Rétrospective 2015 #3 : Mars

Bain

La chaleur de l’enfance
enivre mes narines

Parfum d’amande douce.

 

Spring

Le bourgeon a éclos
d’une branche laissée pour morte

Et le vent tourbillonne.

 

Compte

T’égrener les secondes
afin que tu saisisses
l’espace d’une minute

Se surprendre
à trouver le temps long.

 

Kokedama

Abandonner la taille

Ôter les résidus
des civilisations

Laisser la mousse
s’épanouir.

Primevère

Je peux tout
sans désir

Mais la pluie, ce matin
a abattu la fleur
que tu avais plantée.

 

Prépare-toi à la pluie

Pour Murielle, Gérard, et les âmes alentours.

Prépare-toi à la pluie
avant de recevoir
les rires et les silences
qui fondent l’amitié

Prépare-toi à la pluie
avant que l’eau frémisse
délivrant l’amertume
de la feuille de thé

Prépare-toi à la pluie
et ne tremble jamais
lorsque le bol se trouble
d’une pointe de sel

Prépare-toi à la pluie
et ne regrette pas.

 

Fais un délicieux bol de thé ;
dispose le charbon de bois de façon à chauffer l’eau ;
arrange les fleurs comme elles sont dans les champs ;
en été, évoque la fraîcheur, en hiver, la chaleur ;
devance en chaque chose le temps ;
prépare-toi à la pluie ;
aie pour tes invités tous les égards possibles.

Les sept règles de Rikyū de la Voie du thé (Chadō)

Rétrospective 2015 #2 : Février

Sandokai, mélodie des nous autres

Il souffle sur la scène
d’un souffle de personne

Lumière d’avant lumière
comme seule inspiration

Entrer à petits pas
découvrir chaque signe
sans être tout à fait sûr
d’être inscrit au programme

D’une partition limpide
les notes et les paroles
tentent alors ensembles
d’initier le chant

De nouveau le feu chauffe
le vent bouge
l’eau mouille
et la terre soutient

L’œil voit
l’oreille entend
le nez sent
et la langue goûte

Les racines puisent
le tronc diffuse
et l’enfant se retourne
levant les yeux au ciel.

Toutes les notes sont jouées
mais
peut-être pas

L’ombre est dans la lumière
et la lumière dans l’ombre
mais
peut-être pas

L’ombre contre la lumière
Les jambes l’une contre l’autre
peuvent être

Alors,
Tous montent sur la scène
et rejoignent l’endroit juste
pour amplifier le chant

Alors,
tous s’accordent
libres

Et plus question d’espace
et plus question de temps

Juste ce ballet intime
d’un geste et d’un repos.

Ce poème est une adaptation -très- libre du Sandokai, poème écrit au VIIIè siècle par la maître chinois Sekito Kisen. La version originale de ce texte essentiel du zen Sōtō est chanté quotidiennement dans les temples zen du monde entier. Écrit sur « Dream Brother » de Vincent Peiriani ( Album Living Being, ACT, 2015).


Au parc Montsouris

Depuis cinq ans, je travaille juste à côté du parc Montsouris. Je n’y suis jamais entré. Aujourd’hui, enfin, je retourne m’y balader. Car ce parc est mon parc, ce parc est notre parc.

Petit, mon père m’y emmenait chaque jour. Une exigence, un sacerdoce. Pas juste pour me faire prendre l’air. Pour connaitre l’adversaire qui deviendrait ami. Pour découvrir son clown au contact de l’eau, de l’herbe, du métal des clôtures. Jeu de mime proposé afin de prendre conscience que je n’étais pas seul. Et sa chaleur brisait toute la glace de l’hiver. Pour moi.

Je me rappelle aussi du kiosque à musique ou il n’y avait pas de musique. Mais un conteur. Un vieux conteur qui nous racontait des histoires et puis disparaissait. Un joueur de flûte d’Hamelin qui aurait laissé les enfants à leurs parents. En guise de gratitude. De n’avoir pas reproduit. D’avoir brisé le cercle de l’absence, de la crainte, de l’ennui. De ce froid.

Nous étions, mon père et moi, les princes d’un jardin

et nous jouions les rois.

Du malheur

Être malheureux, c’est avoir bifurqué juste avant le chemin qui attendait nos pas. Ce point d’enfance où nous avions pleuré de joie, oublié par souci de grandir plus vite, certain que cette puissance, naturellement là, resterait présente quoi que nous fassions. Une illusion semblable aux pires malédictions de nos contes du soir.

