Se défaire
D’un Visage

S’en refaire un
D’un peu de tout

Au gré des mirages
En mouvement

Dans ces sables mouvants

L’apparence
Désespère
Les profondeurs.

 

Le recueil de Christophe Bregaint, Dernier atome d’un horizon, sort cette semaine aux éditions Tarmac. Un très beau livre dont j’ai eu l’honneur et le plaisir d’écrire la préface ci-dessous. Une poésie puissante, en clair-obscur, à découvrir.

Christophe Bregaint, Dernier atome d’un horizon, éditions Tarmac, 90 p, 14 euros.

PRÉFACE

Aller jusqu’au bout, jusqu’au seuil des possibles. De ce dont on se croit capable, de ce que nous avons nommé, un jour, « notre horizon ». Plonger jusqu’au silence. Jusqu’à cette note bleue qui nous laissera libre. De poursuivre, de bifurquer, de faire une pause. Mais en se protégeant des paroles déversées. Des admonestations, des injonctions à être. Bien. Libre. En mouvement.

Ici, les poèmes, sans rien nous imposer, moins guides que compagnons, peuvent rythmer notre route. Ses chemins vides qui nous attendent pour changer d’itinéraire. Géographie magique avec bien d’autres choses que le compost et la poussière des morts. Avec des corps, avec du sang, avec les moyens du bord face à ce temps furieux qu’absorbe les failles des roches et les lignes de craie.

Mais où aller, que faire ici, pour quel soleil brûlant ? Ne pas trop penser à vivre. Au risque de la nécrose. Se dire que nous sommes plusieurs marins, à mille miles de distance, à chercher la même chose. Que la surface de notre planète est composée à plus de 70 % d’eau. Qu’avoir les pieds sur terre est une formule impropre à la consommation et que pour garder bonne mesure, rythme et consistance, pour ne pas se laisser transmuter en écume, on suit. Les autres, le courant. Par peur de n’avoir pas de place réservée.

Il pourrait y avoir du désespoir, de l’aquoibon, dans ce constat lucide. Pire, une stagnation. L’inverse de la pause. Mais les poèmes-atomes de Christophe Bregaint, ces bouts de cris, de moments suspendus, ces errances quotidiennes sont autant de signaux qui indiquent la présence d’un océan plus clair sous la surface sombre. Ce je-ne-sais-quoi, que d’autres atteignent d’aventure. Même si le feu calcine. Ronge. Rogne le radeau. Presque. Sans concession.

Une explosion sourde, venue des profondeurs, nous rappelle alors, juste à temps, que les autres, aussi, chavirent. Alors, tout fusionne. L’eau, la terre, le sang, la lumière et le vent. Leurs nuits. Nos jours. Tout se fond en un silence blanc. Matière intra-terrestre dont les poèmes sont faits. Énergie nécessaire pour nous mener, d’une parole, à la destination. Reste juste à s’orienter en relisant cette carte dont l’encre n’attendait plus qu’un regard de nous. Pour apparaître. Encore.

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