UPPLR #52 : Hommage à Claude Vigée

À ceux que mon cœur aime
et dont il se souvient,
à ceux qui m’ont aimé
une fois seulement
dans ce passage étroit
entre nuit et lumière,

quelle autre voix déjà
presque muette en moi
murmure-t-elle encore
à l’oreille de personne :

« Merci, chers compagnons
des rires et des larmes,
merci, les mains tendues,
et puis : adieu, adieu – ».

Claude Vigée

Danser vers l’abîme, in Mon heure sur la terre, Poésies complètes, Galaade, 2008.

 

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :

 

Claude Vigée nous a quittés le 2 octobre à l’âge de 99 ans. Immense poète, il n’avait cessé de confronter sa vie, les tourments de l’existence et les deuils éprouvés à la parole. Celle de la Bible, lui, le juif alsacien qui se passionna pour la figure de Jacob luttant avec l’ange. Celle du poème, parole intime au cœur de cette drôle d’expérience qu’est notre humanité. « La poésie n’est pas un état d’âme ; c’est une action de l’âme », disait-il (lire La Croix du 6 octobre). Il résumait d’une formule l’arme incandescente qu’était pour lui l’écriture. Une arme contre les peines, lucide sur leurs persistances, inquiet sur les risques de l’oubli. Une arme pour la joie, dont celle de transmettre cette puissance formidable pour braver nos tempêtes. Sa poésie, longtemps, maintiendra l’éclaircie.

Stéphane Bataillon (@sbataillon)

Chronique parue dans La Croix L’Hebdo du 9 octobre 2020.

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