Rétrospective 2015 #1 : Janvier

Bonjour à toutes et tous,

Comme chaque année depuis 6 ans, une petite rétrospective des quelques poèmes de ces douze derniers mois. L’occasion de vous souhaiter de très belles fêtes et une très bonne année 2016.

À très bientôt,

Stéphane

PowerMix (saint Augustin feat. Marcel Mauss)

Aime

donne
reçoit
rends

Et fais ce que tu veux.

Mine

Creuser encore le roc

Recueillir l’énergie
patiemment receler

Promettre de la lui rendre.

 

L’invention du poème (20)

Le goût des mots dans la bouche, les retenir en soi. Les faire tourner comme une boule d’air. Le goût du sang, de la lumière, de la neige. De l’angoisse de ce manque qui obsède la vie. Qui n’est pas là. Qui sera. Peut-être. Mais peut-être pas, mais surement jamais. Cerner ce vide à transformer. Pas de monstres, pas de visage. Vu dans un rêve l’autre jour, masqué. Remplacer ce vide ? Accumuler encore ? Non, disparaître un peu, en retrait, pour trouver le mouvement de son monde, un balancement. S’assoir. Confus et heureux.

« Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux ou courageux. » Rainer Maria Rilke

 

Enfantillage

Écrire un poème avec son enfant.

« Un hippopotame
qui mord les enfants

Une girafe
qui mord pas

parce que les girafes
ça ne mord pas
et surtout pas les enfants

Un crocodile
qui mange tous les doigts des enfants
et la tête
et le nez
et tous les adultes

Peut-être il va nous manger

Un flamand rose
tout rose
ça mord pas

Un oiseau rouge
mord papa, maman et moi

Ouille ouille ouille !  »

Des fois, les enfants, c’est violent.

 

Posture

L’arbre ne parle jamais
du vent et des racines
et de sa position

L’arbre ne risque jamais
de rompre son bonheur.

 

Rétrospective 2014 : Une année en poésie

Bonjour à toutes et tous,

Comme chaque année depuis 5 ans, une petite rétrospective des quelques poèmes de ces douze derniers mois qui résonnent encore. Une sélection de douze textes, en mots, sons et images. L’occasion, surtout, de vous souhaiter une très bonne et belle année 2015 qui s’annonce, déjà, passionnante.

 

Janvier : l’arche de Grimm, Hamelin.

Né trois mois avant terme
je ne sais pas les mots
gravés derrière la porte

J’ai bien dû me contraindre
privé de tes caresses
à défier le jour

Et je reviens ici
dans le château en ruines
pour libérer la place

Il suffit de trois notes
au pas lent de la ronde
pour qu’un enchantement

L’aventure recommence

Mais avec mon armée

Car il y avait une fois…

 

Février : Prises #1/10

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Tu t’approches du rebord
pour déceler ce monde

Vaincre ce qui te retient.

 

Photographie de Thomas Louapre / Collectif babel photo >Voir toute la série Prises

Mars :Instapoème #45

I3-05Tenter de percevoir
ce qui a fait ta vie.

Temps mis à part.

>Les instapoèmes, poèmes et proses poétiques sur les photos Instagram de MrFreakz.

Avril : Rossolis

Composition sonore réalisée avec Julien Beau autour d’une drôle de plante carnivore. Miam.

De botanica sonorum / Rossolis – Musique et paysages sonores composés par Julien Beau – Texte et voix de Stéphane Bataillon

Mai : Elles #30 : Axelle

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Approche la vague

presque
se noyer
presque

échapper au malheur
d’une inflexion infime.

Illustration : Robin

Juin : Les hiboux

Me poser la question
de ce que je ferai

De la course
la nuit
dans cette forêt

Quand les cris du hibou au bec ensanglanté
quand le cri des hiboux aux becs ensanglantés
quand ils sont des millions
autour
pour transpercer

Les bijoux, les choux, les joujoux

Je ne connais pas la
Je n’ai jamais connu la

Je t’imagine
seule,
essayer de dormir
recouverte de feuilles

entre la pierre
entre le métal

Pierre feuille ciseaux
pierre feuille

Gagné

Tu peux partir

Sur la pointe des pieds
sur la pointe du sang
couverte par ses cris

Coucou hibou
coucou hibou
coucou coucou coucou

Je ne connais pas la
je ne sais pas comment on fait la

Comment on fond la pierre
avec des bouts de becs

Dans la forêt lointaine
ils m’entendent à genoux

Du haut de mon grand chêne
je réponds au hibou

Coucou hibou
coucou hibou
coucou coucou coucou

COUCOU HIBOU
COUCOU HIBOU
COUCOU COUCOU COUCOU

– Mais, papa, il est mort le hibou.

