Retrospective 2010 / Une année en poésie #12 (et fin) : décembre

ÇA S’EST PASSÉ EN DÉCEMBRE … Dernier épisode de notre rétrospective 2010. En décembre, fin d’Un point, c’est tout, notre série de collages-poèmes autour de la ponctuation, suite des Non-lieux et une très belle découverte : le film documentaire La mort de la gazelle de Jérémie Reichenbach. Mais aussi, un article paru dans La Croix autour de la série O Bairro de Gonçalo M. Tavares. Et pour finir en beauté cette première rétrospective, une petite surprise : un collage inédit de Thomas Durcudoy à partir du poème la complainte d’Eurydice.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Impératif (publié le vendredi 10 décembre 2010)

Conjugue
le sel des vieilles larmes
pour dégager la piste

Intime
aux forces résidentes
de se mettre en mouvement

Remonte
pour la dernière fois
tes rêves accomplis

Ne renonce qu’à l’écorce.

B.o.p (Bande originale du poème) : The Son of Flynn (Tron : Legacy, by Daft Punk)

*

Armory (publié le mardi 14 décembre 2010)

Désamorcer la peur
avant de s’engager
sur les blocs de sel

Clarifier sa présence
en relevant les failles

Fournir à chaque pas
une raison d’emprunter.

*

La complainte d’Eurydice (publié le samedi 18 décembre 2010)

Ne te retourne pas

N’écoute que ta parole
jusqu’à l’étourdissement

Ne te retourne pas

Car les ombres poursuivent
l’espoir d’un destin

Ne te retourne pas

Mes lèvres glaceraient
les sursauts de ton rêve

Ne t’en retourne pas
du côté des vivants.

(Illustration de Thomas Durcudoy – Poème de Stéphane Bataillon)

*

Merci d’avoir suivi cette « Rétrospective 2010 », beau réveillon et très bonne année 2011 à tous ! À bientôt pour de nouveaux poèmes…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #11 : novembre

ÇA S’EST PASSÉ EN NOVEMBRE… Suite des « Non-lieux » avec Marielle Durand et début d’une toute nouvelle série de poèmes-collages avec Thomas Durcudoy autour des signes de ponctuation : Un point, c’est tout. Novembre c’est aussi le bel article de François-Xavier Maigre sur notre recueil et l’édition d’une superbe carte postale réalisée par Thomas pour fêter tout ça. et le début de la publication des photos de Sarah : Sarah Bataillon / La collection photographique. Un mois d’amour et d’amitié, au cœur de la poésie.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Volume (publié le Lundi 1 novembre 2010 )

La bibliothèque est pleine
de romans d’aventure
et du récit des hommes

Le fœhn, en une nuit
a décharné les arbres

L’alphabet se réduit
à une constatation.

*

Les non-lieux #7 : Parvis de la BNF (Paris) (publié le Mardi 9 novembre 2010)

Illustration : Marielle Durand

Les mots nous pressent
de les rejoindre

Qu’ils captent nos secrets.

*

Un point, c’est tout (10/14) : le paragraphe (publié le Dimanche 21 novembre 2010 )

On a bien essayé
de le faire revenir

Mais il voulait vraiment
commencer autre chose.

( Illustration de Thomas Durcudoy – Poème de Stéphane Bataillon)

*

À demain… pour la fin et une petite surprise !

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #10 : octobre

ÇA S’EST PASSÉ EN OCTOBRE … En octobre, c’est la sortie en librairie du recueil Où nos ombres s’épousent, avec une soirée mémorable au MOTIF dont témoigne un extrait en vidéo. C’est également le mois de la publication d’un -retentissant !- Manifeste pour un lyrisme des sources que vous pouvez toujours signer, si le cœur vous en dit ainsi que l’expérience de poème interactif « Derrière Reloaded ». Et aussi, une petite introduction à l’œuvre de notre ami poète James Noël. Mais octobre, c’est surtout la rencontre avec l’illustratrice Marielle Durand et le début d’un beau projet  toujours en cours : Les non-lieux. Pour écouter ce que les endroits de passage ont a nous révéler.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Non-lieux (00) : Chantier (publié le jeudi 7 octobre 2010)

Ce matin, on s’arrête
pour la première fois

Pour regarder l’immeuble
se faire démolir

La poussière du béton
emporte les mémoires

Les larmes et les sourires
protégés par ce lieu

Seule l’armature persiste.


Illustration : Marielle Durand

*

Aftershow (publié le jeudi 14 octobre 2010)

Personne n’ose prononcer
les débris de paroles

On regarde défiler
les lumières de la ville

On chevauche les instants
dérobés aux guitares

Ce soir, nous sommes les rois
d’une nuit sans faiblesse.

