Rétrospective 2015 #10 : Décembre

TRANSPARENCE

Par la vitre, tu vois le paysage dont tu avais rêvé
c’est elle
qui t’empêche de l’atteindre.

 

D’UNE ÉTOILE

Pierre, feuille, ciseau
et l’enfant qui tressaille

Celui devant nous
Celui en nous
qui se réveille

Dans la nuit, les cris
et la poudre de perlimpinpin
pour que le petit oiseau va sortir

Oui, c’est sûr, il va sortir
le petit oiseau d’abord
il chantera la poésie
il réchauffera les cœurs

Défibrillation
on le perd
on le perd

Il s’envole l’oiseau
et il emmène la pierre, la feuille et le ciseau
là-haut
tout là-haut

Pour briller son poème
que personne n’atteindra.

 

LES INSTANTS

Versailles

À chaque moment de joie
t’inviter à la fête

Savoir
que tu serais venue.

“On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va.”
Jacques Prévert.

WESTZEN

S’asseoir et demeurer
au rythme de son souffle
à l’ouest du Pecos.

Rétrospective 2015 #9 : Novembre

&LOCUTION

– Dire quoi pédaler dans la semolle ? dire quoi sucrer les craises ? dire quoi tomper des cordes ? dire quoi filer à l’ancraise ? dire quoi porter sa troix ? dire quoi avoir les pieds pickelés ? dire quoi se masser le nez ? dire quoi entre chien et coup ? dire quoi gonflé à cloques ? dire quoi c’est un panier de rabes ? dire quoi tu es ton père tout crashé ? dire quoi il ne se pend pas pour de la merde ? dire quoi faut pas jeter le bébé avec l’eau du rein ? dire quoi envers et contre trousse ? dire quoi que tu as le cœur trop, papa ? T’es kiste ? – Non, mais arrête de parler pour ne rien rire.

 

PLACEMENT

LA POÉSIE ACTION – STOCK-OPTION – FUTURE – OBLIGATION – OPCVM – LBO – PART SOCIALE – ASSURANCE-VIE – PEA  – SICAV – FOND COMMUN DE PLACEMENT – FCP – PERP – OPA – FUSION – ACQUISITION – RENTE VIAGÈRE – PEE – PEI – PERCO – ÉPARGNE SALARIALE – FOND DE PENSION – PERCOI – PARTICIPATION – INTÉRESSEMENT – SICAVAS – OPTION – DÉRIVÉ – SWAPS – CDO – CDS – MBS – TCN – EMTN – WARRANT – INVESTIT TOUT.

 

ALORS… (19/11/2016)

Je n’ai rien écrit depuis le 13 novembre. Je n’ai pas écrit de phrase. Pas écrit de poème. Pas fait ce que j’avais toujours pensé faire lorsque le mot de Pierre Seghers, en exergue de son anthologie La résistance et ses poètes deviendrait réalité : « Jeunes gens qui me lirez peut-être, tout peut recommencer. Les bûchers ne sont jamais éteints et le feu, pour vous, peut reprendre. […] N’acceptez jamais de devenir les égarés d’une génération perdue. »

J’ai eu autre chose. Autre chose à faire. L’embrasser. Voir des amis. Être avec eux. Parler à notre fils sans cacher notre peur mais sans la lui transmettre, ou au moins essayer. Sortir. Respirer. Se redire la chance d’être libre et en vie. Ressentir de la haine, mais écouter les autres. Transformer tout cela en quelque chose d’autre. En désir de vie face aux pulsions de mort. Me dire que nous sommes forts, de nos sourires, de notre chaleur, de notre humanité.

Sans savoir ce qui arrivera, d’un vrai combat, se promettre d’être.

 

CÉSURES

CON
SCIENCE

INTER
MINABLE

VRAI
MENT

IMPARABLE

Afin de me convaincre d’adhérer à ton projet, déjà réalisé, de mettre tes nouvelles bottes jaunes malgré l’absence de pluie, tu me dis : « Toi tu choisis ta vie, le vent choisit son temps ».
Je te regarde et réfléchis sur cette phrase légère et profonde, dont la force balaye tous mes autres arguments. Cette force de parole dont nous avons tant, tous, besoin en ces jours.

