Rétrospective 2019 / Une année en poésie #12 : décembre

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

 

Plein chant

Chant d’avant la terre
pour initier le vide
d’une lumière vibrante
qui saura nous surprendre.

 

Ryōan-ji

Créer un vaste temple
à l’intérieur de soi

Y laisser à la porte
les tumultes du monde

Pour que le chant des pierres
ne cessent d’y résonner.

 

Permettre la colère

Permettre la colère
la laisser s’échapper
de ton corps bouillonnant

Permettre la colère
pour qu’elle ne puisse brûler
tes ultimes silences

Permettre la colère
que le feu te laisse libre
derrière les grandes fumées

Du haut de ta colère.

 

La couverture de Gustave N°90 de décembre 2019 :

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #11 : novembre

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

Merels #1

Petits cailloux blancs
sur le bon chemin
entre terre et ciel

Pour tenter de sauver
quelques souvenirs de nous

À cloche-pied.

Les dragons

Au réveil
griffes, ailes et boules de feu

derrière tes paupières
devenues transparentes
tu rêves de dragons

Exposé merveilleux
d’une histoire sans fin.

 

“Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

 

Note sur la poésie #75

Que fait-on, lorsqu’on écrit un poème ? On ramasse des mots dans le champ. Ceux qui sont remontés à la faveur de l’évènement. Une parole, une émotion, une chose vue, un regard. On les prend, les soupèsent. Certains sont écartés.

On ne conserve que les plus singuliers dans un coin de la tête. En petite quantité. Seulement ceux qui, chargés, apporteront au poème ses reflets merveilleux. Qui saisiront l’instant, à nul autre pareil.

Puis on s’occupe du fil : les articles, les conjonctions, la ponctuation et le blanc sur la page. On harmonise le tout par la disposition. Jusqu’à ce que cela tienne, immobile d’apparence, d’une fureur intime.

Cathédrales de rosée dont l’édification, parfois, ne dure qu’une minute. Parfois plusieurs mois.

Et puis ça sort de l’atelier. Une parure de diamants pour éblouir le monde sans un éblouissement.

On fait un poème

On opère le miracle

c’est à notre portée

Joaillier de la parole.

 

La couverture de Gustave N°89 de novembre 2019 :

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #10 : octobre

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

Sema

Pas besoin de délires
pour entraîner le monde
dans la danse des signes

Derviche tourneur
du minuscule.

 

Eucatastrophe

Retournement
d’une parole

L’homme a renoncé
à te poignarder
voyant le sourire de l’enfant

Il s’est souvenu
du bonheur perdu

T’as dit
de conserver quoi qu’il arrive
cet instant

Tu l’as remercié

Lui as répondu
— en y croyant
qu’il allait le retrouver

Il a souri de stupeur

Où étaient
les anges ?

 

799 Elo

Attendre que le combat
donne raison au fou

Et voir leurs sourires
gagner ce champ sans ruines

Premier tournoi.

 

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #9 : septembre

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

Exploration

Au bout du lac
je nage entre les nénuphars

M’étonne de la profondeur des tiges, sent leur viscosité légère sous mes doigts, caresse les pétales presque plastiques de leurs fleurs, plonge jusqu’au fond pour tenter de comprendre comment leurs racines tiennent

La libellule me surveille.

 

Poème du cristal sombre

Ne détourne pas ton œil
vers le ciel étoilé

ce qu’il faut contempler
se fendrait dans tes yeux.

Hommage à The Dark Crystal – Jim Henson.

 

Note sur la poésie #71 : La forme affirmative

Sentir le manque du poème qui ce soir, faute à d’autres travaux, d’autres mots à écrire, n’a pas eu l’espace nécessaire pour sortir. Être tenté d’abandonner, et puis lire une lettre de Jean-Marie Barnaud sur ses hésitations*, sur les choix à faire au sein d’un poème, ces choix infimes et douloureux parfois nécessaire pour ne pas trahir. Sacrifice d’un mot, d’un rythme, qu’on avait reconnu. Une sorte de déchirement de soi. Un courage admirable et incompréhensible de l’extérieur. Avec, au bout, plus que de la satisfaction. Un des secrets de « cette confrérie-là ».

* Lettre à G.L in « Sous l’imperturbable clarté » Poésie/Gallimard, 2019

 

La couverture de Gustave N°87 de septembre 2019 :

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #8 : août

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.


