Kandinsky

Dans le bleu ciel de Kandinsky
Un poisson au chapeau melon
Prépare un casse à l’arme blanche.

Une tortue crabe hallucinée
Scotche sur les bulles colorées
Un sèche-linge dégouline
Sur le ciel bleu délavée.

Dans le bleu ciel de Kandinsky
Une pieuvre un peu gouine
Lorgne sur une confiserie fine

Un faucon inca à bascule
A l’air un peu désorienté
Une femme verte de Picasso
Vient de s’faire trouer la peau.

Dans le bleu ciel de Kandinsky
Deux ectoplasmes s’embrassent légers
Un cygne nage sans déranger

Une danseuse joueuse de Tam-Tam
Chorégraphie du Découflé
Et un gros matou-échiquier
Sourit comme un piano anglais.

Dans le bleu ciel de Kandinsky.
Y’a toute une drôle de ménagerie.

Un café et l’addition

Le long d’la rue de Rivoli
Y’a pleins de très chics brasseries
Qui affichent complaisamment
Leurs clientèles au teint brillant.

On entre, les serveuses sont pressées.
C’est déjà plus l’heure du sucré.
Quelques vieilles dames embijoutées
Dans les boiseries dégustent leur thé.

Un café, et l’addition
On ne s’ra pas pris pour des cons.

Un grand serveur fait le cerbère
Et nous cache toute la lumière
On veut sortir, il dit « Restez !
Je vais vous servir un parfait.
»

Un café, et l’addition
On ne s’ra pas pris pour des cons.

Final’ment on cède, on rajuste
Nos plans gastro-horodatés
Et on se dit qu’la vie de luxe
Vaut bien quelques contrariétés.

Un café, et l’addition
On ne s’ra pas pris pour des cons.
Un café, et l’addition
Nous ce qu’on veut…
C’est du jambon !

L’arpeintreur

Sur ses fines échasses
L’arpeintreur embrassait
Des paysages de glace
La ville et ses palais.

Il parcourait le monde
Sans distinguer les ombres.
Ses pinceaux à la main
Il gribouillait sans fin.

En bas, devant ses toiles,
L’enfant rigolait bien.
De ce peintre bredouille
Aux motifs incertains

Car arpenter le monde
Même si la terre est ronde
Peut apparaître vain
Si on n’y capte rien.