Rétrospective 2015 #8 : Octobre

Nietspresso (poésie réactionnaire)

Non , je vous remercie, mais pas de Bukeela ka Ethiopia, ni de Voluto, ni de Cosi. Vraiment, pas de Dulsão do Brasil, de Vivalto Lungo, de Linizio Lungo. Non non, je vous assure, pas de Voluto Decaffeinato ou de Vivalto Lungo Decaffeinato non plus. Mais enfin, puisque je vous dis que je n’en veux pas, de Capriccio, de Livanto, ou de votre Rosabaya de Columbia. Mais bordel, vous allez me laisser tranquille avec votre Caramelito, votre Cioccattino, ou votre Vanilio ? Mais vous cherchez quoi avec votre Roma, votre Fortissio Lungo, votre Arpegio. Vous voulez mon poing dans la gueule ? Disparaissez avec votre Arpegio Decaffeinato, votre Tribute to Milano, votre Ristretto. Fichez-moi la paix, orchidoclaste, avec votre Indriya from India, votre Dharkan, votre Tribute to Palermo et votre Kazaar de merde ! C’est dimanche matin et je veux moudre mon café MOI-MÊME !

(Liste des capsules Nespresso disponibles au dimanche 4 octobre 2015, filtrées par intensité)

Pâquerettes

Dans la grande vallée, juste en bas des montagnes, il y a des fleurs. Plein de fleurs. Les abeilles y viennent butiner le pollen. Elles s’en nourrissent et en feront du miel. Du bon miel des montagnes. Sucré. Il y a des enfants, qui dansent et se roulent dans l’herbe. Qui font de la musique avec deux bouts de bois. Il y a une rivière avec plein de poissons, de beaux, de petits poissons qui nagent dans l’eau et bon, c’est bon, ils sont partis, on peut parler, par contre, pas de ponctuation trop forte, pas de point d’exclamation, il ne faut pas attirer leur attention déjouer leur vigilance d’ailleurs on va mettre un point pour que tout cela reste normal. D’où que vienne le mot, on va les assassiner. Ceux qui tuent les paroles, les regards silencieux. On ne va pas les laisser faire. On va tous les assassiner avant qu’ils ne nous débusquent, avant d’entendre leurs chants de haine au cœur des villes. On les torturera en récitant des poèmes. En les embrassant, et, quand ils fondront en larmes, on leur dira mais non, mais non, allez, ce n’est rien, en leur arrachant la… chut ils re -et les fleurs, alors, s’épanouissent dans l’air frais. Les abeilles virevoltent pour rentrer à la ruche. Et la petite fille et le petit garçon se mettent à rire. D’un rire qu’ils n’oublieront jamais.

Une vie pleine

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(Listes des fonctionnalités activables à partir des paramètres d’un compte Google en octobre 2015.)

Promotions

Chef de marché                                   de rien

Chef de service                                    de rien

Chef de produit                                   de rien

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Rédacteur en chef                              de rien

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– Merci de votre implication —————-

Rétrospective 2015 #7 : Septembre

Commando
Blanche-Neige, Raiponce et Cendrillon prirent d’assaut le conseil d’administration, exigeant leurs 998 ans d’arriérés de droits à l’image.

Les feuilles
Tu me demandes dans combien de jours nous allons mourir. Et si ça change de couleur, et si ça pourrit, quelqu’un qui meurt. Tu frissonnes, mais pas de notre frisson. Le tien s’accorde aux feuilles. Tu te baisses, les recueillent et les mets dans ta poche, après t’être étonné de leurs couleurs changeantes. Tu sens leur effritement sous tes doigts. Tu retiens tes larmes et dis « ça sèche ». Comme ces paroles qui ne sortent pas, ou difficilement, pour te dire ce que nous ne savons te dire. Pas faute pourtant d’avoir préparé cet instant. Mais tes questions nous prennent de court. Comme elle. Nous sommes désarmés. Pure morning.

Poésie neutre
Se mettre à écrire la routine. Ces jours un peu pareils. Ces moments répétés qui n’auront droit ni à une photo, ni à un poème, ni à se changer en souvenir. Sans la moindre chance de remonter au jour pour témoigner. Écrire sur le bruit de la chasse d’eau. Sur l’odeur contenue à l’ouverture des poubelles. Sur le grincement concerté des volets électriques. Dire le rituel du réveil en trois temps, la poussière qui s’amoncelle sur les marches de l’escalier. Être neutre. Pour faire venir le monde.