Un été en Ré #9 : bombardier

Corps si massif
de la libellule

Toujours ce nom
en décalage.


À table

Mouche vert émeraude

Quel secret
contre ma confiture ?

 

Sous un arbre #7 : Supporter

Plusieurs générations de lierres
ont tenté sans succès l’ascension de ton tronc

Seras-tu plus clément
avec la dernière pousse ?

 

La couverture de Gustave N°86 d’août 2019

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #7 : juillet

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

 

Mission

Peut-être que, faiblement
nous sommes tous des héros
enjoints à refuser.

Bienheureux les poètes et faiseurs de légendes qui inventèrent dans leurs vers des choses dont il n’est pas fait mention dans l’histoire.

J.R.R Tolkien, Mythopoiea.

 

Un été en Ré #1 : la flaque océan

Pieds dans l’eau
un essaim de krill
chatouille mes peaux mortes

Recule
au premier mouvement

Au loin
le phare de la baleine.

 

Un été en Ré #2 : poivre des marais

Sur un vieux vélo Peugeot
je croque une graine de maceron

Parfum de vacances
d’outre-temps.

 

La couverture de Gustave N°85 de juillet 2019 :

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #6 : juin

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

 

Pèlerin intime

Partir vers l’intérieur

À une goutte de rosée
de notre dernier rêve.

 

Oscillation

Lorsqu’on s’enlace
ça tangue

un peu

comme les branches.

 

Jardinier céleste

Je trace des sillons
pour permettre aux étoiles
de respirer un peu.

 

La couverture de Gustave N°84 de juin 2019

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #5 : mai

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre. Joyeux Noël !

Axes

Une rose s’est épanouie
dans la froidure des lunes

Ce matin, au réveil
j’étais plus concentré.

 

D’un fils

À Yvon Le Men

J’ai bien cru voir un homme

et son bleu de travail
déposé sur la chaise

une tasse de café froid

il versait une larme
qui inondait sa vie

il pleuvait ce jour-là

quelques gouttes
de joie.

 

Nuit de soie

Pour S.

Discuter jusqu’au jour
du fil de nos vies

Tisser d’une joie douce
une étoffe solide

S’en couvrir de confiance
pour sortir ce matin.

 

Notes sur la poésie #68 (19/05/2019)

Remarque, hier, d’une proche : “Mais ta poésie ne sert à rien, ne fait rien pour aider à résoudre les immenses difficultés du monde, ne s’engage pas, est, finalement, un peu égoïste.” Pause. Doute. Et si tout cela ne faisait qu’ajouter du bruit au bruit ? Une vanité de plus ?

J’espère que non. J’essaye de créer quelque chose, un objet-poème. Un ensemble de matière-mot que je taille et affine, précise, décharge, dans un double but : certes que l’ensemble chante pour moi. Qu’il me procure une très légère et fugace euphorie qui justifiera, quoi qu’il se passe, cette journée de plus. Mais c’est bien pour qu’il puisse, ensuite, et chargé de cette vibration transformatrice, résonner chez l’autre. Lui procurer aussi, par ces mots, quelque chose d’inutile et d’essentiel : une émotion inattendue.

Pour contribuer à intensifier l’énergie du vivant.

Un tweet, d’un ami inconnu, vient, comme toujours par hasard, me rassurer un peu : “Lorsqu’au bureau les heures se font oppressantes, je prends quelques minutes pour lire les derniers poèmes de @sbataillon. Au final, peu importe la tyrannie de l’urgence, puisque “Une rose s’est épanouie / dans la froidure des lunes”

Je ressaisis ma pointe
dès l’aube du jour qui vient

Sans cesse travailler
à la taille des menhirs.

Rétrospective 2019/ Une année en poésie #4 : avril

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre. Bon réveillon de Noël à tous et à demain !


Dude

Devoir se concentrer

Supprimer de sa vie
ces moments inutiles

Ces instants d’attention
arrachés à notre temps

Et concentrer ses traces
pour marquer un chemin

Qu’on aimera parcourir
avec tous nos amis.