– Alors, c’est la .

Juillet : Les attentes

imageMArielle

J’attends
J’attends que tu
J’attends que ça
J’attends qu’ils
arrivent
prennent tout
transportent
déposent

Je m’y mettrai
avec toi
avec ça

Et j’attendrai.

Illustration : Marielle Durand

Débord

Je regarde l’arbre de ma fenêtre
l’arbre de ma fenêtre déborde sur ma rue
il est beau, l’arbre de ma fenêtre qui déborde sur ma rue

Demain, je le quitterai
l’arbre de ma fenêtre qui déborde sur ma rue

Je quitterai ma fenêtre

Je quitterai ma rue

Je déposerai les clés
au coeur de son tronc

Pour qu’il déborde la ville
pour qu’il déborde les yeux
de ceux qui regarderont l’arbre de leur fenêtre.

 

Août : Ignorances

Je ne sais pas le nom des fleurs
dont tu me demandes le nom

Je n’ai pas dû le demander
personne n’a dû pouvoir répondre

Je ne sais pas le nom des fleurs
dont tu me demandes le nom

Alors les apprendre avec toi
sur ce chemin bordé de fleurs.

Septembre : Coefficient

Ne pas forcer la ligne
et retirer les peurs
profitant des marées.

Octobre : D’entre nos bras

On se transformera
en tigres et en dragons
en terribles sorcières

On refera le monde
juste avant de leur dire
que c’était pour de faux

D’entre nos bras.

L’invention du poème (19)

Laisser ses mots en jachère. Pour qu’ils reprennent des forces et s’adaptent à la terre qui vient d’être changée. Qu’ils puissent nous étonner par une vitalité dont nous sommes incapables. D’une respiration, d’une rencontre nouvelle, reprendre le chemin de l’infime aventure qui pousse notre épopée.


Retrouvez les rétrospectives précédentes :

Rétrospective 2013
Rétrospéctive 2012
Rétrospective 2011
Rétrospective 2010

Rétrospective 2013 #11 : décembre

À l’ami, là-bas

Pas de fête aujourd’hui
pas la joie de l’échange
qui emplissait nos rires

Juste t’offrir le silence
de l’énergie du monde

Que cela te maintienne

Que d’une force.

J’ai l’idée d’un poème
qui changerait l’abord
du jour qui commence

Qui te ferait sentir
le rayon de lumière
frappant la feuille tombée

Qui te rappellerait
d’un silence cerné
la beauté qui se cache

Dans ce tumulte-là.

 

Il y a tes sourires
débordant de tristesse
et le jour qui se lève

Il y a tous les cris
dans un de tes regards
à peine retenus

Il y a des lumières
qu’on ose à peine entendre

Et l’écorce des chênes
qui murmure quelque chose

Et puis la certitude

Et la fausse modestie.

Rétrospective 2013 #10 : novembre

Final chapter

Nous avons conservé
juste assez de vitesse
de rage et de violence
pour passer le témoin

Avec la nostalgie
de ton manteau de neige.

B.o.p (Bande originale du poème) : Eminem – The Marshall Matters LP2 –  Bad guy (2013)

Ce que nous devons

Ce que nous devons aux arbres
serait quelque chose
.                                  quelque chose

que rien ne pourrait remplacer
que rien ne pourrait atteindre
que rien ne pourrait éteindre
que rien ne peut

Ce que nous devons aux arbres

.                                  rien

tu ne dois rien
ils      te donnent tout
ils ne te donnent rien
ils ne te demandent rien
ils te demandent mais
tu n’entends rien

Alors qu’il faudrait
.                                 tout
leur livrer.

Tir

Pour Armand Gatti

Il m’a dit
– Porte-toi bien

Puis il s’est envolé
avec mon message

J’ai balayé
jusqu’à la nuit.

Rétrospective 2013 #9 : octobre

Se taire un peu
et prendre exemple
du temps qui vient

Se préparer à perdre
et partager encore

D´un désir revenu.

T’aimes pas ?
Parce que ça sonne faux ?
Parce que j’ai pas la rage ?
Parce que j’ai pas la haine ?
Et si j’avais la rage ?
Et si j’avais la haine ?
Elle monterait ma haine
Elle monterait
Tout tout tout doucement
Elle te sauterait au cou
Elle te décharnerait
Et te déchiquetterait
Elle te dévorerait
Elle t’ex, elle t’imploserait
Peut-être qu’elle t’aimerait ma haine
Peut-être qu’elle t’aimerait
Peut-être que t’aimerais
T’aimerais ?