Confidence
Notre légende se bâtit autour d’un seul fait d’armes. Un acte fondateur, un chemin emprunté, un amour consommé ou une trahison qui nous aura fait rompre. Mythologie portative, baladée par ce qui résonne en nous des anciens troubadours, nous lui accordons, au contraire des autres, la plus grande importance. C’est ce qui nous distingue et qui nous définit. À sa lumière, nous écrivons sans fin l’histoire de notre passé et tout ce qui s’en suit. Jusqu’à immobilisation complète. Jusqu’à la forme fixe. Jusqu’à pouvoir gagner l’inscription dans la pierre pour ce que nous savons d’une sorte d’éternité. Un peu triste, mais c’est souvent comme ça.

B.o.p (Bande originale du poème) : Confident – Demi Lovato.

En pleine lumière

Se retirer du jour
pour mieux laisser paraître
le grillon dans les herbes
et l’escargot surpris

Ce matin, une secousse
nous as perdu les yeux
et la tête
et le bec

La résistance commence
et l’écran s’est éteint

Nous sommes
en pleine lumière.

 

Rétrospective 2015 #6 : août

L’invention du poème #26

Le poème est éducation à la puissance de la parole.

 

Semailles

D’un geste circulaire, j’arrache l’herbe qui menace d’empêcher l’aubergine. Et je le recommence, le module jusqu’à l’absence de résistance. Économie des forces afin que la racine accepte et se résolve.

 

Nocturna Redux

Composter les étoiles
pour obtenir une nuit
qui ne t’effrayera plus.

 

Salutation

En sortant de chez moi
je remercie la fleur
de faire tinter le jour

Et elle s’incline aussi

C’est un jeu entre nous.

– Qu’est-ce qu’un rite? dit le petit prince.
– C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard.
C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures.»
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI

Rétrospective 2015 #5 : Juin / juillet

Il faut rester discret. Cela va de soi lorsque le corps répond. Que le force est entière et qu’elle nous autorise à nous mettre en retrait. Du monde, des gens, de leurs conversations qui saturent l’espace. De cette position, on peut saisir au vol les paroles utiles. Les surprendre avec nous. Les confronter au temps et voir si elles persistent. Si leurs rythmes, si les silences qu’elles induisent, tiennent.

 

Posture

S’asseoir. Juste s’asseoir. Juste.
Déjà, ce lâcher prise nous est insupportable.

 

Observatoire

Pour Dominique

Cette nuit
j’ai remarqué l’étoile

Tu la cachais
de ton sourire.

 

L’invention d’un poème (24)

À quoi bon le poème en temps de crise ? À souligner la permanence. Du chant de l’oiseau, du vent dans les arbres, de nos corps enlacés qui vibrent malgré la peur. De la vie, encore. Sans peur du ridicule, sans peur d’être balayé par le fracas des armes, des mots criés trop forts et des humiliations. Une parole à l’os. Tranchant toutes les chairs. Contre les beaux discours.
Pourquoi le poème ? Parce qu’il est la seule forme, fondamentale et brute, suffisamment solide pour ne pas être réduite par ceux qui nous assurent qu’il n’y a pas d’autre choix. Que l’on n’a plus le temps de penser, de sentir, de s’arrêter un peu. Qu’il faut un peu grandir, et donc se résigner. Et survivre malheureux sans ligne d’horizon.
Parce qu’il est cette arme folle, plus silencieuse qu’un drone, qui vient nous imploser. Et réveiller en nous le désir de toucher, de sourire sans en attendre plus.
Parce qu’il est en deçà des révolutions vaines. Qu’il peut nous faire. Aimer. D’un silence imprenable.
Les tyrans le savent bien. S’attaquer à ce chant qu’ils n’atteindront jamais est leur tout premier crime.

 

L’invention du poème (26)

Tracer une voie. Une voie que chacun pourrait entreprendre avec ses propres moyens. Esquisse d’un chemin. Libre. Mais d’abord pour nous. Pour ce nous juste à côté de nous que l’on tend à devenir. Trop peu d’espace pour parler d’idéal. Trop d’ombres qui persistent, nécessaires, aussi. Pour cette personne presque qui fait le premier pas.