 

Pierres vivantes

À Notre-Dame

Cent mille mains de pierre
cent mille mains de bois
à soulever la terre
pour y poser le ciel

Cent mille mains pour puiser
cent mille mains pour forger
et bâtir en ce lieu
une suspension de temps

Cent mille mains qui caressent
cent mille mains qui transmettent
cette lumière infime
jusqu’au cœur des cendres.

 

Yaegoromo

Un songe
dénoue ton ventre

l’assurance chuchotée
que tu deviendras

Notes aiguisées
d’un koto.

B.o.p (Bande originale du poème) : Yaegoromo (Ensemble Yonin no Kaï, CD Ocora – Radio France)

 

La couverture de Gustave N°83 d’avril 2019 (date de sortie du recueil “Contre la nuit“)

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #3 : mars

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

Credo #47 : Noli me tangere

Noli me tangere

Permets-toi sans délais
de vivre cette vie

Noli me tangere

Ne crains pas d’oublier
la douceur de ma peau

Noli me tangere

Amplifie ma chaleur
dans d’autres corps à cœur.

 

Soif

À Nicolas Dieterlé

Il n’y a qu’à se baisser
pour prendre un peu d’eau vive

Il n’y a qu’à la porter
d’une paume de chaleur
au bord de ses lèvres

Attentif à son goût
au passage sur sa langue

À son sel contenu
à ses quanta de roche

Puis en dire quelques mots
afin de partager
cette joie inextinguible.

 
Par étapes

Céder et se soumettre
à son désir profond

Poursuivre ces étoiles
qui éclairent le chemin
que seul vos sourires.

 

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #2 : février

Petit retour sur ces douze derniers mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

 

Déclaration-poche (à conserver au creux)

Rassembler quelques mots
qui pèseraient à peine

Pour inscrire ma joie
de partager ta vie.

 

Cette chaleur

Cette chaleur qui t’intime

de suspendre la course
pour entrer en partage

Cette chaleur qui t’assure
qu’un bonheur est possible
sans t’en demander plus

Cette chaleur qui t’effleure
au clair de la lune
pour que tu puisses enfin.

 

Courant

Se laisser envahir
par ces picotements
qu’on pourrait balayer
d’un revers de main

Même pas à hauteur
même pas assez présents
pour influer le cours

Mais cette certitude
qu’il faut les reconnaître
pour avancer confiant.

 

La couverture de Gustave N°82 de février 2019

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Rétrospective 2019 / Une année en poésie #1 : Janvier

Bonjour à toutes et tous,

Comme chaque année depuis 2010, petit retour sur douze mois de création poétique avec trois poèmes par jour tracés au fil des mois de 2019 et ce, jusqu’au 31 décembre.

Une dernière année de la décennie très riche, marquée pour moi par la publication d’un troisième recueil, Contre la nuit, aux éditions Bruno Doucey, par les débuts d’une activité de critique et de médiation intense dans La Croix et La Croix l’Hebdo, le lancement du blog “Un poème pour la route” et la tenue de plusieurs expositions.

Un grand merci à vous de faire circuler ces mots, dans ce silence fulgurant qu’est la lecture d’un poème.

Préparation

Débarrasser l’espace

Détacher l’émotion
de la matière morte

Faire en sorte
que le calme demeure.

 

Notes sur la poésie #63

Nuit agitée. Tri et limitation des passions pour se donner une perspective. Pour se construire un fil qui pourrait nous guider. Poésie et journalisme littéraire. Privacy et open source. Typographie, design et signes. Minimalisme et escargot. Les mots, la langue, en tous cas. Ses formes. Au réveil, je regarde une étiquette “Monoprix” d’une housse de couette achetée par S. Noire et blanche, niveaux de gris. L’essentiel dit. Style international. Plus que les mots, la qualité des silences. Mais comment sortir de la contemplation du blanc ? Que faisait Guillevic face aux vides des quanta ?

 

Afrobeats

S’entraîner sur la piste
pour twister nos désirs
de quelques pulsations.

 

La couverture de Gustave N°81 de janvier 2019

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Rétrospective 2017 : Une année en poésie

Comme chaque année pendant la pause des fêtes de fin d’année, une petite rétrospective des 12 mois écoulés avec, pour chacun d’eux, un poème où une prose de saison. Histoire de savourer ensemble ces derniers jours de 2017. Belles et bonnes fêtes à toutes et tous !

