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Les gardiens (propos de campagne)

Quelque chose arrive, se brise. Est déjà là. Cela n’a rien à voir avec les résultats des élections de dimanche. Dimanche prochain. Dimanche dans deux semaines. Cela n’a rien à voir avec qui sera vainqueur.

Peut-être n’avons nous pas assez pris le temps de nous écouter. D’écouter nos colères, nos désirs, nos chagrins, nos espoirs et nos cris. Ceux de chacun, ceux de chacun de nous, de nos milliers « d’amis ». De nous demander ensemble pourquoi ces mots réapparaissaient. Pas pris le temps de mesurer les failles. D’estimer, lors d’une grande assemblée de copropriétaires, les travaux à effectuer d’urgence avant qu’elles atteignent ce qui nous fonde et nous atteint : notre identité, plus difficile à réparer.

Mais il y avait trop. Trop de notifications. Alors, nous nous sommes mis à classer, à se classer. Bien étiquetés. Au moins ça allait vite, ça clarifiait. Ça apportait de la cohérence. De la raison. Bien gardée.

Nous avons banni le calme, le silence, le repos, pour rester en tension. Avec toi, contre toi, sans plus savoir trop pourquoi mais… Tenir. Mâchoires serrées. Et le printemps à presque eu honte de s’immiscer. Nous sommes tous devenus l’irresponsable du voisin.

Je voudrais parier qu’ensemble, nous ferons mentir les pronostics. Ceux du bruit et de la fureur que d’aucuns espèrent, dans tous les camps. Que nous saurons nous rappeler que nous vivons dans l’un des plus beaux pays du monde. Que nous sommes un peuple qui a su conquérir sa liberté, son égalité, sa fraternité. Son école gratuite, son système de santé à nul autre pareil, sa beauté. Qu’il a fallu beaucoup de larmes et de souffrances pour cela. Qu’il ne faudrait pas oublier.

Je voudrais parier que nous avons encore la force de nous organiser. De prendre sur nous pour régler les problèmes et les disputes de notre communauté modelée par tous les vents de l’Europe et du monde. Pour notre bien. Sachant que cela nous demandera d’incroyables efforts : ceux d’une reconstruction qui n’aurait pas eu sa guerre.

Il est tard. Trop tard. Deuxième nuit sans sommeil. Je médite sur ce proverbe Navajo : Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.

Nous ne sommes peut-être d’accord sur rien. Mais nous avons encore la chance de pouvoir le dire. C’est notre bien commun. Ce bien est notre précieux. Nous en sommes, tous, les gardiens.

Publié dans Poèmes

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