B.o.p (Bande originale du poème) : The Drowners – While my guitar gently weeps

*

Les mots (publié le vendredi 22 octobre 2010)

À R et G.

Un murmure suffira
pour trouver ce refuge
du fond de l’océan

Celui qui permettra
au soleil atténué
de caresser ta peau

Qui laissera persister
les minutes invisibles.

*

À demain pour la suite …

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #9 : septembre

ÇA S’EST PASSÉ EN SEPTEMBRE … Septembre, c’est la fin du Jazz Standard Project avec Thomas Durcudoy qui, loin de clore la collaboration, permet d’embrayer dès le lendemain sur un nouveau projet : Sur le bout de la langue, la grammaire en poésie. C’est enfin le lancement du recueil Où nos ombres s’épousent, avec une soirée mémorable au MOTIF.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Rapproche (Publié le vendredi 10 septembre 2010) 

Soulever cette écorce
au risque de déranger
le microcosme avide

Jusqu’à se faire la peau
en suivant ses blessures
pour atteindre le bois

Tenter d’en adoucir
le déracinement.

*

Fournitures (Publié le mercredi 22 septembre 2010)

L’odeur n’a pas changé

Celle des protège-cahiers
de la colle en tube UHU
de l’encre waterman
du paquet de copies doubles à petits carreaux perforées

La même odeur

Un acharnement.

*

Soul Eyes (Publié le lundi 27 septembre 2010)

Arrêter de se perdre
dans l’usure des ruelles

Pour que le chant des villes
puisse enfin nous atteindre

Pour que les litanies
rendent le monde subtil
d’une dernière découverte.

(Collage de Thomas Durcudoy-Poème de Stéphane Bataillon)

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #8 : août

ÇA S’EST PASSÉ EN AOÛT … Sous un soleil de plomb, le site, arborant fièrement un tout nouveau design, est envahi par de drôles de bestioles, les GAPZ . Un micro-roman suivi de très près par une série de Daily strips improbables à retrouver sur la page consacré à l’art NoTry. À signaler aussi, en ces temps troublés, la découverte du poète Rrom Rajko Djurić et la poursuite du projet Jazz Standard Project : 40 standards de jazz en poèmes et collages.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Aura (publié le vendredi 27 août 2010)

Qui d’entre nous
a réussi ?

Qui a pu concentrer
assez de force vive
pour se faire reconnaitre ?

Pour ralentir
l’oxydation.

*

La fontaine du rabou (publié le lundi 23 août 2010)

Aucun trouble dans l’eau
Aucun trouble

jamais

Comme si le village
attendait l’incendie.

*

The Jazz Standard Project #33 : You go to my head (publié le vendredi 30 août 2010) 

Nous étions si pressés
d’anéantir nos peurs

Que nous nous sommes perdus
pour la première fois

Et il aura fallu
attendre de longues heures

Pour que j’écrive sur toi.

(Collage de Thomas Durcudoy – Poème de Stéphane Bataillon)

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie # 7 : juillet

ÇA S’EST PASSÉ EN JUILLET… En juillet, sur le site, pas question de chômer. C’est qu’on a un public ;-) et un projet, The Jazz Standard Project, avec Thomas Durcudoy mené tambour battant avec quasiment un standard de Jazz illustré par jour !

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Leçon (publié le dimanche 4 juillet 2010)

Un rocher que tu goûtes
en y posant les lèvres
et qui déjà t’enseigne.

*

Yalla (publié le lundi 26 juillet 2010)

J’ai épuisé ma vie

J’ai revu les batailles
du combat meurtrier

Les rêves réalisés
jusqu’aux points de bascule

et les moments intimes
qui nous auront grandis

Tout est calme
presque neuf

C’est pourtant la même vie
pourtant le même lieu
presque le même amour

Mais nous partons ensemble
pour cet autre pays.

*

Saloua (publié le jeudi 22 juillet 2010)

Le sable du désert est arrivé au seuil
et la mer, un instant, a salué l’orage

En souvenir de toi.

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #6 : juin

ÇA S’EST PASSÉ EN JUIN … Juin, un mois particulièrement important pour nous, celui de la rencontre artistique avec Thomas Durcudoy qui va donner naissance à pleins de projets autour de pintes de bières dont le premier, The Jazz Standard Project, qui se verra édité en livre-CD en 2011 (on vous en reparlera). Et aussi, la sortie (après 15 ans d’attente) du premier album de notre groupe de … musique (?) avec l’ami Vince,  The Jonathan Livingstones : 10′ and thirty seven seconds before you crash the world qui a au moins fait deux heureux. Wow ! 