 

Randonnée

Une même main pour tenir
le parfum des sous-bois
le cours du ruisseau
l’empreinte de cet oiseau que tu as remarqué

D’un précipité calme.

Rétrospective 2015 #4 : Avril-mai

La voie de l’escargot

Je vais tout doucement
pour arpenter le monde

Trace déposée.

 

Ensemble

Pour Sabine,

Se détacher des lignes
qui cernent nos images

Certain de perdre encore
sans crainte de manquer

Sentir le goût du geste
qui nous emplit de joie

Et recueillir ensemble
les bribes de nos rêves.

 

L’invention du poème #24

La philosophie prépare la poésie, qui pourtant la précède.

 

Tendrement,

Nocturne en do mineur de Chopin. Se revoir écoutant sa mère le jouer. Prendre soudain conscience d’une douce chaleur. Se dire que ces notes-là seront celles du chagrin lorsqu’elle disparaîtra dans l’infini des nuits.

B.o.p (Bande originale du poème) : Eyes Shut – Nocturne in C Minor, Ólafur Arnalds & Alice Sara Ott, The Chopin Project.

 

Compte

T’égrener les secondes
afin que tu saisisses
l’espace d’une minute

Se surprendre
à trouver le temps long.

 

Shakuhachi

La flûte joue
tout le vide
de la pièce

Mon esprit, libre.

 

Prépare-toi à la pluie

Pour Murielle, Gérard, et les âmes alentours.

Prépare-toi à la pluie
avant de recevoir
les rires et les silences
qui fondent l’amitié

Prépare-toi à la pluie
avant que l’eau frémisse
délivrant l’amertume
de la feuille de thé

Prépare-toi à la pluie
et ne tremble jamais
lorsque le bol se trouble
d’une pointe de sel

Prépare-toi à la pluie
et ne regrette pas.

 

Kokedama

Abandonner la taille

Ôter les résidus
des civilisations

Laisser la mousse
s’épanouir.

Rétrospective 2015 #3 : Mars

Bain

La chaleur de l’enfance
enivre mes narines

Parfum d’amande douce.

 

Spring

Le bourgeon a éclos
d’une branche laissée pour morte

Et le vent tourbillonne.

 

Compte

T’égrener les secondes
afin que tu saisisses
l’espace d’une minute

Se surprendre
à trouver le temps long.

 

Kokedama

Abandonner la taille

Ôter les résidus
des civilisations

Laisser la mousse
s’épanouir.

Primevère

Je peux tout
sans désir

Mais la pluie, ce matin
a abattu la fleur
que tu avais plantée.

 

Prépare-toi à la pluie

Pour Murielle, Gérard, et les âmes alentours.

Prépare-toi à la pluie
avant de recevoir
les rires et les silences
qui fondent l’amitié

Prépare-toi à la pluie
avant que l’eau frémisse
délivrant l’amertume
de la feuille de thé

Prépare-toi à la pluie
et ne tremble jamais
lorsque le bol se trouble
d’une pointe de sel

Prépare-toi à la pluie
et ne regrette pas.

 

Fais un délicieux bol de thé ;
dispose le charbon de bois de façon à chauffer l’eau ;
arrange les fleurs comme elles sont dans les champs ;
en été, évoque la fraîcheur, en hiver, la chaleur ;
devance en chaque chose le temps ;
prépare-toi à la pluie ;
aie pour tes invités tous les égards possibles.

Les sept règles de Rikyū de la Voie du thé (Chadō)

Rétrospective 2015 #2 : Février

Sandokai, mélodie des nous autres

Il souffle sur la scène
d’un souffle de personne

Lumière d’avant lumière
comme seule inspiration

Entrer à petits pas
découvrir chaque signe
sans être tout à fait sûr
d’être inscrit au programme

D’une partition limpide
les notes et les paroles
tentent alors ensembles
d’initier le chant

De nouveau le feu chauffe
le vent bouge
l’eau mouille
et la terre soutient

L’œil voit
l’oreille entend
le nez sent
et la langue goûte

Les racines puisent
le tronc diffuse
et l’enfant se retourne
levant les yeux au ciel.