JANVIER

Raconter

« Du temps où les bêtes parlaient… » « Il y a de cela cent mille ans ou plus… ». Le conte nous transporte dans un monde d’avant le monde. Un monde d’anciens symboles et d’archétypes polis, lentement apprivoisés pour amorcer le temps de nos prochains désirs. Le conte parle d’un monde de l’éternel instant, chargé d’une énergie qui déborde la geste et brouille l’aventure afin qu’elle nous submerge et que nous la domptions. Dès la première ligne, dès le premier mot, il nous transporte à notre cœur.Portant l’étrange haillon d’une forme trop populaire, le conte nous rend libre. Libre d’être pleinement nous-même. Il nous laisse seul. Rassuré. Capable sans autre effort, et sans retour de grâce, de rejoindre notre rêve.

FÉVRIER

Othello

Résister à la force
en changeant la fréquence

Proposer un écho
à toutes tes certitudes

T’offrir une liberté.

MARS

Thé de l’escargot

Face au fracas du monde
savourer la rosée
retenue par les mousses.

AVRIL

Défragmentation du disque

Suppression des emails. Désactivation des notifications. Désinstallation des applications. C’est un langage précis, presque mathématique. Il ne faut pas que la main tremble. Opération irréversible. Le temps presse. Effacer les traces. Défragmentation. De soi. Se condenser, expirer les anciens fichiers. Se nettoyer moderne. Pour retrouver de l’air. Sentir le Printemps. Prendre le soleil. Même si encore une fois, les fleurs du cerisier se sont déjà fanées

MAI

Ambition

JE VEUX LE POUVOIR
JE VEUX LE POUVOIR grandir mon enfant
JE VEUX LE POUVOIR m’asseoir en silence
JE VEUX LE POUVOIR s’épanouir le camélia
JE VEUX LE POUVOIR l’escargot faire l’acrobate
JE VEUX LE POUVOIR ne rien faire
JE VEUX LE POUVOIR méditer
JE VEUX LE POUVOIR profiter d’être avec toi
JE VEUX LE POUVOIR d’autres horizons
JE VEUX LE POUVOIR écouter les autres
JE VEUX LE POUVOIR prendre le temps de répondre
JE VEUX LE POUVOIR ton sourire
JE VEUX LE POUVOIR refuser.

JUIN

La promotion

C’est long une vie. on nous dit qu’il faut réussir vite. mais ça passe vite, le moment. de la réussite. qui nous excite. avant. après. la vie, c’est long. dans un bureau de plus en plus / de moins en moins /grand / haut /ouvert. on échange, on s’échange. nos rires / nos plats / nos rendez-vous / nos points de désaccords / nos points non-négociables pour que l’accord / nos cercles / nos jetons / de présence / d’une absence / cette prétention. à être ensemble / venus les honorer de notre présence / seul. Mais on a fait. houlà comme on a fait ! on a agi. dans /notre / intérêt / du groupe / du collectif / de l’actionnaire / de la cause. toujours. corporate. toujours. alerte. bad buzz. ça sent le chaud. là. il faut débarquer / du monde. te débarquer. et oui, tu comprends, désolé. c’est déjà pas donné. une si belle aventure. à conquérir le monde. faire sa part / sa petite part / de marché. allez, allez quoi, tope-là. topé. pas besoin de signer. tu l’as. ta promotion. Tu l’as bien méritée.

JUILLET

Un service

Fatigué de perdre votre temps ? Envie de rendre votre existence plus productive, plus efficace ? D’exprimer enfin votre potentiel à 100% ? Faites appel à notre service : pour 39,90 € par mois seulement, un contemplateur professionnel viendra regarder le monde et perdre son temps à votre place. Option leasing incluse.

AOÛT

Insomnie

Je n’arrive pas à m’endormir. Rien à faire, j’ai beau faire le vide, respirer par le ventre, penser à des choses agréables, me projeter dans une situation improbable qui pourrait initier un rêve, je n’arrive pas. J’ai beau prendre un livre, une bd, ma tablette, j’ai beau commençer à écrire ce texte, je n’arrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrg’,.