Premier Testament :

Face à chaque violence
incarne le verbe aimer

Second Testament :

Deviens
d’en toi
par les autres
relié.

B.o.p (Bande originale du poème) : Koyaanisqatsi – Philip Glass

Que pourrai-je te dire lorsque tu m’interrogeras sur la question d’un dieu ? Peut être partir du mot, de ces trois ou quatre signes qui résument toutes les larmes et tout le sang du monde. D’un baiser d’inquiétude, je te dirai qu’il faut, et puis qu’il ne faut pas, les conserver dans l’ordre pour comprendre des choses. Que c’est à toi, et à toi seul, de trouver dans ce legs un nouvel assemblage qui vibrera ton cœur et te confirmera.

Cet aboutissement
aussi long qu’un regard.

 

Arriver jusqu’au seuil de ces mots énoncés en quelques milliers de langues. Toujours les mêmes : le sable, la nuit, la solitude. Et quelque soit le rythme que la musique impulse à ce silence là. Ce silence, là, porté. Résistant. Seuil d’une parole lue, d’un pays parcouru, d’une vie… De ces milliers de pages qui tendent vers le même vers : “Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière”. Nous voici acculés par le désir du mot à nous déterminer au-delà des tumultes. En compromis des autres. À revenir au plus juste, au plus fragile. À sa force.

Nils Peter Molvær – Khmer – ECM Selected Signs VI, 2013.

Les vagues

Peut-être sommes-nous contraints, pour bien vivre dans ce monde, d’opérer des reflux. Des retraits temporaires face à l’agitation. S´écarter de ce mouvement sans fin que la technique marque, trace et formalise, forçant l’identité. S’absenter quelques temps pour sentir d’autres choses. Pour prendre la mesure et se trouver un lieu.

Instapoem 2 #04

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On se retourne
pour prendre des nouvelles
à l’amplitude des pluies

Des voix persistent.

 

Instapoem 2 #12

I2012

Derrière vos tumultes
d’un mot
j’écouterai.

 B.o.i (bande originale de l’instapoème) : Begin the end – Placebo – 2013

Instapoems : Des photopoèmes avec les photographies de @MrFreakz réalisées avec Instagram.

Rétrospective 2013 #7 : juillet-août

Elles #23 : Maëlys

23Maelys

Tes mots se sont dissous
à mon premier regard
et tu es presque mort

Tu n’aurais jamais dû
parier avec moi.

Dessin : Robin

 

La rancœur du sable

En être réduit à ça.

Qui a subtilisé
l’héritage des gabians ?

 

Mariage

Pour Danièle & Bernard

Ce matin

Une goutte a rafraichi
sans la trace du sel

Une brise a entrainé
les mousses sur le rebord

Un rayon s’est posé
sur la cachette des pierres

Et vos sourires ensemble
ont commencé le monde

Ce matin
là.

Rétrospective 2013 #6 : Juin

Credo (38) : Identification

C’est au chant du brin d’herbe
lorsque passe le vent

Et cela me suffit.

En partage

Ce matin,
te lisant un poème
je sens cette importance
qu’il y a de reprendre langue.

Sans toi je n’irais plus, je crois,
Sans frayeur dans les bois

Peuplés de tant de choses
Et surtout de silence,

Un silence royal
Qui parfois vous exclut.

Guillevic, Lyriques.

Longueur d’ondes

Entre nous deux
la virtuosité

D’une note.

Rétrospective 2013 #4 : Avril

Étreinte

Tu mets ta tête
sur elle
tout doucement

Tu la prends
dans tes bras
tout doucement

Peut-être as-tu la chance
d’entendre le chant des pierres.

 

Credo (35) : L’indice d’espérance

Tu regardes le ciel

Tu ne sais pas encore
qu’il y a d’autres ciels
et d’autres ciels encore

Leurs noms adviendront-ils ?

Nous saurons patienter
d’un regard entre nous.

 

Hanafubuki*

Le pétale
ne se résigne pas

Retarde l’échéance
avec l’aide du vent
en signe de résistance

J’accompagne cette fin
qu’il voulait différente

Et je repense à toi.

* la chute de pétale de cerisier en japonais

 

Poème bonus : After eggs

À S & T.

Ta lumière
qui me dit

D’arrêter de courir
vers ce point dépassé

De trahir une enfance
pour cesser d’avoir peur

Et d’entrer en partage
d’une nouvelle saison

Ta lumière
qui me dit

Que nous sommes
heureux

Que la vie
commence juste.

