Le retour de l’Espadon [critique BD]

[critique BD] Article paru dans La Croix du 16 novembre 2018

Pour fêter son 25e album, la série « Blake et Mortimer » propose une suite directe de la première et légendaire aventure des héros, avec de nouveaux dessinateurs de talent.


• Blake et Mortimer, La Vallée des immortels (tome 1), Yves Sente, Teun Berserik et Peter Van Dongen, Éditions Dargaud, 56 p. 15,95 €

Lorsque Le Secret de l’Espadon paraît dans le premier numéro du Journal de Tintin le 26 septembre 1946, c’est un choc pour toute une génération de lecteurs. À côté du petit reporter de son ami Hergé, Edgar P. Jacobs imaginera jusqu’à sa disparition en 1987 douze aventures de Francis Blake et Philip Mortimer, dont La Marque jaune, son chef-d’œuvre. En 1996, la reprise réussie de la série remet durablement les vieux héros sur le devant de la scène. Plus gros tirage de la BD franco-belge après Astérix (420 000 exemplaires), ce 25e album retourne à la source du mythe.

La Vallée des immortels commence là où Le Secret de l’Espadon s’achevait, avec la victoire des Anglais sur l’Empire jaune du terrible Basam-Damdu. Des cases des albums de Jacobs, reproduites quasiment à l’identique font habilement la jonction, à 72 ans d’intervalle, entre les deux épisodes.

L’action de cette aventure, proposée en diptyque, se situe dans le contexte d’après-guerre où Hong Kong, colonie britannique, est menacée par la poussée des troupes de Mao Zedong et la fuite des nationalistes de Tchang Kaï-chek. On apprendra dans ce premier tome comment le colonel Olrik, archétype du traître, a pu s’enfuir des ruines de Lhassa pour se retrouver mêlé à une chasse aux trésors autour de reliques datant du premier empereur de Chine dont Mortimer se retrouve garant.

Un album fidèle aux codes de la série

Le scénariste Yves Sente propose une histoire truffée de rebondissements, fidèle aux codes ultra-classiques de cette série dont il signe déjà son huitième album. On regrettera juste l’inflation de dialogues (souvent plus que Jacobs dans L’Espadon original) qui alourdit parfois le rythme.

Autre particularité de cette aventure, les Hollandais Peter Van Dongen et Teun Berserik prennent en main la destinée graphique des héros. Dessiné en tandem, l’ensemble est d’une cohérence impressionnante et le trait, très agréable, n’a pas à rougir de la comparaison avec les planches de leurs prédécesseurs.

Un album réussi, qui se savoure encore mieux après la (re)lecture des trois tomes du Secret de l’Espadon, installé dans un bon vieux fauteuil club…

Stéphane Bataillon