Rendez-vous

Il y a un peu d’ombre. Quelque chose de fragile qui pourrait se briser. Sur une mélodie jouée un peu trop fort. Sur une caresse qui n’a pas effleuré. Sur cette gorge qui retient un serrement de toi. Alors joindre ses doigts pour mieux tracer le signe qui d’une épaule à l’autre indiquera la ville. Celle où je t’attendrai.

Début d’artichaut

Que devient l’art, que devient la poésie, que devient le concret, quand tout se liquéfie ? Quand les relations, les valeurs, la matérialité se transforment en impulsions stockées dans des serveurs à des milliers de kilomètres de là. De là où nous parlons. Où nous tentons de produire quelque chose. De durable. De valeur. De dur. Mais non. Fluxus. Alors inventer autre chose. Une autre manière d’envisager l’original. Des œuvres reproductibles à l’infini, faites du matériel le plus commun. Non plus la toile, l’acrylique, le pastel, mais un nouveau fichier>texte et une police de caractère élégante, lisible, identifiable par tous. Pas peur. Art access, accessible : l’Helvetica Neue. Symbole de conformité, d’uniformité, assimilé avec un humour relatif par le designer Erik Spiekermann, fondateur de United Designers à Berlin, « à une armée de soldats nazis marchant en rangs serrés ». Uniformité et norme de ce monde made with GAFA, à une époque où l’intelligence artificielle et l’Internet des objets commencent à peine à poindre. Où nous aurons bientôt tous besoin d’art. D’un art reproductible, libérateur, comme un mantra. Un art si normé qu’il en sera subversif 1.0, jouera avec les codes à en faire perdre la raison à aimer:algorithme. Ce n’est que le début de l’artichaut. Dada !

Design du poème #46

Un poème, l’idée d’un poème, c’est souvent un seul mot. Un mot qu’on ne trouve pas tout de suite. Un mot autour duquel. Un mot autour duquel on tourne. Pour dissiper les brumes. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à éliminer tous les mots autour, qui le cache. L’armée d’approximations, d’idées vaguement semblables, de synonymes, de faux désirs, de mauvaises certitudes. Se coltiner chaque contradiction qui se place en obstacle. Comprendre l’adversaire, ses besoins, ses ressources, ses faiblesses. Estimer les alliances conclues. S’estimer. Cibler juste. Le cerner. Le prendre au piège. Seul. Vidé. Le vider de ses sens. Voir s’il résiste. Voir s’il laisse passer. Après des jours de siège, la fortification cède. Tout découle. Tout s’imbrique. Tout se résout. D’un simple mot. Qui trainait là. Lumineux.

Appel pour projet

Je vous propose de participer à mon prochain projet poétique.

C’est tout simple. J’aimerais juste que vous me donniez le mot qui désigne la chose, l’idée ou l’émotion que vous préférez le plus.

Vous pouvez le compléter par le mot désignant à l’inverse ce que vous détestez le plus.

J’utiliserai ces mots (à me transmettre en commentaire, en MP, par mail…) pour réaliser une création autour de notre rapport et de nos usages du réel. Les participants en seront bien sûr les premiers informés.

Merci d’avance !

LES MOTS DÉJÀ REÇUS (au 01.12) :