B.o.p (Bande Originale du poème) : Jacques Higelin – Beau repaire

Rétrospective 2013 #3 : Mars

Geste

Tu disposes les vêtements
dans le panier à linge

Régissant cet espace
comme le meilleur des rois

Te sont-ils redevables ?

 

Engrange

Recueillir les chansons

Inventer des paroles

En prévision des jours
où les pas manqueront.

 

Heure d’été

Un peu de jazz
un café chaud

On range la maison
au rythme de tes cris
qui s’émerveillent du monde

Les mots se sont dissous
dans l’heure évaporée.

Rétrospective 2013 #2 : février

L’attente
Je prépare la table
pour le geste à venir

Il s’est manifesté
par recoupement des temps.

Elles #10 : Izia
Izia

Il me quitte.

Je ne sais toujours pas

Si je suis
qui je serai.

Illustration : Robin

Credo (13) : Charisme
Alors il y a l’amour. Et aussi la prudence, le courage, la justice. Et puis la tempérance. À côté, l’espérance, la foi en quelque chose qu’il faudra reconnaître au plus juste de nous. Enfin la charité.

Ces mots inépuisables qu’il nous faut confronter à notre propre vide. Et creuser de nos mains jusqu’à l’arrachement. Rejoindre et devenir cet homme parmi les hommes. Pour une prophétie, tendue vers la joie simple que je veux te transmettre. Celle de craindre la vie.

Il n’y a pas d’autre Dieu que celui entre nous.

Rétrospective 2013 #1 : janvier

Comme chaque année depuis 4 ans, le moment est venu d’une petite rétrospective personnelle. L’idée ? Faire remonter d’un à quatre poèmes pour chaque mois de l’année écoulée sur les dix prochains jours. Des textes qui subsistent au fil d’un temps qui rêve. De très belles fêtes à vous et à l’année prochaine ( où je fêterai dignement la première décennie de ce site) pour de nouveaux partages.

 

Attente
Besoin d’un autre mot
que tu pourrais m’offrir

Comme cette île aperçue
à la grâce du vent.

Du meilleur
Il faudrait
raconter une histoire

Ensuite la dépouiller

Pour ne garder

Que toi.

Conjoncture
Créer de l’espace vide

Que la neige recouvre
tout doucement le monde

Que tu entendes autour
comme les bruits ont changé

Que tu puisses estimer
la force des flocons
une fois réconciliés.

 

Comme en 2010 et en 2011, voici la désormais traditionnelle rétrospective du site. L’occasion de parcourir avec vous 12 mois de création. Une année de transition, riche de belles rencontres, qui m’aura surtout permis de parachever mon second recueil, Les Terres rares, qui paraîtra en mars 2013 aux Éditions Bruno Doucey. Joyeuses fêtes à tous !

Janvier : Scriptura

Tiré de la série Instapoem >> Une série de photopoèmes avec les photographies de @MrFreakz  réalisées avec Instagram. Pour découvrir ses autres créations  : http://statigr.am/mrfreakz

Quel mot à déchiffrer
dans l’interstice du ciel ?

Février : Camino

Marcher jusqu’où convergent
les deux chemins de terre

Celui du désir

Celui du nécessaire

Puis franchir
calmement.

 

Mars : Force

Pour S. & T.

Douleurs
au cou
aux dents

À tout le corps qui dit
allié aux inquiétudes

Mais le chaud du soleil
d’un peu de vos sourires.

B.o.p (Bande originale du poème) : Dominique A – Comme un arbre – Vers les lueurs

Avril : Le peuple des hommes (34) : l’anarchiste

Le peuple des hommes est le quatrième projet poétique réalisé avec l’illustrateur Saint Oma (www.saintoma.com).


Mais après, la légèreté.

 

 

Mai : Microfictions > Suspension

John john le parachutiste venait de se rendre compte, mais un peu tard,
que l’expression « On donne tout, on lâche rien » pouvait porter à confusion.

Juin : Le secret des racines

Que font les arbres
lorsqu’ils s’ennuient ?

Les arbres font des paris
sur qui s’endormira

À la gloire du chêne
et au mépris des roses.

Juillet : Du Haïku

 

Les éditions de la Lune Bleue, menées avec passion par Lydia Padellec publient une anthologie originale de haïkus francophones écrits par dix poètes nés depuis 1970. J’ai le bonheur d’en faire partie et d’y éditer, pour la première fois, mes tentatives autour de cette forme brève que j’affectionne particulièrement. Outre mes textes, vous pourrez y découvrir ceux de Vincent Hoarau, Cécile Duteil, Soizic Michelot, Loïc Eréac, Gwenaëlle Laot, Jean-Baptiste Pedini, Lydia Padellec, Rahmatou Sangotte et Meriem Fresson.