SEPTEMBRE

L’émotion

Transport en commun. Habitude triste. Mais je viens de lire un passage. Un passage sur le soi, sur sa prise de conscience. Sur ce qui est là depuis l’enfance mais attend l’heure du murmure. Je descends de la rame. Quelques notes me saisissent, ce n’est pas comme hier. Une lente mélodie qui fait danser la brume, le matin, sur le grand jardin. Je m’approche pour regarder la pochette du CD vendu par le musicien, joueur de hautbois aidé d’une boite à rythme. Je vois Schubert. Ça doit être ça. Je presse le pas pour prendre l’escalator. Arrive en haut du couloir de correspondance. Reste interdit. La musique me transperce. Je sens l’énergie circuler en moi, ces petits picotements qui remontent des jambes. Je fais demi-tour. Hésite encore un peu. Je suis presque en retard. Dévale les escaliers et retourne le voir. Il finit juste le morceau. – Bonjour, quelle est cette musique ? – L’Ave Maria de Giulio Caccini. Il n’est pas très connu. Mais quand je le jouait, en Ukraine, les gens sortaient les larmes aux yeux.Il s’appelle Oleg Yugan. Je le remercie. Il sourit en reprenant son hautbois. Je repars. Changé.

OCTOBRE

« Nos serveurs s’ennuient »


Non, aucun de mes amis n’attend de mes nouvelles. Je ne manquerai à personne en vous quittant. Qu’est-ce qui me retient ? Mes contacts ? Mes followers ? Non, personne ne s’en apercevra. Ça fera un bruit de moins, un écho économisé, un buzz évité. Ça fera un peu de calme. De ce calme dont j’ai bien besoin. Alors voilà, c’est décidé, j’appuie sur « Supprimer mon compte ». Ma décision est irrévocable et… comment ? Vos serveurs s’ennuient ? Ça me touche. Ça change tout. Vous savez parler aux hommes, vous.

NOVEMBRE

Design du poème #46

Un poème, l’idée d’un poème, c’est souvent un seul mot. Un mot qu’on ne trouve pas tout de suite. Un mot autour duquel. Un mot autour duquel on tourne. Pour dissiper les brumes. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à éliminer tous les mots autour, qui le cache. L’armée d’approximations, d’idées vaguement semblables, de synonymes, de faux désirs, de mauvaises certitudes. Se coltiner chaque contradiction qui se place en obstacle. Comprendre l’adversaire, ses besoins, ses ressources, ses faiblesses. Estimer les alliances conclues. S’estimer. Cibler juste. Le cerner. Le prendre au piège. Seul. Vidé. Le vider de ses sens. Voir s’il résiste. Voir s’il laisse passer. Après des jours de siège, la fortification cède. Tout découle. Tout s’imbrique. Tout se résout. D’un simple mot. Qui trainait là. Lumineux.

DÉCEMBRE

Situation compromettante

Ne t’attarde pas trop
aux abords des virgules

La phrase est impatiente
de se faire déchiffrer.

Rétrospective 2015 #10 : Décembre

TRANSPARENCE

Par la vitre, tu vois le paysage dont tu avais rêvé
c’est elle
qui t’empêche de l’atteindre.

 

D’UNE ÉTOILE

Pierre, feuille, ciseau
et l’enfant qui tressaille

Celui devant nous
Celui en nous
qui se réveille

Dans la nuit, les cris
et la poudre de perlimpinpin
pour que le petit oiseau va sortir

Oui, c’est sûr, il va sortir
le petit oiseau d’abord
il chantera la poésie
il réchauffera les cœurs

Défibrillation
on le perd
on le perd

Il s’envole l’oiseau
et il emmène la pierre, la feuille et le ciseau
là-haut
tout là-haut

Pour briller son poème
que personne n’atteindra.

 

LES INSTANTS

Versailles

À chaque moment de joie
t’inviter à la fête

Savoir
que tu serais venue.

“On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va.”
Jacques Prévert.

WESTZEN

S’asseoir et demeurer
au rythme de son souffle
à l’ouest du Pecos.

Rétrospective 2015 #9 : Novembre

&LOCUTION

– Dire quoi pédaler dans la semolle ? dire quoi sucrer les craises ? dire quoi tomper des cordes ? dire quoi filer à l’ancraise ? dire quoi porter sa troix ? dire quoi avoir les pieds pickelés ? dire quoi se masser le nez ? dire quoi entre chien et coup ? dire quoi gonflé à cloques ? dire quoi c’est un panier de rabes ? dire quoi tu es ton père tout crashé ? dire quoi il ne se pend pas pour de la merde ? dire quoi faut pas jeter le bébé avec l’eau du rein ? dire quoi envers et contre trousse ? dire quoi que tu as le cœur trop, papa ? T’es kiste ? – Non, mais arrête de parler pour ne rien rire.

