Résistances

La poésie sauvera le monde
car le moment venu
nous n’aurons plus le temps
de relire autre chose

Il nous faudra choisir.

« La poésie peut sauver le monde » Yves Bonnefoy, Septembre 1999.

Credo (15) : Ligne

Il y a les cris, les pleurs
la trahison

Il y a l’inégal
il y a l’autre

Il y a l’animal
dont on ne sait jamais
si cela lui importe
de percer le mystère

et où il en serait.

Il y a ces instants
ces tournants
et ces pauses

Et nous sommes en guerre

Mais il y a
l’Espérance
qui traverse nos nuits.

Solos

On creuse tous
l’air de rien
sur l’air de nos complaintes

On aime tous
échanger des regards
à condition qu’effleure

Mais on s’écoute pas

C’est tellement difficile
une symphonie

Il nous faudrait un plan
pour déchiffrer les yeux

Pour créer le tunnel
qui fondra la cité.

Cohabitation

Nous nous sommes arrêtés

Et le chant des oiseaux
s’écoute en récompense

On se dit
qu’il aurait pu
nous rendre fou

ailleurs, autrement

Les oiseaux, eux,
s’envolent.

Le cèdre

À Danièle et Bernard,

Il se tient majestueux
pour quelques jours encore

Pour quelques jours encore
dans le chant des oiseaux

Mais quelques branches, déjà,
ont changé de couleur
en guise de renoncement

Un homme viendra l’abattre.

J’irai prendre une épine
qui témoignera de lui.

Villeneuve la Guyard
le 23 mai 2010

Incongru

Il y a un tigre dans le salon
je ne sais pas comment
il a bien pu sortir
de la commode

Je l’avais peint en bleu
pourtant.

Instaurer

Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature,
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
On s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes
pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière

Une simple clairière.

Organic

Repérer lentement
les accidents des plaines

Tester la résistance
des fils du récit

Sentir que sous nos doigts
les molécules de pierre

se tiennent

Prêtes.

Bande originale du poème (b.o.p.) :
Philip Glass – Koyaanisqatsi – Organic.

The McLaren Project (6) : News for the navy (1937-1938)

Un voyage de mots

Un voyage impensable
dans l’acier et dans l’eau
dans la jute

Devenu inutile
comme le rire des marins

Transformé en légende.

News for the navy (1937-1938) – le voyage d’un courrier de Londres à un bateau de la flotte britannique, naviguant dans les Bermudes. Scènes réelles, 10’37 ».

L’oignon

Il n’arrive même plus
à faire couler les larmes

À devenir complice
de ce moment de vie

Que l’on s’octroie
à découvert

Peau nue

Il s’est flétri.

Jauge

D’une certaine manière
encore rester là

encore laisser passer
ces instants inutiles

D’une certaine manière
rattraper le retard

de l’intérieur.

The McLaren Project (5) : Book Bargan (1937)

The McLaren Project est un projet initié en 2007 autour de l’œuvre du cinéaste d’animation Norman McLaren (1914-1987). Il consiste à revisiter dans l’ordre chronologique, en poèmes et proses poétiques l’ensemble de sa filmographie. L’intégralité des films géniaux de Norman McLaren ont été regroupés en 2006 par l’Office national du film du Canada dans un magnifique coffret de 7 DVD.

Le « McLaren Project » reprend aujourd’hui son cours, avec le film en prises réelles Book Bargan (1937 – 8’10 »)

S’engouffrer sans un mot
dans une marée d’encre

Des numérotations
ordonneront le chaos

Diffuseront la parole.

Inauguration du Metropolitan Museum of NoTry

METROPOLITAN MUSEUM OF NOTRYÀ l’occasion de la Nuit des musées
nous avons, en ce 15 mai 2010, le plaisir d’inaugurer le premier

METROPOLITAN MUSEUM OF NOTRY

Comme promis et attendu par une foule en délire, ce nouvel espace d’exposition aura pour mission de présenter au public le plus large les pièces d’art Notry venues du monde entier, et principalement de l’atelier de Stéphane Bataillon (artiste, théoricien et fondateur du Notry). Pour les rares amateurs encore peu au fait de l’ampleur du mouvement NoTry, nous ne pouvons que conseiller l’exploration des archives en ligne du mouvement.

En attendant la gigantesque rétrospective « NT2010 » qui aura lieu dans les toutes prochaines semaines (avec, en exclusivité mondiale, le premier showcase full optimized du groupe de folk-pop minimaliste The Jonathan Livingstones) , le MMN a le plaisir immense de vous dévoiler une première pièce inédite, rapportée d’un long périple dans les dangereuses contrées de l’inconscient collectif : la boîte NoTry (OpN#009) :

Commentaire de Stéphane Bataillon (critique officiellement underground du mouvement NoTry) :

 » Cette œuvre exceptionnellement dépouillée peut se rapprocher des plus belles toiles de Soulages dans le sens où elle intime le spectateur à collaborer à son avènement. Ici, ce n’est pas la lumière qui est mouvement, énergie et lien, mais la possibilité d’un vide. Un vide qui va, jusqu’à la dernière seconde, jusqu’à ce que la boîte se referme sur lui, s’offrir au spectateur, et évoluer au rythme de sa respiration. Ce cube de taille extrêmement réduite une fois monté (5 X 5 cm) permet d’acclimater l’infini, et met à disposition le souffle lent des mondes dans le creux de la main. Osons le mot : un chef d’œuvre, au plus proche des Dieux. »

Ah oui, décidément, une bien belle manière d’inaugurer ce nouveau musée. En espérant que la nuit soit belle.

METROPOLITAN MUSEUM OF NOTRY – www.stephanebataillon.com – Paris.