D’une fleur à l’autre, collectif de dix haïjins nés à partir de 1970, sous la direction de Lydia Padellec, gravures sur bois de Mimin Chen, Editions de la Lune bleue. 46 p, 12 euros.

 

Entretien : L’instant haïku (extraits)

En complément de cette parution, quelques questions posées par Lydia autour du rapport à cette forme brève. Destiné à nourrir la préface.

Lydia Padellec :  Comment as-tu découvert le haïku ? Quel est l’auteur, le haïku ou le livre qui t’a donné envie d’en écrire à ton tour ?

Stéphane Bataillon : J’ai découvert le haïku comme l’on découvre un jeu, au détour des pages d’un livre très bien fait, le « petit manuel pour écrire des haïkus » de Philippe Costa (ed. Philippe Picquier, 2001). Je me suis pris de passion pour cette forme brève, qui correspondait à une aspiration d’épure profonde. Qui permettait de mêler, condensé comme un galet à la surface polie, le regard posé sur le monde d’un Bashô à l’espièglerie d’un Issa.

L.P : Depuis quand en écris-tu ? Ecrivais-tu de la poésie ou d’autres genres avant ?

S.B :  J’écris de la poésie depuis 2001 et le haïku a donc été, sans même le savoir, la forme qui m’a permis d’emprunter ce long chemin. Ma poésie s’en ressent encore aujourd’hui, même si je me suis éloigné de certaines règles (bien utiles et rassurantes) pour tenter l’aventure d’un langage encore plus personnel, dans le sillage des pops de Jack Kerouac ou des quanta de Guillevic.

L.P : Peux-tu donner une « définition » de ce qu’est le haïku pour toi ?

S.B : Je partirais de cette phrase de Gaston Bachelard : « La poésie est une métaphysique instantanée ». Le haïku incarne bien cette définition, avec un agencement de mots qui nous entraîne vers une métaphysique à partir du brin d’herbe. Non pas simple constat du monde, mais témoignage de cette relation infime et intime qui nous relie à lui, en évitant bien des digressions et des mots inutiles.

L.P : Quelle place donnes-tu aux règles du haïku ? Respectes-tu le 5/7/5 ? le kigo ? le kireji ? Qu’est-ce qui te semble le plus important dans le haïku ?

S.B : J’ai adoré les découvrir, jouer avec, lire « Le haïkaî selon Bashô » traduit par René Sieffert  (retranscription des propos du maître par ses disciples, le meilleur et le plus passionnant des cours de haïku possible) et tenter de comprendre l’importance de chacune. Je ne crois pas que cette approche asiatique des choses et du monde soit, comme l’on dit parfois, inaccessible aux occidentaux. Elle est juste différente. Mais il faut plonger assez profond dans la sensation que procure l’application de chacune de ces règles pour s’apercevoir de leur véritable intérêt… et du manque en cas d’absence. Donc beaucoup pratiquer.

L.P : Sur quels thèmes aimes-tu écrire ?

S.B : Sur les miracles minuscules. Écrire, retranscrire ces manifestations, ou les imaginer (« mais que pense ce bloc de pierre, en ce moment précis ? Quelles questions se pose-t-il, lui ? Qu’est-ce qui, dans ce que je vois, me permet de le penser ? ») m’oblige à être attentif à cet essentiel.

L.P : Que penses-tu de la « poésie engagée » ? Crois-tu que le haïku y a sa place ? Doit-il dénoncer, accuser, défendre ou rester neutre ?

S.B : C’est une vraie question pour moi. Surtout en temps de crise. Mais je crois qu’il vaut mieux, hors circonstances vitales, sortir la poésie de toutes contraintes conjoncturelles, elle ne porte que plus fort et plus loin. Si l’on parle d’engagement porte-voix, lié au collectif, le haïku me semble être la dernière forme à pouvoir jouer ce rôle. En revanche, si l’on parle d’engagement intime au monde, il est l’une des formes la plus puissante, effaçant le « je » au bénéfice de la célébration des tressaillements qui nous bouleversent dans ce qui nous est offert. (…)

 

Août : Haïkus du jardin

Avec ta gueule trouée
rabaissée jusqu’au sol
que dis-tu de ta vie –

Feuille ?