Toutes les notes sont jouées
mais
peut-être pas

L’ombre est dans la lumière
et la lumière dans l’ombre
mais
peut-être pas

L’ombre contre la lumière
Les jambes l’une contre l’autre
peuvent être

Alors,
Tous montent sur la scène
et rejoignent l’endroit juste
pour amplifier le chant

Alors,
tous s’accordent
libres

Et plus question d’espace
et plus question de temps

Juste ce ballet intime
d’un geste et d’un repos.

Ce poème est une adaptation -très- libre du Sandokai, poème écrit au VIIIè siècle par la maître chinois Sekito Kisen. La version originale de ce texte essentiel du zen Sōtō est chanté quotidiennement dans les temples zen du monde entier. Écrit sur « Dream Brother » de Vincent Peiriani ( Album Living Being, ACT, 2015).


Au parc Montsouris

Depuis cinq ans, je travaille juste à côté du parc Montsouris. Je n’y suis jamais entré. Aujourd’hui, enfin, je retourne m’y balader. Car ce parc est mon parc, ce parc est notre parc.

Petit, mon père m’y emmenait chaque jour. Une exigence, un sacerdoce. Pas juste pour me faire prendre l’air. Pour connaitre l’adversaire qui deviendrait ami. Pour découvrir son clown au contact de l’eau, de l’herbe, du métal des clôtures. Jeu de mime proposé afin de prendre conscience que je n’étais pas seul. Et sa chaleur brisait toute la glace de l’hiver. Pour moi.

Je me rappelle aussi du kiosque à musique ou il n’y avait pas de musique. Mais un conteur. Un vieux conteur qui nous racontait des histoires et puis disparaissait. Un joueur de flûte d’Hamelin qui aurait laissé les enfants à leurs parents. En guise de gratitude. De n’avoir pas reproduit. D’avoir brisé le cercle de l’absence, de la crainte, de l’ennui. De ce froid.

Nous étions, mon père et moi, les princes d’un jardin

et nous jouions les rois.

Du malheur

Être malheureux, c’est avoir bifurqué juste avant le chemin qui attendait nos pas. Ce point d’enfance où nous avions pleuré de joie, oublié par souci de grandir plus vite, certain que cette puissance, naturellement là, resterait présente quoi que nous fassions. Une illusion semblable aux pires malédictions de nos contes du soir.

Rétrospective 2015 #1 : Janvier

Bonjour à toutes et tous,

Comme chaque année depuis 6 ans, une petite rétrospective des quelques poèmes de ces douze derniers mois. L’occasion de vous souhaiter de très belles fêtes et une très bonne année 2016.

À très bientôt,

Stéphane

PowerMix (saint Augustin feat. Marcel Mauss)

Aime

donne
reçoit
rends

Et fais ce que tu veux.

Mine

Creuser encore le roc

Recueillir l’énergie
patiemment receler

Promettre de la lui rendre.

 

L’invention du poème (20)

Le goût des mots dans la bouche, les retenir en soi. Les faire tourner comme une boule d’air. Le goût du sang, de la lumière, de la neige. De l’angoisse de ce manque qui obsède la vie. Qui n’est pas là. Qui sera. Peut-être. Mais peut-être pas, mais surement jamais. Cerner ce vide à transformer. Pas de monstres, pas de visage. Vu dans un rêve l’autre jour, masqué. Remplacer ce vide ? Accumuler encore ? Non, disparaître un peu, en retrait, pour trouver le mouvement de son monde, un balancement. S’assoir. Confus et heureux.

« Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux ou courageux. » Rainer Maria Rilke

 

Enfantillage

Écrire un poème avec son enfant.

« Un hippopotame
qui mord les enfants

Une girafe
qui mord pas

parce que les girafes
ça ne mord pas
et surtout pas les enfants

Un crocodile
qui mange tous les doigts des enfants
et la tête
et le nez
et tous les adultes

Peut-être il va nous manger

Un flamand rose
tout rose
ça mord pas

Un oiseau rouge
mord papa, maman et moi

Ouille ouille ouille !  »

Des fois, les enfants, c’est violent.

 

Posture

L’arbre ne parle jamais
du vent et des racines
et de sa position

L’arbre ne risque jamais
de rompre son bonheur.