TROIS POÈMES À (RÉ)ÉCOUTER ET À (RE)LIRE…

Solos

Solos - Dessin de Thomas Durcudoy

Merci encore à Thomas pour ces très beaux cadeaux. Si vous aimez autant que nous son travail, découvrez d’autres illustrations très jazzy sur son blog : Lulu’s back in blog.

*

The Jazz Standard Project #12 : In Walked Bud (1947) (publié le lundi 21 juin 2010)

(Collage de thomas Durcudoy- Poème de Stéphane Bataillon)

Tu n’y croyais pas, hein
que j’en étais capable

Tu n’y aurais pas parié
un kopeck

Et maintenant, ça explose
maintenant, il est trop tard

On voit déjà la lave
qui remonte des failles

L’horizon sur le point
de tout laisser tomber

Même l’antimatière
vient juste de renoncer
à compresser les mondes

Pour nous laisser une chance

Pour laisser libre cours
à cette révolution.

Écoutez : In Walked Bud  par Art Blakey And The Jazz Messengers

*

Castel (publié le mardi 29 juin 2010)

Pas de nouveau lambeau
au monde qui dégorge

Ce soir
on balaye la cour

Sans autre mouvement
qu’une odeur de parfum
que tu portais peut-être.

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #5 : mai

ÇA S’EST PASSÉ EN MAI … En mai, la reprise du McLaren Project autour de l’œuvre du génial cinéaste et animateur, l’inauguration officielle du Metropolitan Museum of NoTry destiné à accueillir les plus belle pièces de l’art NoTry et un petit article pour fêter la sortie du très beau livre de mon frère Christophe Nos cousins les dinosaures chez Glénat. Ah ! la famille !

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Semis (publié le mardi 4 mai 2010)

Chaque mot aura sa place
pour qu’il puisse germer

Pour qu’il augmente les chances
de l’esquisse d’un monde.

*

L’éclat (publié le lundi 10 mai 2010)

Recourir doucement
à ces notes suivantes

Répéter sans paroles
ces rythmes apprivoisés

Jusqu’à briser la lune
pour qu’une goutte de sang
vienne rehausser les cris
en plein cœur des sillages.

*

Adoucir (publié le jeudi 27 mai 2010)

Cette eau n’enlève pas
le savon sur nos mains

Elle impose une douceur
que je n’attendais pas.

*

À demain pour la suite …

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #4 : avril

ÇA S’EST PASSÉ EN AVRIL… En avril, une petite série de textes improvisés autour de l’écriture, l’invention du poème ( 1, 2, 3 et 4 et la première séance de l’ornithorynque, une sélection de vidéos et de documents pour découvrir un artiste qui nous intrigue, Hans Richter. Et puis, bien sûr, des poèmes…

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Instance (publié le dimanche 11 avril 2010)

C’est important le lieu
où se trace un poème

Face au mur, à l’écran
face à une fenêtre
face au paysage brut
face aux pierres de taille
face à une pinte de bière
face à une mappemonde

Oui, face à une mappemonde

C’est important le lieu
où se trace un poème

Ça délimite.

*

Racines (publié le vendredi 9 avril 2010) 

On marche
comme tous les jours
au cœur de la foule

On tente sans succès
d’en rattraper le rythme

On voudrait s’échapper
et se faire silencieux

Se planter dans la ville
dépasser le bitume

Partir à la rencontre
de la boue et de l’eau,
des pierres et des argiles

Creuser jusqu’aux limites
des strates imprécises
qui ont cédé leur place

Retrouver à tâtons
le chemin de la côte
où s’échoue cette terre

Et contempler tranquille
la croissance des menhirs.

*

Balanpaï (publié le samedi 3 avril 2010)  

S’envoler avec l’aigle
du haut des contreforts

Et respirer le bleu
pour fondre sur la meute

Apprendre la survie.

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #3 : mars

ÇA S’EST PASSÉ EN MARS … En mars, le résultat d’un bel atelier poétique réalisé par des élèves de collège d’Asnières à partir de mes poèmes, grâce à la passion et à l’enthousiasme communicatif de Danièle Corre. Une expérimentation multimédia, les haïkus sushis, réalisé pour le site bayardKids avec la complicité de Perceval Barrier. Enfin, à côté des poèmes, un article sur Andrée Chedid qui dit si bien « La poésie est naturelle. Elle est l’eau de notre seconde soif. »

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Architecture (publié le Jeudi 18 mars 2010) 

Une chapelle blanche
À la croix déposée

L’oblique de l’acier
Qui pressent la lumière

Et juste assez de vide
Pour nourrir l’horizon.

