Reflux (3)

Apprendre à se défaire
pour mieux consolider
la particule de sable
qui ajoutera au monde.

B.o.p (Bande originale du poème) : Archive- Controlling crowds Part 4 – Pills

Geste de Guillevic

Pouvoir creuser la pierre
et venir s’y blottir

Et emmagasiner
un peu de l’attraction
entonnée par les rocs.

Où nos ombres s’épousent sur Canal Académie

La radio en ligne de l’Académie Française, Canal Académie, consacre une émission à « Où nos ombres s’épousent ». Virginia Crespeau m’a interviewé en compagnie de mon éditeur Bruno Doucey, qui revient sur la belle aventure de ce premier recueil.

Écoutez l’émission « À voix lue », présentée par Virginia Crespeau :

Découvrir « Où nos ombres s’épousent » plus en détails >>

Pérégrination

Tu ne t’encombres pas
de la matière du monde

Mais l’odeur de la mousse
quand la pluie a passé.

Prométhée (une fabrique d’écriture libre) : appel à participation

On aimerait l’éteindre
et puis qu’ils le reprennent

Ne plus devoir porter
toutes nos conséquences
et se blottir au sein

Mais ton cri
dont nous seuls sommes capables.

 

Ce poème est notre modeste contribution à un projet passionnant, mené par la compagnie du Théatre du menteur dont fait partie notre amie comédienne Céline Liger, dont voici le message :

 

« La compagnie prépare pour la rentrée un beau projet avec des détenus longue peine de la Maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis. Après avoir développé ces deux dernières années des « Correspondances-Panoptiques » qui permettaient par la photographie et le texte à des détenus et des lycéens de construire un récit collectif poétique, Valérie Dassonville propose aujourd’hui d’associer à la dernière création du Théâtre du Menteur « Prométhée, poème électrique », une création un peu particulière.

Il s’agit de collecter à travers un site d’écriture créé pour l’occasion, un certain nombre de textes venus de toutes parts et répondant à une consigne en lien avec la thématique du mythe de « Prométhée » (détail sur le site: http://www.theatre-du-menteur.com/fabrique-promethee/)

Ces textes venus de l’extérieur de la prison seront mêlés à ceux des détenus (et peut-être du personnel pénitentiaire…) pour constituer un mécano qui sera avec eux mis en voix, en espace et en musique…et qui sera représenté le 21 décembre à la Maison d’Arrêt en première partie de « Prométhée, poème électrique ».

Le lien avec l’extérieur est essentiel aux démarches artistiques que nous menons en détention, aussi je vous invite à participer (nul besoin d’être agrégé de lettres ou de viser le prochain Goncourt) en imaginant ce que vous avez ou auriez fait ou allez faire du feu que Prométhée nous a donné, il y a bien longtemps…

Toutes formes seront les bienvenues, dialogue, poésie, oulipo, surréalisme, onomatopées….

Nous avons besoin de vos mots pour travailler avec eux, alors un grand merci à ceux qui prendront quelques minutes de leurs vacances (si vacances il y a) pour participer à cette Fabrique et relayer cette initiative auprès de vos amis (ceux de facebook ou d’ailleurs). Plus on sera de fous…

Appel à participation :

  • Vous, libres internautes, participez en écrivant librement ce que vous inspire la consigne Si les hommes changeaient  le feu en lumière… Seules limites : pas plus de 2000 caractères, vous garantissez en être l’auteur… Vous adressez votre création par pièce jointe sur ce mail.
  • Peu de temps après (à compter de septembre), vous êtes publié en ligne, après relecture et correction si nécessaire (tout est admis hormis les classiques réprouvés par la loi).
  • Eux, détenus de Fleury-Mérogis, se réunissent sous la houlette du metteur en scène, lisent, choisissent, gardent et coupent, complètent de leurs propres écrits… Un patchwork textuel en résulte, une sélection en est régulièrement publiée.
  • Eux encore, détenus de Fleury-Mérogis, préparent une œuvre théâtrale et musicale sur cette base, en collaboration avec des artistes de la compagnie.
  • Une représentation de cette œuvre polyphonique est donnée par les participants aux ateliers, épaulés par le Théâtre du Menteur, en première partie du spectacle Prométhée, poème électrique le mardi 21 décembre 2011 à la Maison d’Arrêt des hommes de Fleury-Mérogis. »

La séance de l’ornithorynque : Guillevic ou l’épaisseur des choses

Guillevic est un des poètes qui m’inspire le plus, et que j’aime retrouver, juste près du granit, lorsque le vide s’approche. Voici donc une interview de l’auteur, tournée en 1976. Un beau moment trouvé sur le site de l’INA.

Guillevic ou l’épaisseur des choses
Caractères – 20/04/1976 – 13min15s

Le poète Eugène GUILLEVIC, 70 ans, né à Carnac, raconte à Pierre Jakez HÉLIAS son enfance dans cette ville qui, pour lui, est « l’épaisseur des choses ». Il évoque les ressorts de ses poèmes et insiste sur le rôle de Carnac en tant que trace de la préhistoire dans l’évolution de son parcours poétique. La lecture off de poèmes de GUILLEVIC accompagne les images des lieux : Carnac, les alignements de menhirs, les champs et les fontaines, la mer.

Production : France Régions 3 Rennes
Réalisateur : Paul André Picton
Journaliste : Pierre Jakez Helias

Là, l’horizon

Avoir sélectionné
dans l’amas des possibles
sans choisir de route

Mais une rivière toute proche
qu’on ne soupçonnait plus

Et s’y baigner le temps.

Pour que circule le monde

Tu ne liras jamais les centaines de livres collectionnés pour toi. Pour cette image de moi, projetée juste au loin, dans l’œil d’un rêve d’enfant au regard identique.

Tu ne liras jamais les mille aventures découvertes aux détours et ces milliers de pages scrutées par la vigie. Je me suis séparé de ces traces évidentes.  J’ai effacé la carte du monde de mes joies pour te laisser l’usage des frissons du chemin.

Je t’offre cet espace que tu sauras remplir, de tes rêves, de tes craintes, et de tes obsessions.  Et je me retrouve libre. Et nous venons tout juste de te sentir bouger.

 

Un soir

La lourde cloche sonne

Que tous les occupants
viennent se mettre à table
pour déguster l’agneau

Le feu brûle doucement
j’ai choisi chaque bûche

Rien ne peut nous atteindre
du silence de la mer.

Fête

Hier suivre l’escargot
sur la marche trempée

Se souvenir qu’enfant,
j’en faisais l’élevage

Puis tondre la pelouse
enlever les mauvaises herbes
et soigner le vieux bois

Respirez calmement
au coucher du soleil
éclairant la montagne
que nous avons gravie

Une caresse dans mon dos
pour partager ensemble
les gestes lents du monde

Ce soir, nous monterons
tout en haut du village
admirer le grand feu
de notre canton en fête

Et partager la soupe

Déjà lui expliquer
qu’il est ici chez lui.