ceux écrits, ceux lus, provoquent un crépitement qui annonce l’embrassement. Un état d’urgence.

 

 

Les besoins

Parler du bout des lèvres, évoquer dans un souffle et souligner à peine ces lettres imprononçables : YHWH. Volonté et puissance d’une parole silencieuse, pour traverser le vide. Sans d’autre intention que le mouvement du monde. Pour que les signes persistent face à toutes les tristesses. Mais peut être ces signes sont-ils déjà de trop.

 

Les fantômes

J’arrive
pour vous rejoindre

Partager vos prières
vos rires et vos espoirs

Participer aux joutes
de vos mille paroles

Que l’on se répartissent
les forces disponibles
en chevauchant la nuit

J’arrive
pour vous rejoindre

Devenir ce noyau
qui germerait splendide
au cœur de vos caresses

Qui cesserait de trembler
pour mieux séduire la terre

Qu’elle puisse combler nos vides
et filtrer la lumière

Mais la pluie tambourine

J’attends
derrière la vitre
trempée de vos regards.

 

Note sur la poésie #31

Quoi de plus précieux que cette joie intime, que personne d’autre que soi ne peut ni proposer, ni définir ? Cette alchimie de souvenirs, d’émotions et de rêves qui, de nuits mêlées aux jours, nous met en mouvement. Dynamique souterraine qui charrie le limon gardant la surface calme. L’insurrection des ondes.