Abbaphonix #19

Emprunter ce chemin
délaissé par les autres

Tu en devines l’éclat
d’un tesson de bouteille
caché entre les boues.


Un frère demande à un ancien : ” Dis-moi : Comment me sauver ?”. L’ancien lui répond : ” Si tu peux être injurié et le supporter, c’est une grande chose, plus grande que toutes les vertus”.

Abbaphonix #17

Apprendre
à continuer les choses

Trouver du réconfort
l’impulsion dépassée.

 

Un vieillard dit : “La raison pour laquelle nous ne progressons pas, c’est que nous ne connaissons pas notre propre mesure et que nous n’avons pas d’endurance dans l’œuvre entreprise, mais que nous voulons acquérir sans peine la vertu.”

Apophtegmes des Pères, coll. systématique, VII, 30.

Abbaphonix #16

Immobile

Attendre que se calme
la tempête alentour
et en-dedans de nous

Puis amorcer la marche
sur notre propre chemin

Demeurer.

 

Un vieillard dit : “De même qu’il est impossible que porte du fruit d’un arbre sans cesse transplanté, de même un moine qui passe d’un lieu à l’autre ne peut non plus porter du fruit.”

Apophtegmes des Pères, coll. systématique, VII, 43.

Abbaphonix #14

Instaurer les limites
du lézard sur son mur

Se prélasser tendu.

 

Abba Pambo demenda à Abba Antoine : “Que faire ?” Le vieillard lui dit : “Ne mets pas ta confiance en ta propre justice, ne te soucie pas de ce qui est passé, et deviens maître de ta langue et de ton ventre.”

Collection systématique I,2

Abbaphonix, une lecture poétique des apophtegmes des Pères du désert

Abbaphonix #13

Se mouvoir au pas lent
de l’électron furieux.

On interrogea Abba Antoine en disant : ” Que dois-je observer pour plaire à Dieu ?” Et le vieillard répondit : ” Ce que je t’ordonne, observe-le : où que tu ailles, aie tout le temps Dieu devant les yeux ; quoi que tu fasses, aies le témoignage des Écritures divines ; et en quelque lieu que tu demeures, n’en bouge pas rapidement. Observe ces trois choses et tu seras sauvé.”

Collection systématique I.1

Abbaphonix, une lecture poétique des apophtegmes des Pères du désert

Abbaphonix #12

Prendre le temps
d’inspirer

Avant d’ouvrir les yeux

Comme la première fois.

Un philosophe demanda un jour à Abba Antoine : “Abba, comment pouvez-vous être si heureux, alors que vous êtes privé de la consolation que donnent les livres ?” Antoine répondit : ” Mon livre, ô philosophe, c’est la nature et, quand je veux lire les paroles de Dieu, il est toujours devant moi.”

Abbaphonix #11

Ne pas trop remplacer
le monde par ses paroles.

« Des frères vinrent de Scété chez Abba Antoine. Montant dans le bateau pour s’y rendre, ils trouvèrent un vieillard qui voulait s’y rendre lui aussi. Or les frères ne le connaissaient pas. Assis dans le bateau, ils s’entretenaient successivement des paroles des Pères, de l’Écriture, de leurs travaux manuels. Quant au vieillard, il gardait le silence. Arrivés au port, il se trouva que le vieillard, lui aussi, allait chez abba Antoine . Lorsqu’ils parvinrent chez lui, Antoine leur dit : « Vous avez trouvé en ce vieillard un bien bon compagnon de route. » Et il dit au vieillard : « Tu as trouvé avec toi de bien bons frères, abba. » Le vieillard dit : « Sans doute, ils sont bons, mais leur demeure n’a pas de porte et quiconque peut à son gré entrer dans l’étable et délier l’âne. » Il disait cela parce que les frères disaient tout ce qui leur venait à la bouche. »

Abbaphonix #10

Passion
de l’incertitude

Telle est ma quête.

« Un frère, étant venu séjourner chez un solitaire, dit à son hôte en le quittant : « Pardonnez-moi, Abba, car j’ai interrompu l’observance de votre Règle. « Ma Règle, c’est de vous accorder l’hospitalité et de vous laisser partir en paix. »

 

Abbaphonix #0

Ni soumettre
Ni se soumettre

Demeurer tranquille.

