Un enterrement

Initier d’une mort
une nouvelle route

que la poussière tombée
enrichisse la terre

et que tu sois le seul
à ne pas être triste

cœur ouvert
ce matin.

Faire une croix

Vieil homme
mort sans chagrin

pour transformer le sang
en eau rafraîchissante

pour que la graine dormante
puisse se lever en toi.

“Nous savons qu’en nous l’homme ancien a été crucifié avec lui, pour que le corps du péché soit réduit à rien et que nous ne soyons plus esclaves du péché”. Paul, Aux Romains, 6.6

Gong

Ne pas réussir
à compter jusqu’à dix
ses respirations
avant le son de cloche

Ne pas s’en tenir
rigueur.

Réponse

Parole devenue chair

à nous de faire retour
d’une nouvelle parole

qu’elle envibre le monde
ton regard et nos coeurs

Dans cette chambre secrète
préparée pour la nuit.

Porte

Créer d’autres paroles
sans raconter d’histoire

Pour retrouver ce fil
qui descend d’entre-nous
pour atteindre le lieu

Refuge d’une joie sereine.

Zazen

Respirer tranquillement
expiration profonde

Compter chaque va et vient
une dizaine de fois
et puis recommencer
yeux ouverts sur le blanc
englobant l’univers

Quelque chose à faire

Déjà, trouver
quelque chose à faire

quelque chose
n’importe quoi
pour les autres
mais pas pour soi

quelque chose
qui fera
quand on le fera
qu’on aura plus
besoin de rien
d’autre chose

Trouver
quelque chose à faire

quelque chose
qui ne sera pas
n’importe quoi
pour les autres
pour soi.

Joseph

Tunique princière
dont les teintes chatoyantes
aviveront les haines
jusqu’à tremper de sang

Tu les pardonneras
aux prochaines moissons
par une substitution
de ce chagrin jaloux

Au clair de la lune.

Le refuge

Se réfugier
en soi-même

Avec rien
mais sans manquer de rien

Espace libre
espace plein.

Fil d’or

Un fil de lumière
tisse tous mes secrets

Ces paroles attrapées
au risque des vents du monde

Relues au coeur du livre
pour un matin joyeux

Un fil de lumière
m’envole à l’intérieur
en cet instant précieux
oú je goûte ma vie.

 

Rencontre Casa de la poésie El Cactus du 20/09/2021 en vidéo

La Casa de la poésie El Cactus, basée en Italie à Ostunie, a proposé le 20 septembre 2021 un riche échange autour de la poésie en langue française autour de Viviane Ciampi et Norah Zapata-Prill à l’occasion du “4e Festival internazional di Poesia”. Avec : Stéphane Bataillon (France), Eric Brogniet (Belgique), Julie Delaloye (Suisse), Hélène Dorion (Canada), Enza Palamara (France). Une très belle soirée transalpine à revoir ici et à partager.

 

Gustave n°116 est paru

Le numéro de rentrée de Gustave, mensuel gratuit de poésie, est (enfin) paru. Avec, dans ce numéro, le lancement des “10 droits universels à la poésie” : À l’occasion de la déclaration universelle des droits à la #poésie, plusieurs acteurs de l’#éducation, de l’édition et de la culture se mobilisent autour de #BernardFriot, auteur majeur de littérature jeunesse, pour faire entrer la poésie à l’école et dans les familles.
Pendant une année, chaque mois, ce collectif proposera différentes actions en direction de tous les publics, en commençant par les plus jeunes :
🔸 Une déclaration des 10 droits universels à la poésie
🔸 Une série de 10 événements en direct avec des classes, un pour chaque droit énoncé, 10 approches différentes avec, pour chacun, un auteur et/ou un expert
🔸 Un kit pédagogique et des webinaires pour accompagner les enseignants
🔸 Un podcast qui sera diffusé le 10 novembre
Retrouvez les ressources et le dispositif dès le 18 septembre sur le site dédié, www.droitsalapoesie.fr
Avec Réseau Canopé, BayaM, Bayard Jeunesse, Ageem, Editions Milan, Gustave Magazine, ATD Quart Monde France et le Ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports

Pour s’abonner à Gustave, rendez-vous sur le nouveau site : www.gustavemagazine.com

Demande

Demande au soleil
de réchauffer ton corps

En échange
permets le passage.

Laissez-passer

Il ne s’agit jamais de ne rien faire. Mais d’apprendre à laisser faire. Non pour juste laisser filer nos angoisses, nos pensées obsédantes, nos stress post-traumatiques. Mais pour laisser passer ce qu’il y a derrière. Cette lumière derrière nos noirs. Cette lumière qui s’en sert par contraste, pour ne pas stagner et s’éteindre. Noirs consumés pour la laisser agir. Ne pas intervenir au risque de l’étouffer.
Qui sommes-nous, dans cette économie du feu ? Peut-être juste le souffle, peut-être l’âtre, peut-être le bois. Les savants savent ça.
Nous contenter de laisser. Passer. Ni gardiens, ni voleurs. Ni responsables ni irresponsables. Entre les possessions. Par la parole du poème entretenue. Ce n’est plus alors le soin de nous, mais la participation au monde qui se jouerait. Dans cette inaction, dans ce presque rien si difficile. Dans cet état d’être qui devrait nous suffire.

Hospitalité

Demeurer grâce aux mots
dans un lieu que les autres
aimeront demain rejoindre

Leur préparer la place.

Suffisant

“Je suis celui qui suis”. Exode 3:14.

Peut-être la plus belle phrase, peut-être la plus simple, la seule définition, la seule suffisante pour nous donner un sens, pour nous donner un nom et calmer la souffrance de ne pas se trouver. Évitant l’amalgame, les confusions terribles et les mauvaises estimes, elle nous singularise au sein de l’absolu. Elle est la clé qui, d’une seule parole, peut ouvrir la serrure vers notre liberté.

Tu me l’avais dit, l’autre jour, beaucoup plus simplement. Quand je cherchais encore une image différente, une autre définition, un tout nouveau projet. Quand tu m’as dit : “Mais tu es. Et ça suffit. Et ça me suffit.”
Ça m’avait fait, ça me fait, et ça me fera du bien. Cet amour là. Contre l’exode de soi.

Éthique du tonnerre

Faire ce que l’on a à faire
et renoncer aux fruits
de tout ce qu’on a fait
dit la Bhagavad-Gita

Alors je tente
chaque matin
mon poème

sans savoir

où il ira.