Invulnérable

Je t’ai volé ta force
au plus profond de l’encre
dans le lieu où ton signe
pèse plus lourd que le sang

Plus personne, desormais,
ne pourra me réduire.

À part toi.

Élan

Chevaucher sa lumière
doté de l’assurance
de ceux qui ont perdu.

Deux rives

Ce serait une rivière

Avec deux rives de pierres
qui ne parleraient pas

Qui déviraient le cours
lentement érodées

Selon la volonté
de mille gouttes ensembles

Supporteraient la charge
de mener jusqu’au bout

Accepteraient le risque
de se voir transformées
plus vite que d’autres pierres

Y gagnant au contact
la profondeur d’un lit
n’ayant pas de repos

Et toujours s’éloigner
pour pouvoir accueillir
toute la vie alentours.

Possible

Reste tout bas écouter
ce qu’ils ont à nous dire

Le lieu n’est plus si loin
où nous pourrons léguer
à la terre notre peur

Que la vie n’abandonne
une seconde fois

Et que le champ soit libre
pour espèrer revoir

Le mystère
et l’éclat.

Article

Plus on désire comprendre
plus il nous faut trahir
pour recomposer l’autre
avec ses propres mots

En réécrire les signes
pour pouvoir les transmettre

Pour garantir aux autres
un effet de surprise.

Respire

Admettre la cicatrice
et ne plus continuer
à se complaire dans l’ombre

Retrouver le plaisir
du vent et du soleil
qui éclaire l’ondée

Ne penser qu’à aimer.

Sincérité

Laisser monter en nous
une émotion nouvelle
sans crainte du débord

Essayer de transcrire
au plus juste ses signes
conservant la tension

Qu’elle nous identifie
avant de faire alliance
et devienne signature

Une fois reposé,
refaire l’exercice
suivant notre intuition

Préciser le mélange
de ces essences uniques
que d’autres reconnaîtront

Une écriture livrée
comme témoin lumineux
de l’existence des hommes.

Debord’s fall

Au large des systèmes
acharnés à convaincre
de nos aliénations

Une canette de bière
quelques notes de jazz
et le printemps qui vient

Pour ne pas oublier
l’amitié et l’amour
au fil des rivières.

Little man

Tout n’a pas commencé
et s’achève en secret
lorsque baigne la nuit


Là-bas, il y a un bar
et puis de la fumée
et puis un autre temps

Un peu d’encre sur ta peau
et les mots qui s’inscrivent
au hasard des sourires

Que tu puisses frayer
à travers les parfums
de la ville suintante

Et contempler la lune.

Little man – Tom Waits
(Orphans: Brawlers, Bawlers & Bastards- 2006)

Leurre

Aimanter le silence
en l’appâtant d’un mot

Et qu’il y reconnaisse
sa frontière intérieure.

Écouter

Non pas le bruit des villes
ou le chant du brin d’herbe

Non pas le silence creux
qui occupe la pièce

Ni celui qui s’invite
blotti entre nos voix

Même pas les échos
qui me font te répondre

Seulement ce que tu dis.

Wu wei

Quel signe tracer encore ?

Et dans quelle direction
continuer la recherche
sans qu’elle ne se remarque ?

Laisser faire.