 

L’une des raisons (…) qui leur faisaient fuir le monde des hommes était que celui-ci se divisait en deux catégories : celle de ceux qui réussissaient et imposaient leur volonté aux autres, et celle de ceux qui devaient céder et obéir. Les Pères du désert refusaient de se laisser mener par les hommes, mais ne désiraient nullement les diriger eux-mêmes. Ils ne fuyaient pas non plus la compagnie des hommes : le fait même qu’ils énoncèrent ces conseils prouve qu’ils étaient très sociables.
Thomas Merton – La sagesse du désert.

Ne pas céder
à ce parfum de rose
dont je ne sais l’engrais

Mais peut-être se rabattre
sur un brin de muguet.

Un frère alla vers abba Macaire l’Égyptien, et lui dit: “Abba, dis-moi, pour que je sois sauvé.” Abba dit: “Va au cimetière et insulte les morts.” Le frère y alla, les insulta et leur jeta des pierres, puis il revint et raconta cela au vieil homme. Abba demanda : “N’ont-ils rien dit?” L’autre répondit: “Non”. Abba Macaire dit: “Retourne demain pour les féliciter.”
Ainsi, le frère disparut et les félicita, en les appelant, “apôtres, saints et justes.” Il retourna au vieil homme et lui raconta ce qu’il avait fait: “Ne t’ont-ils pas répondu?” “Non” dit le frère.
Abba Macaire dit: ” Tu sais quelles insultes tu leur adressées , et ils n’ont pas répondu. Tu sais quelles louanges tu leur as adressées, et ils n’ont rien répondu. Donc toi aussi, si tu souhaites être sauvé, tu dois faire de même, et devenir un homme mort. Comme les morts, ne tiens compte ni du mépris des hommes, ni de leurs louanges, et tu pourras être sauvé.”

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=lc-4thlaYuA]
(Bande originale du poème : Tamino – Indigo Night)

Abbaphonix #7

Cesse donc de te maudire
dans ce tourbillon vain

Et souviens-toi des fleurs.

 

Abba Macaire dit : “Si, en reprenant quelqu’un tu te laisses emporter par la colère, tu satisfais ta propre passion ; ne te perds donc pas toi-même pour sauver autrui.”

B.o.p (Bande originale du poème) : Shaka Ponk – Smells Like Teen Spirit

Détourne ton désir
de cette guerre

D’un obus d’insouciance.

 

Deux anciens demeuraient ensemble depuis de nombreuses années, et jamais ils ne s’étaient battus. Le premier dit à l’autre : “Faisons, nous aussi, une bataille pour faire comme tous les autres hommes”. L’autre répondit : “Je ne sais pas comment on fait une bataille”. Le premier dit : “Vois, je vais mettre au milieu une brique et je vais dire qu’elle est à moi ; toi, tu diras : ‘Non elle est à moi’, et ainsi commencera la bataille”. Ils mirent donc une brique au milieu d’eux, et le premier dit : “Cette brique est à moi”. Et l’autre dit : “Non, elle est à moi”. Et le premier reprit : “Si elle est à toi, prends-la et va-t-en”. Et ils se retirèrent sans avoir réussi à se disputer.
(Abba anonyme)

Abbaphonix #3

Prendre le parti
du bruits des pas

dans la neige.

Un jour qu’Abba Isaac était assis chez l’Abba Poémen, on entendit le cri d’un coq. Il lui dit : “Il y a donc cela ici, Abba ?”. Le vieillard lui dit : “Isaac, pourquoi me forcer à parler ? Toi et tes semblables, vous entendez cela. Mais celui qui est vigilant n’en a nul souci”.

Interpose à genoux
ce mot qui éteindra
l’incendie d’un reflet.

Abba Évagre dit : “Quand une pensée ennemie monte dans ton cœur, ne cherche pas à prier d’une manière ou de l’autre, mais aiguise l’épée des larmes”. >> Abbaphonics, une relecture contemporaine des apophtegmes des Pères du désert.