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Credo (31) : L’agonie dans le jardin

Résister à l’envie
de troubler le cours d’eau
en lançant cette pierre

Rentrer jusqu’à la taille
sans craindre
la submersion.

 

EXPLICATION RÊVÉE : Dans le récit de la Passion, juste après l’annonce de leur trahison, les disciples de Jésus se retrouvent dans le jardin du Mont des oliviers pour prier (Lc 22:45-46). Jésus les surprend « endormis par la tristesse ». Certains interprètent ce passage comme une compassion profonde pour ceux qui, pourtant, ne vont pas soutenir leur maître face à la foule. De Simon-Pierre, niant reconnaître, à Judas, dénonçant d’une parole, leur fidélité par crainte ou par lâcheté. Ils seraient pardonnés par avance de cette attitude de renoncement. L’histoire pourrait s’arrêter là. Irresponsable.

Et si cet endormissement était plutôt une désespérance ? Et si cette épisode était la clé de voute de toute la Passion ? Clé cachée, comme souvent dans les textes, par un évènement, une émotion forte qui arrive juste après : l’arrestation.

La remise en cause de leur fidélité par leur objet même a brisé quelque chose chez les disciples. Immédiatement ils se disputent entre-eux, se retrouvent et se renferment, entre eux. L’enchantement s’est rompu. Et la foi laisse place à un doute profond et irrécupérable. Une faille indicible, spirituelle, plus grave que ce doute matérialiste et légitime exprimé ensuite par Thomas (Jn 20, 24-29).

Cette tristesse qui endort et paralyse symbolise la fin, brutale, d’une utopie de connaissance à laquelle ces hommes ont cru. Le surgissement du doute face aux seules certitudes qui leur ont coûtés. Coûtés leurs vies d’avant. Il faudra un scandale, l’ultime témoignage d’une permanence dans la résurrection, pour qu’ils reprennent confiance dans l’horizon possible.

Cette tristesse entraîne l’enchainement de la violence, entre eux (Lc 22:24) et contre les autres (Lc 22:50) persécutant les premiers l’innocent (l’esclave du grand prêtre). À ce stade, même un dernier miracle (la guérison de l’oreille droite) ne réussit plus à renverser l’effondrement intérieur. Il aboutira à la mort de leur liberté intérieure (Lc 22:52), coïncidant avec la mort sur la Croix.

C’est la perte de foi des disciples, de leur rapport à une foi qui est, en définitive, rapport à leur fidélité intime qui provoque la mort du Christ. Ce n’est pas un qui trahit un, c’est tous les hommes qui trahissent une confiance. Juste avant la perte de l’espérance.

Et cela se passe dans un jardin. Bouclant la boucle avec l’Éden d’une connaissance offerte mais que l’homme refuse, peut-être pour rester libre et faire ses propres erreurs, ses propres tentatives, une seconde fois. Aboutissant, comme hier, à un retrait de la lumière. Une trahison qui serait le moyen que nous avons trouvé. Pour faire nos preuves. Comme l’ultime transgression pour devenir adulte.

 

« Le péché contre l’espérance, le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce… C’est le plus riche des élixirs du démon, son ambroisie. »

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne.

« Il leur dit : « Quoi ! Vous dormez ! Levez-vous et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation ! » »
Lc 23:46

Publié dans Credo Poèmes

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