La négation

29 Septembre 2020.

Écoute et découverte de Pascal Quignard lors d’une conférence à la Bnf consacrée au geste de l’abandon. Il clôt son intervention sur la négation et le hiéroglyphe qui lui correspond en égyptien : un homme, paumes ouvertes.

Un homme qui n’a plus rien. Comme l’oiseleur, qui signifie à ses oiseaux que la dernière graine a été consommé. Qu’il est temps de partir, rassasié, à la découverte. Du monde, de soi. Soi, point entre les deux paumes lancé dans l’existence.

Un homme vu de haut, calme et conscient sur ses deux axes, de son espace et de son temps, qui s’abandonne au risque. Fait face. Se tient prêt à accueillir l’autre et son inattendu.

La négation. Vide à remplir par tous les possibles et tous les rêves du monde. S. me fait remarquer qu’en français, la négation, comme les deux paumes de cette main, se compose de deux parties : Ne… pas.  Que pour un enfant, il est très difficile de considérer un paramètre négatif. Que quand on dit “il n’y a pas d’éléphant dans cette pièce”, l’on voit, avant tout, l’inverse : un éléphant dans la pièce.

La négation. Loin de rétrécir, laisse le doute de ce qui n’existe pas encore enclencher l’aventure. Crée à partir du vide, de l’absence, de notre puissance encore non exercée. Elle est l’amorce du monde. Ne…pas / N’être pas / être. La négation révèle. Nous révèle.

Quignard, œil malicieux, termine d’une phrase la conférence : “Et bien la négation, c’est Jésus.”

L’auditorium s’embrase.

 

(Exposition Pascal Quignard, fragments d’une écriture à la Bibliothèque Nationale de France du 30 septembre au 29 novembre 2020.)

 

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