Septembre : Notes sur la poésie (11) : du désert

À quoi bon la poésie ? La poésie ne change pas le monde. Pas de révolution. Pas de faille révélée qui laisserait surgir la lave annonciatrice d’une transformation. La même monotonie, les mêmes joies, les mêmes compromissions. Ce qu’elle modifie, c’est la formulation de notre existence, par la précipitation de mots que nous n’aurions pas pensé à mettre ensemble sans l’espace-éprouvette du poème. Ce précipité est l’invention poétique, portant parole renouvellée. Le caillou reste le caillou, mais réenchanté.

Le rêve du désert n’est pas le désert. Mais pour peu que l’on s’attarde sur sa formulation, pour préciser le toucher du sable, l’odeur des mousses, la forme de ses bêtes improbables, ce rêve devient valable. Expérience sensible fixée par le poème. À transmettre et, si le lecteur amorce, à partager.

Octobre : Elles #6 : Élise

Elles, un projet poétique et graphique réalisé avec l’illustrateur ®obin.

 

L’espérance d’une brise
qui saurait réunir
devant cette évidence

Et qu’un silence
utile.

Novembre : Partition de poche

Retenir l’émotion

Jusqu’à pouvoir saisir
l’exacte combinaison

Puis pianoter l’angoisse.

Décembre : Horloges

À l’hôpital, les horloges ne marquent plus l’heure. Elles se sont arrêtées pour respecter le temps que les hommes s’accordent dans leurs circonstances. L’écart serait trop grand entre deux écoulements. Elles préfèrent s’abstenir en laissant libre cours.

 

 

Chers amis, chers lectrices et lecteurs,

En ce premier jour de 2012, une petite rétrospective poétique des douze mois écoulés. L’occasion de vous souhaiter à tous une très bonne année, pleine de découvertes et de ces petits bonheurs qui enchantent la vie.

Stéphane Bataillon

海龜 (janvier)

On aperçoit des mots
descendre par la plage

Nous n’avons plus besoin
des carapaces gravées

Et les tortues sourient.

 

L’accord (février)

Tu rêves d’une musique

Et le noir de la terre
se confond à la nuit
pour mieux masquer tes larmes.

 

Suffisance (mars)

Tu veux creuser le mot
jusqu’à l’acharnement

Refusant de suspendre
au mystère des effluves

Comme le vieux parfumeur
qui ne croit plus en lui.

 

Début (avril)

C’est le dernier poème
d’une première vie

Tout, déjà, nous bascule
derrière cette réponse

Comme la confirmation
d’une chance et d’un sourire

Le monde s’est ébranlé
pour faire place au soleil

L’espérance se rapproche.

 

Chercheur (mai)

Préparer lentement
la carte d’aventure

Continuer à créer
des mondes irresponsables.

 

Écorces lentes (juin)

Le cri des arbres tonnent
dans les cales insalubres

Remonter sur le pont
affronter la tempête
et les mener au port

L’inscription d’un seul signe
les feront respirer

Être utile
de nouveau.

 

Architectes (juillet)

Il n’y a plus d’urgence
à occuper l’espace

Juste prendre soin du temps.

 

Pour que circule le monde (août)

Tu ne liras jamais les centaines de livres collectionnés pour toi. Pour cette image de moi, projetée juste au loin, dans l’œil d’un rêve d’enfant au regard identique.

Tu ne liras jamais les mille aventures découvertes aux détours et ces milliers de pages scrutées par la vigie. Je me suis séparé de ces traces évidentes.  J’ai effacé la carte du monde de mes joies pour te laisser l’usage des frissons du chemin.

Je t’offre cet espace que tu sauras remplir, de tes rêves, de tes craintes, et de tes obsessions.  Et je me retrouve libre. Et nous venons tout juste de te sentir bouger.

 

La confiance (septembre)

C’est ce chant inlassable
qui confondait les heures

Les obscurités chaudes
de nos racines d’enfant.

 

Promesse (octobre)

Je ne te ferai pas
porter le poids du monde

Enfin, j’essayerai.

Ton sourire m’aidera.

 

Condition (novembre)

Ne jamais apparaître
complètement heureux

Ne pas froisser les dieux
une seconde fois

Mais en sourire quand même.

 

Thomas (décembre)

Et toi qui apparais

Qui embrases le monde
d’un seul doigt-allumette.

Retrospective 2010 / Une année en poésie #12 (et fin) : décembre

ÇA S’EST PASSÉ EN DÉCEMBRE … Dernier épisode de notre rétrospective 2010. En décembre, fin d’Un point, c’est tout, notre série de collages-poèmes autour de la ponctuation, suite des Non-lieux et une très belle découverte : le film documentaire La mort de la gazelle de Jérémie Reichenbach. Mais aussi, un article paru dans La Croix autour de la série O Bairro de Gonçalo M. Tavares. Et pour finir en beauté cette première rétrospective, une petite surprise : un collage inédit de Thomas Durcudoy à partir du poème la complainte d’Eurydice.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Impératif (publié le vendredi 10 décembre 2010)

Conjugue
le sel des vieilles larmes
pour dégager la piste

Intime
aux forces résidentes
de se mettre en mouvement

Remonte
pour la dernière fois
tes rêves accomplis

Ne renonce qu’à l’écorce.

