UPPLR #81 : Élévation, par Charles Baudelaire

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire

Les Fleurs du mal
, de 1868 à 2021, édition établie par Pierre Brunel, membre de l’Institut,
Calmann-Lévy, 320 p., 39 €

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :


Les publications se succèdent pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Baudelaire. Les éditions Calmann-Levy, éditeur historique du poète, republient à cette occasion Les Fleurs du mal dans leur édition de 1868 dite « définitive ». Une édition posthume, voulue par Baudelaire, mort en 1867 sans avoir pu achever la version ultime de son recueil. Elle le fût par son éditeur, Michel Lévy et son frère Calmann, avec l’accord des héritiers, sans les poèmes censurés mais avec, notamment, une importante notice de Théophile Gautier. Les amoureux du poète aux ailes de géant pourront y repérer les nombreuses variantes du corpus publié dans les trois éditions successives de 1857, 1861 et 1866. Établie et longuement préfacée par Pierre Brunel, cette belle édition reliée retrace le riche et tumultueux parcours de ces poèmes, au programme du baccalauréat 2021, qui nous élèvent à chaque relecture vers les sommets de notre langue.

Stéphane Bataillon
(@sbataillon)

(Article initialement paru dans La Croix L’Hebdo du 8 mai 2021)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *