UPPLR #115 : Je cherche l’obscurité (extrait) par Emily Dickinson

The Life we have is very great.
The Life that we shall see
Surpasses it, we know, because
It is Infinity.

But when all space has been beheld
And all Dominion shown
The smallest Human Heart’s extent
Reduces it to none.

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La Vie que nous avons est très grande.
La Vie que nous verrons
La surpasse, nous le savons, car
C’est l’Infini.

Mais quand chaque espace a été contemplé
Et chaque Empire dévoilé
L’étendue du plus petit des Cœurs Humains
La réduit à rien.

Emily Dickinson

Je cherche l’obscurité. Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Heusbourg.
Éd. Unes, 128 p., 20 €

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :

 

Encore une fois, le pape François a cité quelques vers d’Emily Dickinson au cours de son homélie du soir de Noël. Un ambassadeur de choix pour l’immense poète américaine qui, sa vie durant, écrivit au secret, dans une solitude extrême et forgea une langue nouvelle avec infinitifs, saccades et majuscules intempestives. Avec Je cherche l’obscurité, les éditions Unes poursuivent la publication bilingue de ses poèmes commencée en 2015. Éclairée par la postface de la poète roumaine Raluca Maria Hanea, la nouvelle traduction de François Heusbourg ne cherche pas à simplifier ou expliciter la langue de Dickinson, mais à transmettre quelque chose de sa résonance unique. Ce quatrième volume regroupe les poèmes écrits après la guerre de Sécession, de 1866 à 1871. « Seulement » 120 poèmes, contrastant avec les 937 autres produits durant le conflit. Des textes qui sont l’occasion, pour Dickinson, de redire l’essentiel, désastre et crimes passés. Observatrice, plongée dans le noir, mais contemplant de sa fenêtre le coucher du soleil, elle sauve pour nous les mots de ce qu’il reste du monde : « Au bout de cent ans/Plus personne ne connaît l’Endroit/La Douleur qui a eu lieu ici/Immobile comme la Paix . »

Stéphane Bataillon @sbataillon

En partenariat avec l’émission « Poésie et ainsi de suite », de Manou Farine, chaque samedi à 17 h 30 sur France Culture. Disponible sur franceculture.fr et l’appli Radio France.

Article initialement paru dans La Croix L’hebdo n° 115 du 14 janvier 2022