abeilles, amour/ arrogance, tendresse / exilé , joie, Satori, survive, passion / indifférence, enthousiasme / rabougri, espérance, une voix douce, attention / détention, créativité/inertie, spontanéité/hypocrisie, douceur / bêtise, l’Aurore, fragiliser/ergastule, être simple, authenticité / duplicité , justice / hypocrisie, bienveillance / aigreur, avenir / impasse, tendresse, résistance / vieillir, la civilité, Kouign-amann, Ensemble / Remugle, fougères, la nostalgie, les couleurs, compassion, subtilité, fermeture, bruissement, quiétude, solidarité, imaginer, crépuscule, satiété, empathie / indifférence, l’optimisme, bienveillance, poésie / tromperie, sérénité, tendresse, audace / obscurantisme, curiosité, spontanéité / calcul, caresse / blessure, plénitude, aimer/méchanceté, ciel / angoisse, créativité / conformisme, liberté / intolérance, maison, intuition, vertige, désenchantement, catachrèse/impact social, confrontation/fuite, Bourdon /miel, complicité/résignation, Fraternité / séparation, fragile / violence, brasillement / bêtise, flibustier / larynx, l’instant présent, curiosité, caresse / blessure, plénitude, aimer/méchanceté, créativité / conformisme, ciel / angoisse, courage/renoncement, tendresse / exilé, l’amour / l’arrogance.

Sortie de la revue Arpa n°120-121

J’ai le très grand plaisir d’être au sommaire du nouveau numéro de la revue de poésie Arpa, dirigée par Gérard Bocholier, avec une suite de poèmes, « Les puissances ». Un numéro double riche et passionnant autour du lyrisme contemporain, où se côtoient des poèmes de Guillevic, de Jean-Pierre Lemaire, d’Yves Leclair, de Bruno Doucey et de tant d’autres. « Il y a le lyrisme qui se complait à lui-même et le lyrisme qui force l’issue » disait Guillevic. Ce numéro nous le prouve en livrant de multiples portes d’aventure.

Revue Arpa, n°120-121, Automne 2017.

Credo #46 : du moindre mal

Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. Albert Schweitzer

Il y a ce tremblement. Cette incertitude qui nous saisit et nous angoisse parfois. Face à des questions posées. Des comportements. Des gestes accomplis. Ceux qui sont aux frontières de cette phrase d’Albert Schweitzer.

Il y a ce tremblement de nos doutes, de nos insuffisances. De nos regrets et de nos impuissances qui empêchent de trancher. De s’embarquer. De faire un premier pas. Menaçant de sur place. De pourrissement. Alors, peut-être, dans ces cas là, choisir le moindre mal.

Un « moindre mal » qui permet la souplesse d’une vie vécue parmi les autres. Qui laisse un peu de place au soin et à l’empathie derrière toutes nos colères. Y compris pour son adversaire. Pour cet enfant terrible venu dormir chez nous sans y être invité. Le raccompagner, au pas de la porte. Mais sans violence. En lui déposant ses affaires à côté. Lorsqu’il se réveillera.

 

Credo #45

« L’éthique est la recherche de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes. » Paul Ricœur, Soi-même comme un autre.

Il y a la mort. Il y a des morts. En permanence. Il y a la naissance. Des naissances. Entre les deux, toujours, pour tout, cette énergie. Cette baraka. Cet amour. Cette impulsion qui nous porte d’un point à un autre. De ce que l’on a pris vers ce que l’on est. Juste. Inattaquable. Aligné comme les atomes d’un poème de diamant. Vers cette entière cohérence faite de tout ce que l’on a vécu, entendu, ressenti, se mélange. Qui dans un moment se cristallise. Se transforme en une même couleur. Peut servir à la composition du tableau. De ce qui deviendra, sans le savoir, notre œuvre. Comme une peinture de Soulages. Avec du noir, de l’ombre, des reflets, de la lumière. Tout changeant. Tout le temps. Toujours en mouvement. Sans forcer le rythme. En s’adaptant au rythme. De notre cœur. Et donc choisir. De tendre. Vers la mort. L’arrêt. La décomposition de cette cohérence. Ou vers la vie. Vers l’intensification de cette lumière. De cette joie. De ce sourire d’enfance. De ce sourire de nous. Enfant. En vie.

« Pour ceux qui se perdent, c’est une odeur de mort qui donne la mort. Pour les autres, c’est une odeur de vie qui donne la vie. Mais qui est capable de faire un tel travail ? » (2 Corinthhiens 2 : 16).