 

PLACEMENT

LA POÉSIE ACTION – STOCK-OPTION – FUTURE – OBLIGATION – OPCVM – LBO – PART SOCIALE – ASSURANCE-VIE – PEA  – SICAV – FOND COMMUN DE PLACEMENT – FCP – PERP – OPA – FUSION – ACQUISITION – RENTE VIAGÈRE – PEE – PEI – PERCO – ÉPARGNE SALARIALE – FOND DE PENSION – PERCOI – PARTICIPATION – INTÉRESSEMENT – SICAVAS – OPTION – DÉRIVÉ – SWAPS – CDO – CDS – MBS – TCN – EMTN – WARRANT – INVESTIT TOUT.

 

ALORS… (19/11/2016)

Je n’ai rien écrit depuis le 13 novembre. Je n’ai pas écrit de phrase. Pas écrit de poème. Pas fait ce que j’avais toujours pensé faire lorsque le mot de Pierre Seghers, en exergue de son anthologie La résistance et ses poètes deviendrait réalité : « Jeunes gens qui me lirez peut-être, tout peut recommencer. Les bûchers ne sont jamais éteints et le feu, pour vous, peut reprendre. […] N’acceptez jamais de devenir les égarés d’une génération perdue. »

J’ai eu autre chose. Autre chose à faire. L’embrasser. Voir des amis. Être avec eux. Parler à notre fils sans cacher notre peur mais sans la lui transmettre, ou au moins essayer. Sortir. Respirer. Se redire la chance d’être libre et en vie. Ressentir de la haine, mais écouter les autres. Transformer tout cela en quelque chose d’autre. En désir de vie face aux pulsions de mort. Me dire que nous sommes forts, de nos sourires, de notre chaleur, de notre humanité.

Sans savoir ce qui arrivera, d’un vrai combat, se promettre d’être.

 

CÉSURES

CON
SCIENCE

INTER
MINABLE

VRAI
MENT

IMPARABLE

Afin de me convaincre d’adhérer à ton projet, déjà réalisé, de mettre tes nouvelles bottes jaunes malgré l’absence de pluie, tu me dis : « Toi tu choisis ta vie, le vent choisit son temps ».
Je te regarde et réfléchis sur cette phrase légère et profonde, dont la force balaye tous mes autres arguments. Cette force de parole dont nous avons tant, tous, besoin en ces jours.

Rétrospective 2015 #8 : Octobre

Nietspresso (poésie réactionnaire)

Non , je vous remercie, mais pas de Bukeela ka Ethiopia, ni de Voluto, ni de Cosi. Vraiment, pas de Dulsão do Brasil, de Vivalto Lungo, de Linizio Lungo. Non non, je vous assure, pas de Voluto Decaffeinato ou de Vivalto Lungo Decaffeinato non plus. Mais enfin, puisque je vous dis que je n’en veux pas, de Capriccio, de Livanto, ou de votre Rosabaya de Columbia. Mais bordel, vous allez me laisser tranquille avec votre Caramelito, votre Cioccattino, ou votre Vanilio ? Mais vous cherchez quoi avec votre Roma, votre Fortissio Lungo, votre Arpegio. Vous voulez mon poing dans la gueule ? Disparaissez avec votre Arpegio Decaffeinato, votre Tribute to Milano, votre Ristretto. Fichez-moi la paix, orchidoclaste, avec votre Indriya from India, votre Dharkan, votre Tribute to Palermo et votre Kazaar de merde ! C’est dimanche matin et je veux moudre mon café MOI-MÊME !