*

Héritage (publié le dimanche 21 mars 2010)

I.

Une fois que l’averse
abattue sur la ville
ait lavé les remords

Une fois que les copeaux
attachés au grand tronc
ne se soient retirés

Une fois que le sable
ne se soit déposé
sur le bitume hostile

Dans les entrailles du mondes
sur les rivières du temps
je retiens tous les mots

Ceux issus des silences
derrière les milles récits
de notre dynastie

Ceux que tu m’as transmis
dans ces larmes invisibles
qui charriaient le vent

Ce détachement profond
pour affronter l’exil
auquel on nous condamne

II.

Je sais bien qu’il nous faut
l’opulence et les joies
et que l’on désoriente

Pour prendre le pouvoir
que nous abandonnerons
à la flamme vacillante

Que nous serons capable
de refonder sans fin
à l’image du soleil

Et qu’il faut refuser
les ligatures sombres
de nos relations mortes

III.

Les sentiments s’envolent

Il faut les laisser libres
de n’emplir que l’instant

Que l’amour soit sincère.

*

Inscription (publié le mardi 30 mars 2010) 

Au son de la kora
identifier la peur
héritée de nos proches

qui sous un soleil lourd
sucré comme les secrets
transportaient leur exil

Au son de la kora
se rassurer ensemble

Dire qu’il n’y a rien à craindre.

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #2 : février

ÇA S’EST PASSÉ EN FÉVRIER …

Un mois principalement consacré à l’écriture et au lancement des Éditions Bataillon avec l’ami Benoît Kerjean. Une initiative pour tenter de mettre la poésie à portée de tablettes. Le manque de temps ne nous a pas permis (pour l’instant !) de développer l’aventure mais a donné lieu à une anthologie, Amoureuse.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Arrache (publié le dimanche 7 février 2010)

Le village perché
seul époux de la pierre
n’aspire qu’à se joindre
à la course du vent.

*

After you (publié le vendredi 26 février 12010) 

Quand la vitesse augmente
jusqu’à l’incertitude
des vibrations majeures

Quand la tête s’éprend
d’une ivresse subite
autour du regard bleu

Quand le cri inaudible
entre en incandescence
jusqu’au lâcher du corps

Mes pleurs te rejoignent
dans un cercle de neige.

*

Valentin after 4 (publié le jeudi 18 février 2010)  – Pour S.

Au rythme de chaque jour
et de nos regards clairs

Au-delà de nos nuits
aimer te dire les mots

Qui me rattachent à toi
du fond de nos enfances.

*

À demain pour la suite…

Rétrospective 2010 / Une année en poésie #1 : janvier

Bonjour à tous et bienvenue dans cette toute première rétrospective dont le but est de redécouvrir ensemble les évènements et les poèmes qui ont marqué la vie du site en 2010. Une année riche en évènements et en rencontres, avec notamment la sortie en librairie du recueil, Où nos ombres s’épousent aux Éditions Bruno Doucey. L’occasion surtout, en attendant l’année prochaine, de vous dire merci pour tous vos témoignages.  S.B

ÇA S’EST PASSÉ EN JANVIER …

Un premier mois de l’année très riche avec la publication de notre premier e-book : « Pour les âmes conjointes » puis de sa version audio en mp3. La ressortie des tiroirs d’un conte illustré pour enfants : L’histoire du caméléon qui se trompait de couleur. Dans la section articles, un portrait-interview de Jacques Roubaud à propos de son chef-d’œuvre le grand incendie de londres (superbe rencontre d’un très grand monsieur de la poésie) et les conditions de sa rédaction dans un Journal éphémère. terminer la visite par deux superbes pièces d’art NoTry ! Enjoy.

TROIS POÈMES À (RE)LIRE…

Hikmet’s melody (publié le mardi 12 janvier 2010)

Il y a très peu de choses
aux extrêmes des regards

On n’a pas besoin de plus

On n’a pas besoin de mots
en plus.

*

Closing (v.2) (publié le samedi 16 janvier 2010 ) 

Nous avons trop menti
pour ne pas savourer
le risque de l’instant

Au fond d’une chambre vide
à la lune présente
nous déposerons les armes
sans que la nuit s’écarte.

*

Car au plus haut du monde (publié le mardi 26 janvier 2010, version 2)

Le secret des puissances
que nous nous échangeons
scelle ce face à face
sur la route des nuits

Nous nous entretuerons.

