Western shots #3 : Bend of the River, une liberté en situation

Rien que le sable
qui brûle
tes passions        tes haines
l’élan          les jalousies
jusqu’à cramer ta peau

Et les jours qui s’écoulent
par le coude des rivières.

 

Dépasser la frontière et conquérir la terre. Le western s’épuise au milieu des années 50. L’histoire est racontée, la frontière franchie. La guerre a fracturé la vie. Le conflit mondial a mis à disposition de chacun le bien, le mal. La vie et la mort. Chacun a choisi. Ou plutôt, a activé sa puissance d’être plus ou moins fortement face aux évènements. Rester le même ? Changer ? Poursuivre l’évolution entreprise ?

Le western est un genre à double-fond. D’un côté, une ode à la liberté : étendues naturels magnifiées, chevauchées suivant l’étoile où chacun va vers son risque. De l’autre, un rappel constant des contraintes sociales et intimes qui marquent l’existence : comment réagir face au groupe (y prendre sa place, qu’il soit déjà installé ou en constitution) et comment évoluer intérieurement en ajustant ses actes à son idéal, qu’il soit bon ou mauvais ? Comment, également, se situer, entre un majestueux paysage en plan général, et le conflit en plan rapproché autour d’une table de poker baignant dans le clair-obscur ? De la frontière à installer pour la dépasser, à l’évolution des consciences de chacun, du groupe à l’individu, de l’application collective de la loi à l’exercice de son jugement personnel (”La loi ? Quelle loi ?” réplique Glyn McLyntock à ses contradicteurs demandant justice, en transit dans les montagnes de l’Oregon, au cours du Bend of the River (les affameurs) d’Anthony Mann.) Il y a ici tout ce qui inquiète, et meut, une existence.

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