B.o.p (Bande originale du poème) : The Son of Flynn (Tron : Legacy, by Daft Punk)

*

Armory (publié le mardi 14 décembre 2010)

Désamorcer la peur
avant de s’engager
sur les blocs de sel

Clarifier sa présence
en relevant les failles

Fournir à chaque pas
une raison d’emprunter.

*

La complainte d’Eurydice (publié le samedi 18 décembre 2010)

Ne te retourne pas

N’écoute que ta parole
jusqu’à l’étourdissement

Ne te retourne pas

Car les ombres poursuivent
l’espoir d’un destin

Ne te retourne pas

Mes lèvres glaceraient
les sursauts de ton rêve

Ne t’en retourne pas
du côté des vivants.

(Illustration de Thomas Durcudoy – Poème de Stéphane Bataillon)

*

Merci d’avoir suivi cette “Rétrospective 2010”, beau réveillon et très bonne année 2011 à tous ! À bientôt pour de nouveaux poèmes…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #11 : novembre

ÇA S’EST PASSÉ EN NOVEMBRE… Suite des “Non-lieux” avec Marielle Durand et début d’une toute nouvelle série de poèmes-collages avec Thomas Durcudoy autour des signes de ponctuation : Un point, c’est tout. Novembre c’est aussi le bel article de François-Xavier Maigre sur notre recueil et l’édition d’une superbe carte postale réalisée par Thomas pour fêter tout ça. et le début de la publication des photos de Sarah : Sarah Bataillon / La collection photographique. Un mois d’amour et d’amitié, au cœur de la poésie.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Volume (publié le Lundi 1 novembre 2010 )

La bibliothèque est pleine
de romans d’aventure
et du récit des hommes

Le fœhn, en une nuit
a décharné les arbres

L’alphabet se réduit
à une constatation.

*

Les non-lieux #7 : Parvis de la BNF (Paris) (publié le Mardi 9 novembre 2010)

Illustration : Marielle Durand

Les mots nous pressent
de les rejoindre

Qu’ils captent nos secrets.

*

Un point, c’est tout (10/14) : le paragraphe (publié le Dimanche 21 novembre 2010 )

On a bien essayé
de le faire revenir

Mais il voulait vraiment
commencer autre chose.

( Illustration de Thomas Durcudoy – Poème de Stéphane Bataillon)

*

À demain… pour la fin et une petite surprise !

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #10 : octobre

ÇA S’EST PASSÉ EN OCTOBRE … En octobre, c’est la sortie en librairie du recueil Où nos ombres s’épousent, avec une soirée mémorable au MOTIF dont témoigne un extrait en vidéo. C’est également le mois de la publication d’un -retentissant !- Manifeste pour un lyrisme des sources que vous pouvez toujours signer, si le cœur vous en dit ainsi que l’expérience de poème interactif “Derrière Reloaded”. Et aussi, une petite introduction à l’œuvre de notre ami poète James Noël. Mais octobre, c’est surtout la rencontre avec l’illustratrice Marielle Durand et le début d’un beau projet  toujours en cours : Les non-lieux. Pour écouter ce que les endroits de passage ont a nous révéler.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Non-lieux (00) : Chantier (publié le jeudi 7 octobre 2010)

Ce matin, on s’arrête
pour la première fois

Pour regarder l’immeuble
se faire démolir

La poussière du béton
emporte les mémoires

Les larmes et les sourires
protégés par ce lieu

Seule l’armature persiste.


Illustration : Marielle Durand

*

Aftershow (publié le jeudi 14 octobre 2010)

Personne n’ose prononcer
les débris de paroles

On regarde défiler
les lumières de la ville

On chevauche les instants
dérobés aux guitares

Ce soir, nous sommes les rois
d’une nuit sans faiblesse.

B.o.p (Bande originale du poème) : The Drowners – While my guitar gently weeps

*

Les mots (publié le vendredi 22 octobre 2010)

À R et G.

Un murmure suffira
pour trouver ce refuge
du fond de l’océan

Celui qui permettra
au soleil atténué
de caresser ta peau

Qui laissera persister
les minutes invisibles.

*

À demain pour la suite …