*

À demain pour la suite…

La complainte d’Eurydice

Ne te retourne pas

N’écoute que ta parole
jusqu’à l’étourdissement

Ne te retourne pas

Car les ombres poursuivent
l’espoir d’un destin

Ne te retourne pas

Mes lèvres glaceraient
les sursauts de ton rêve

Ne t’en retourne pas
du côté des vivants.

Quartier de résistance

Article paru dans le cahier « Livres & idées » du quotidien La Croix le 16 décembre 2010

Poursuivant sa série littéraire sur les quartiers imaginaires d’une terre d’écrivains, le Portugais Gonçalo M. Tavares s’intéresse à Bertolt Brecht

C’est l’aventure d’un homme qui a décidé, seul, de construire toute une ville. Une ville faite de mots, avec ses ruelles, ses places et ses refuges. C’est l’aventure de Gonçalo M. Tavares qui, depuis 2002, publie au Portugal sa série « O Bairro » (Le Quartier), avec un succès croissant. Des petits livres qui tracent, parution après parution, la carte de cette nouvelle terre et rassemblent plusieurs dizaines de fictions courtes et drôles, dépassant rarement la page. Chaque ouvrage porte le nom d’un des habitants de ce lieu improbable : Monsieur Brecht, Monsieur Calvino ou Monsieur Valéry. Des noms de grands créateurs, exclusivement. Ceux que Gonçalo M. Tavares admire. Ceux qu’il a suivis jusqu’à se perdre dans le dédale de leurs œuvres et qu’il invite ici en retour, en hommage.

Aïe ! Tout cela fleure la résidence protégée pour gens de lettres, le symposium pour esthètes, le tout petit monde. Et le lecteur dans tout ça ? Le lecteur, il jubile ! Car inutile de connaître ces illustres pour plonger avec délice dans le Bairro. Les auteurs sont ici pour retourner le monde. À l’entrée du village, sur la page de garde de chaque livre, un unique avertissement : « Comme le village d’Astérix : « o bairro », un lieu où l’on tente de résister à l’entrée de la barbarie. » Une résistance minuscule avec l’ironie comme arme principale, mais sans cynisme. Juste en constatant l’absurdité du monde et en en poussant à bout la logique. Comme l’enfant et ses « pourquoi ». Ainsi une des micro-fictions, intitulée Esthétique. « Une femme trop grosse qui voulait perdre du poids se présenta chez son médecin et lui dit : – Coupez-moi une jambe. »

Comment définir ces textes, n’appartenant à aucun genre ? Des fables ? Des petits contes noirs ? Ou plutôt des légendes de dessins d’humour qui se suffiraient à elles-mêmes. On pense à Sempé, à l’absurde de Roland Topor, au non-sens de Lewis Caroll et à la fausse désinvolture d’un Monsieur Hulot. Ils pourraient d’ailleurs tous être partie prenante de cette révolution s’ils n’étaient hors les murs, hors les mots du Bairro. Pas comme les poètes, peuplant l’intérieur de l’enceinte : « Les poètes, formant une file considérable qui tournait déjà le coin de la rue, profitaient de ce temps d’attente pour remplir soigneusement le formulaire. » Dans ce Quartier, chacun ruse, chacun contourne, invente ses stratagèmes pour déjouer les pièges d’une raison implacable et déshumanisante.

Traduits avec flegme et malice par Dominique Nédellec, quatre épisodes sont déjà sortis en France et l’on attend avec impatience de suivre les aventures d’autres messieurs : Breton, Pirandello ou Duchamp, au rythme effréné d’un à deux titres par an. Car pour Gonçalo M. Tavares, pas question de s’arrêter, pas d’« Hésitation » : « L’homme, au beau milieu de l’escalier, hésitait depuis plusieurs jours entre monter et descendre. Les années passaient et l’homme continuait d’hésiter : je monte ou je descends ? Jusqu’au jour où l’escalier s’effondra. »

Projet voué à l’échec ? Pas sûr. Depuis quelques mois, 300 étudiants en architecture imaginent et construisent, depuis leur université de Lisbonne, la maquette du Quartier. Alors, on se met à rêver. À se dire que ces histoires ramassées, pressées comme le temps, ne sont pas si futiles. Qu’elles visent à démasquer l’imposture des faux rois. Que juste après le rire, il y a l’écho cruel de notre propre monde. Et que cet humour-là peut être la dernière chance d’amorcer un sursaut, de rétablir un lieu avant le no man’s land. Et si nous avions pris, sans même le savoir, le chemin du Bairro ?

Stéphane BATAILLON

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