(Liste des capsules Nespresso disponibles au dimanche 4 octobre 2015, filtrées par intensité)

Pâquerettes

Dans la grande vallée, juste en bas des montagnes, il y a des fleurs. Plein de fleurs. Les abeilles y viennent butiner le pollen. Elles s’en nourrissent et en feront du miel. Du bon miel des montagnes. Sucré. Il y a des enfants, qui dansent et se roulent dans l’herbe. Qui font de la musique avec deux bouts de bois. Il y a une rivière avec plein de poissons, de beaux, de petits poissons qui nagent dans l’eau et bon, c’est bon, ils sont partis, on peut parler, par contre, pas de ponctuation trop forte, pas de point d’exclamation, il ne faut pas attirer leur attention déjouer leur vigilance d’ailleurs on va mettre un point pour que tout cela reste normal. D’où que vienne le mot, on va les assassiner. Ceux qui tuent les paroles, les regards silencieux. On ne va pas les laisser faire. On va tous les assassiner avant qu’ils ne nous débusquent, avant d’entendre leurs chants de haine au cœur des villes. On les torturera en récitant des poèmes. En les embrassant, et, quand ils fondront en larmes, on leur dira mais non, mais non, allez, ce n’est rien, en leur arrachant la… chut ils re -et les fleurs, alors, s’épanouissent dans l’air frais. Les abeilles virevoltent pour rentrer à la ruche. Et la petite fille et le petit garçon se mettent à rire. D’un rire qu’ils n’oublieront jamais.

Une vie pleine

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Rétrospective 2015 #7 : Septembre

Commando
Blanche-Neige, Raiponce et Cendrillon prirent d’assaut le conseil d’administration, exigeant leurs 998 ans d’arriérés de droits à l’image.

Les feuilles
Tu me demandes dans combien de jours nous allons mourir. Et si ça change de couleur, et si ça pourrit, quelqu’un qui meurt. Tu frissonnes, mais pas de notre frisson. Le tien s’accorde aux feuilles. Tu te baisses, les recueillent et les mets dans ta poche, après t’être étonné de leurs couleurs changeantes. Tu sens leur effritement sous tes doigts. Tu retiens tes larmes et dis « ça sèche ». Comme ces paroles qui ne sortent pas, ou difficilement, pour te dire ce que nous ne savons te dire. Pas faute pourtant d’avoir préparé cet instant. Mais tes questions nous prennent de court. Comme elle. Nous sommes désarmés. Pure morning.

Poésie neutre
Se mettre à écrire la routine. Ces jours un peu pareils. Ces moments répétés qui n’auront droit ni à une photo, ni à un poème, ni à se changer en souvenir. Sans la moindre chance de remonter au jour pour témoigner. Écrire sur le bruit de la chasse d’eau. Sur l’odeur contenue à l’ouverture des poubelles. Sur le grincement concerté des volets électriques. Dire le rituel du réveil en trois temps, la poussière qui s’amoncelle sur les marches de l’escalier. Être neutre. Pour faire venir le monde.

Confidence
Notre légende se bâtit autour d’un seul fait d’armes. Un acte fondateur, un chemin emprunté, un amour consommé ou une trahison qui nous aura fait rompre. Mythologie portative, baladée par ce qui résonne en nous des anciens troubadours, nous lui accordons, au contraire des autres, la plus grande importance. C’est ce qui nous distingue et qui nous définit. À sa lumière, nous écrivons sans fin l’histoire de notre passé et tout ce qui s’en suit. Jusqu’à immobilisation complète. Jusqu’à la forme fixe. Jusqu’à pouvoir gagner l’inscription dans la pierre pour ce que nous savons d’une sorte d’éternité. Un peu triste, mais c’est souvent comme ça.

B.o.p (Bande originale du poème) : Confident – Demi Lovato.

En pleine lumière

Se retirer du jour
pour mieux laisser paraître
le grillon dans les herbes
et l’escargot surpris

Ce matin, une secousse
nous as perdu les yeux
et la tête
et le bec

La résistance commence
et l’écran s’est éteint

Nous sommes
en pleine lumière.

 

Rétrospective 2015 #6 : août

L’invention du poème #26

Le poème est éducation à la puissance de la parole.

 

Semailles

D’un geste circulaire, j’arrache l’herbe qui menace d’empêcher l’aubergine. Et je le recommence, le module jusqu’à l’absence de résistance. Économie des forces afin que la racine accepte et se résolve.

 

Nocturna Redux

Composter les étoiles
pour obtenir une nuit
qui ne t’effrayera plus.

 

Salutation

En sortant de chez moi
je remercie la fleur
de faire tinter le jour

Et elle s’incline aussi

C’est un jeu entre nous.

