Katarina Frostenson, Jacques Réda, la revue Contre-allées : les coups de cœur poésie de novembre 2019

Les coups de cœur poésie de novembre 2019 (Critiques initialement parues dans le cahier Livres & idées de La Croix du 7 novembre 2018)

Revue Contre-allées n° 39/40

164 p., 10 €, commande sur https://contreallees.bigcartel.com

Animée par Amandine Marembert et Romain Fustier, la revue Contre-allées fête ses 20 ans avec une élégante livraison, mettant en avant François de Cornière, poète des choses vues né en 1950, avec sept inédits et une interview. Il donne envie, sublimant le quotidien (des pages relues, un regard volé, le cadre d’une photo), de réécouter Bashung et Oscar Peterson. À remarquer, entre autres belles voix, nouvelles ou installées, les notes de Jean-Pierre Georges, les observations denses de Jean-Baptiste Pedini ou les poèmes coulants de source de Cédric Landri. Également au sommaire, la republication des poèmes de Marie-Claire Bancquart et d’Antoine Emaz, récemment disparus, publiés au cours des années précédentes dans la revue. Preuve qu’elle tient, tisse. Est nécessaire.

Stéphane Bataillon

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Violente la chanson

de Katarina Frostenson

Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud

Cheyne, édition bilingue, 144 p., 23 €

Marina Tsvetaïeva écrivait : « Deux choses qui me tiennent à cœur : formule et chanson. » Katarina Frostenson reprend ces mots, après que la disparition d’une mère adorée a teinté de violence les comptines d’autrefois. Pour adoucir les jours, la poétesse suédoise insère des bribes des mélodies d’enfance au récit simple des gestes qu’on arrive encore à faire pendant le deuil. « Je tapote le dos d’une chaise, tripote un bouchon. Sans hâte et sans envie (…). Je n’en fais pas assez/mais c’est bien assez/de continuer. » Il le faut pourtant, afin de « se tirer des profondeurs intimes où l’on s’est noyé ». Alors, écrire. Écrire par exemple un poème sur la Syrie, car « chanter sur les autres/chanter c’est parfois continuer ».

Stéphane Bataillon

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Quel avenir pour la cavalerie ? Une histoire naturelle du vers français

de Jacques Réda

​​Buchet-Chastel, 226 p., 20 €

Pour Jacques Réda, poète, romancier et critique de jazz, tout en littérature est une question de rythme. Ce rythme, « capté, peut être captivé par le vers qui fut et reste, même ”libre”, au moins symboliquement son lieu d’élection dans le langage ». Il se propose d’aller sur place, retracer une histoire mouvementée, et subjective, du vers français, comme s’il s’agissait d’un être vivant. Il l’ausculte, le soupèse, y note ses changements d’aspect et d’humeur au cours de l’histoire, de Racine à Claudel et Toulet. Il en profite pour mettre en lumière certains de ses inspirateurs oubliés, comme Thomas de Kent, poète du XIIe siècle. Un essai rédigé avec panache, au risque parfois de faire tourner la tête par tant d’érudition syncopée.​​​

Stéphane Bataillon

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