Note sur la poésie #81 : de la confiance des pierres

Spiritualiser la matière. Entrer en amitié avec cette pierre apparemment inerte et apprendre à l’aimer. En se laissant séduire par son habitus, émerveillé par les inclusions qu’elle contient. Voir des montagnes chinoises dans cette fluorite, un cosmos en mouvement dans ce jaspe kambara, ou l’œil d’un reptile dans le vert serpentine. Être touché au cœur par ces témoins de monde vieux de millions d’années au creux de notre main.

Y a t’il une énergie qui passe entre nos corps ? Y a t’il un échange qui s’effectue, subtil, durant l’observation ? Se pourrait-il qu’une énergie s’active, de par cette relation ? Des questions inutiles, cette fois, pour le poème. Il y a connexion et fourmillement de joie. Cette joie d’être au monde dans le silence des pierres.

La confiance des pierres #3 : Graphite & diamant

Les atomes de carbone désordonnés tracent des mots sans crier gare. Partent dans toutes les directions. Multiplient les paroles jusqu’à remplir l’espace. Brouhaha de polémiques vaines, d’invectives et d’injonctions, de tweets et de pressions pour que tout soit parfait et que rien ne déborde. Mais tout déborde. Mesure de la pression artérielle. Tout se consume. Mesure du rythme cardiaque. Tout brûle. Mesure du taux de glycémie. Au charbon.

L’animatrice scientifique de la galerie des minéraux du Muséum national d’histoire naturelle explique que la roche carbonique, pour devenir diamant, doit subir une pression équivalente à celle d’un éléphant sur le bout d’un ongle. C’est dimanche. Nous sommes tous les trois. Il fait beau.

Atomes de carbone enfin alignés. Pouvant laisser passer la lumière. Ils n’ont plus besoin de paroles. Plus besoin de mouvement. Ils sont les plus forts, les plus durs que l’on connaissent. Même le plus petits d’entre eux domine son espace, exerce sa puissance. À sa place.