Chronique BD : Blueberry remonte en selle

Chronique parue dans le Cahier Livres & idées du quotidien La Croix le 28/12/2019

Amertume Apache, une aventure du Lieutenant Blueberry

de Joann Sfar (scénario) et Christophe Blain (scénario et dessin). D’après l’univers de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier

Dargaud, 64 p., 14,99 €

Jusqu’à la fin des années 1970, les frontières du western en bande dessinée ne souffraient aucune discussion dans l’Hexagone. Le territoire était partagé entre les deux scénaristes vedettes et rédacteurs en chef du journal Pilote : René Goscinny, avec son Lucky Luke inventé et dessiné par Morris, et Jean-Michel Charlier, avec les aventures du lieutenant Mike Blueberry sous les pinceaux de feu Jean Giraud, alias Moebius.

Mais le temps a passé. Si Lucky Luke n’a jamais cessé d’arpenter les grandes plaines, alternant scénarios hasardeux et albums sympathiques, Blueberry arriva au bout de la piste en 2005 avec Dust, un ultime album entièrement conçu par Giraud, avant sa disparition en 2012. Il était temps pour lui de reprendre sa monture, d’autant que l’on assiste à un retour en force de ce type d’aventures, avec de très bonnes séries comme Undertaker par Xavier Dorison et Ralph Meyer (Dargaud) ou le récent Jusqu’au dernier de Félix et Gastine (Bamboo).

Dargaud, l’éditeur historique du personnage, a fait appel à deux auteurs confirmés pour dégainer les colts : au scénario, Joann Sfar (Le Chat du rabbin), secondé de Christophe Blain (Quai d’Orsay), qui a également dessiné tout l’album. Deux amis, membres de la génération de « la nouvelle bande dessinée » des années 1990, qui n’ont jamais caché leur admiration pour les classiques franco-belges de leur enfance. Connaissant bien Giraud, le duo a abordé cette aventure, prévue en deux tomes, comme un hommage sincère et personnel.

Le scénario de Sfar joue à merveille avec les codes d’un bon western classique : la vengeance d’un Indien fier et furieux, les amours étouffées par la chaleur du Fort Navajo entre Mike et la femme de son commandant, l’étrange apparition d’un maître des automates et une secte recluse prête pour un grand carnage… Le trait dynamique de Christophe Blain, habitué du genre avec l’excellent Gus, brosse à merveille l’ambiance à la fois lourde et sauvage de cet Ouest rêvé. Lumineux, les aplats de couleurs, réalisés avec Clémence Sapin, renforcent la sensation de liberté qui se dégage des cases. Mais le respect pour cette figure légendaire prive sans doute l’album d’audaces que Giraud s’était pourtant autorisés dans ses derniers albums. Un retour très agréable, mais peut-être un peu sage face aux jeunes loups du désert.

Stéphane Bataillon

 

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