Tout un symbole #16 : La balance, guide de justice et outil pour le bonheur

TOUT UN SYMBOLE. Si elle sert à peser les âmes des défunts, la balance est aussi utile pour estimer la justice entre les hommes… et trouver la juste mesure d’une vie heureuse.

(Initialement paru sur le site de La Croix, le 14 février 2026)

Par Stéphane Bataillon

Trouver le juste équilibre et y ajouter de la bonne volonté. Une attitude bienvenue, tant « mettre dans la balance » quelques idées et concessions pour faire consensus apparaît aujourd’hui une tâche homérique. Dans de nombreuses traditions, le symbole de la balance aide à guider cet effort nécessaire, au plan temporel comme spirituel. À commencer, justement, par Homère. Dans l’Iliade, Zeus utilise déjà une balance d’or pour peser les destinées d’Achille et d’Hector, héros d’un duel si violent et plein de haine qu’il met en danger l’équilibre même du monde.

L’outil du jugement des âmes

Traditionnellement, la pesée concerne au premier chef l’âme et les actions des tout justes défunts. En Égypte antique, Maât, déesse de la vérité, de l’ordre et de la justice est symbolisée par une plume d’oiseau. Dans le rituel funéraire, appelé « psychostasie », le cœur du défunt est pesé contre cette plume. La scène est décrite dans le Livre des Morts, dans un très beau poème « Paroles à prononcer à l’entrée du sanctuaire de Maât ». Le défunt oppose à Seth, dieu du désordre et du chaos, frère et assassin d’Osiris, dieu des morts, son innocence : « Je n’ai pas commis d’injustice envers les hommes (…) Ta balance, en vérité, c’est dans notre Cœur qu’il faut la chercher. » Si son cœur est plus lourd que la plume, il sera mangé par Ammit, la dévoreuse des morts. S’il est équilibré, le défunt accède au royaume d’Osiris pour une vie nouvelle.

Dans le christianisme, c’est à l’archange Michel qu’échoit cette charge de peser les âmes, envoyant les plus lourdes de péchés en enfer et celles, légères, justes et douces comme les plumes, s’envoler vers le paradis. Les âmes équilibrées, qui ne font pas pencher la balance, sont envoyées au purgatoire.

Un symbole de justice temporelle

L’Apocalypse évoque la balance comme étalon de la loi économique et sociale de l’échange et du juste salaire dans l’épreuve : « Alors je vis un cheval noir ; celui qui le montait tenait une balance à la main » (Ap 6,5). Mais, sur Terre ou dans le ciel, le jugement appartient toujours à Dieu. « Au Seigneur un fléau et des balances juste, et tous les poids sont son affaire », lit-on dans le livre des Proverbes. Une autorité rappelée par Job qui s’exclame : « Qu’il me pèse à de justes balances et Dieu reconnaîtra mon intégrité », pour opposer aux jugements excessifs des hommes la justice divine centrée sur l’examen du cœur.

Une balance pour son bonheur

Dans le taoïsme, philosophie non-dualiste, l’idée de compensation des contraires revient dans l’image d’une balance cosmique. « La voie céleste (…) abaisse ce qui est supérieur, élève ce qui est inférieur. » Et livre au passage un constat cruel sur le comportement des hommes : « Si la voie céleste élimine le superflu et comble le manque, Celle de l’homme ne procède pas ainsi : Elle enlève à qui manque pour l’offrir à qui dispose déjà du superflu ! »

Ramenée à notre propre conduite, sans crainte du jugement extérieur, la balance se révèle un instrument de mesure utile pour nous aider à agir et peser positivement sur le monde, condition du bonheur. « Celui dont l’œuvre a du poids/aura une vie heureuse, mais celui dont l’œuvre est sans poids ira dans l’abîme », indique la sourate 101 du Coran, la Fracassante, traduite en 1979 par le poète Jean Grosjean. Tentons donc, sans attendre le dernier moment et dans la mesure du possible, de bien la faire pencher !

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