– Qu’est-ce qu’un rite? dit le petit prince.
– C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard.
C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures.»
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI

Rétrospective 2015 #5 : Juin / juillet

Il faut rester discret. Cela va de soi lorsque le corps répond. Que le force est entière et qu’elle nous autorise à nous mettre en retrait. Du monde, des gens, de leurs conversations qui saturent l’espace. De cette position, on peut saisir au vol les paroles utiles. Les surprendre avec nous. Les confronter au temps et voir si elles persistent. Si leurs rythmes, si les silences qu’elles induisent, tiennent.

 

Posture

S’asseoir. Juste s’asseoir. Juste.
Déjà, ce lâcher prise nous est insupportable.

 

Observatoire

Pour Dominique

Cette nuit
j’ai remarqué l’étoile

Tu la cachais
de ton sourire.

 

L’invention d’un poème (24)

À quoi bon le poème en temps de crise ? À souligner la permanence. Du chant de l’oiseau, du vent dans les arbres, de nos corps enlacés qui vibrent malgré la peur. De la vie, encore. Sans peur du ridicule, sans peur d’être balayé par le fracas des armes, des mots criés trop forts et des humiliations. Une parole à l’os. Tranchant toutes les chairs. Contre les beaux discours.
Pourquoi le poème ? Parce qu’il est la seule forme, fondamentale et brute, suffisamment solide pour ne pas être réduite par ceux qui nous assurent qu’il n’y a pas d’autre choix. Que l’on n’a plus le temps de penser, de sentir, de s’arrêter un peu. Qu’il faut un peu grandir, et donc se résigner. Et survivre malheureux sans ligne d’horizon.
Parce qu’il est cette arme folle, plus silencieuse qu’un drone, qui vient nous imploser. Et réveiller en nous le désir de toucher, de sourire sans en attendre plus.
Parce qu’il est en deçà des révolutions vaines. Qu’il peut nous faire. Aimer. D’un silence imprenable.
Les tyrans le savent bien. S’attaquer à ce chant qu’ils n’atteindront jamais est leur tout premier crime.

 

L’invention du poème (26)

Tracer une voie. Une voie que chacun pourrait entreprendre avec ses propres moyens. Esquisse d’un chemin. Libre. Mais d’abord pour nous. Pour ce nous juste à côté de nous que l’on tend à devenir. Trop peu d’espace pour parler d’idéal. Trop d’ombres qui persistent, nécessaires, aussi. Pour cette personne presque qui fait le premier pas.

 

Randonnée

Une même main pour tenir
le parfum des sous-bois
le cours du ruisseau
l’empreinte de cet oiseau que tu as remarqué

D’un précipité calme.

Rétrospective 2015 #4 : Avril-mai

La voie de l’escargot

Je vais tout doucement
pour arpenter le monde

Trace déposée.

 

Ensemble

Pour Sabine,

Se détacher des lignes
qui cernent nos images

Certain de perdre encore
sans crainte de manquer

Sentir le goût du geste
qui nous emplit de joie

Et recueillir ensemble
les bribes de nos rêves.

 

L’invention du poème #24

La philosophie prépare la poésie, qui pourtant la précède.

 

Tendrement,

Nocturne en do mineur de Chopin. Se revoir écoutant sa mère le jouer. Prendre soudain conscience d’une douce chaleur. Se dire que ces notes-là seront celles du chagrin lorsqu’elle disparaîtra dans l’infini des nuits.

B.o.p (Bande originale du poème) : Eyes Shut – Nocturne in C Minor, Ólafur Arnalds & Alice Sara Ott, The Chopin Project.

 

Compte

T’égrener les secondes
afin que tu saisisses
l’espace d’une minute

Se surprendre
à trouver le temps long.

 

Shakuhachi

La flûte joue
tout le vide
de la pièce

Mon esprit, libre.

 

Prépare-toi à la pluie

Pour Murielle, Gérard, et les âmes alentours.

Prépare-toi à la pluie
avant de recevoir
les rires et les silences
qui fondent l’amitié

Prépare-toi à la pluie
avant que l’eau frémisse
délivrant l’amertume
de la feuille de thé

Prépare-toi à la pluie
et ne tremble jamais
lorsque le bol se trouble
d’une pointe de sel

Prépare-toi à la pluie
et ne regrette pas.

 

Kokedama

Abandonner la taille

Ôter les résidus
des civilisations

Laisser la mousse
s’épanouir.