Charles Wright, écrivain vagabond : « Marcher c’est revenir à la nudité des choses »

Entretien paru initialement dans le n°144 du 5/08/2022 de La Croix l’hebdo

Sorti en poche au début de l’été, Le Chemin des estives, prix de la liberté intérieure 2021, est un succès de librairie. Ce récit d’une longue marche dans le Massif central, au cours d’une année de noviciat chez les jésuites, est à la fois une traversée de la France méconnue et une plongée vers ce que nous avons de plus intime. Rencontre avec un écrivain marcheur passionné par la question du départ vers soi.

La Croix L’Hebdo : Vous faites le récit d’un mois de marche, en 2019, dans le plus grand dépouillement au cœur du Massif central. Ce type d’aventure est-il devenu encore plus désirable depuis la pandémie et le confinement ?

Charles Wright  : Certains lecteurs m’ont écrit que mon livre avait été pour eux comme un coup de vent frais dans l’air confiné de l’époque. C’est vrai qu’il y a chez nos contemporains une soif intense de vide, d’espace, de beauté, de silence. Le désir aussi de s’échapper du bruit, de la ville, des écrans, de la société du commentaire. De retrouver un contact concret avec la réalité, et d’éprouver charnellement le monde. « L’âme a des besoins », disait Simone Weil. Disons que la pandémie les a sans doute réveillés.

Avant cette expérience, vous aviez été conseiller politique, journaliste, éditeur, ermite, deux fois novice… On dirait que vous ne tenez pas en place !

C. W.  : C’est vrai ! J’hésite toujours à donner mon adresse car je ne sais pas où je serai dans un mois. (Rires.) Depuis l’enfance, j’éprouve le sentiment de ne jamais être à ma place, de me sentir partout étranger. C’est le destin des écrivains de ne jamais coïncider avec les choses. Cette inaptitude à me fixer dans un lieu ou un état de vie me rend sensible au thème de l’errance.

Mon livre commence par le récit d’une fugue. À 14 ans, je suis parti avec un ami rejoindre nos fiancées allemandes. C’était sans doute une fuite – de la cage familiale, de l’embrigadement de la vie sociale, de la mélancolie de n’être que soi. Mais il y avait aussi derrière quelque chose de plus profond : le désir de ne pas me compromettre avec le monde des adultes et l’esprit de sérieux, de ne pas laisser profaner mes rêves d’enfant. C’est pour cela que j’aime les gens qui partent. Que j’ai écrit sur Casanova, l’homme qui a passé sa vie à déguerpir, que je prépare un livre sur Charles de Foucauld. Ces pèlerins, ces irréguliers ont eu le courage de rompre avec les convenances de leur milieu pour rester fidèles à leurs désirs profonds. C’est à la fois puéril et beau !

Pourquoi partir marcher sans prendre ni argent ni tente ni nourriture ?

C. W.  : À cause des jésuites, ces êtres cruels… (Rires.) En 2018, j’ai frappé à la porte de la Compagnie. J’étais attiré par la liberté de ces hommes, qui n’ont pas peur de faire le mur pour aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté des frontières de l’Église. Je trouvais sympathique aussi qu’ils ne soient pas très portés sur la dentelle, et qu’ils aient toujours l’air de découvrir un peu la messe. (Rires.)

Pendant la formation, tout novice doit partir, en compagnie d’un autre, sur les routes pendant un mois, sans rien, à la merci des circonstances. C’est « l’expériment de pèlerinage ». Au lieu de remuer des pensées abstraites sur la confiance, l’abandon, la pauvreté, l’idée c’est d’affronter concrètement la faim, la soif, l’inquiétude, l’absence d’abri quand la nuit tombe. Rien ne vaut le livre de l’expérience.

Dans quel état d’esprit avez-vous commencé cette expérience ?

C. W.  : Je suis parti déprimé, avec l’impression d’un ratage total de ma vie. Mais la marche est un médicament. Elle enclenche en nous des métamorphoses. C’est comme une eau lustrale, qui nous lave profondément et chasse les idées noires. Et puis le chemin est un dispensateur de vitalité, d’émerveillement. Il fait se sentir léger, allègre. Au bout de quelques jours de plein vent, la joie crépite par tous les pores de la peau ! Aller par les chemins en sifflant, traverser des forêts, contempler des ciels étoilés, boire l’eau des sources, tout cela a un effet grisant, euphorisant. Sur la route, tout est haussé d’un ton. La marche est un intensificateur, elle porte l’existence à des degrés impossibles à connaître ailleurs.

Qui avez-vous rencontré dans ces terres réputées peu peuplées ?

C. W.  : Nous avons plongé dans cette France de l’intérieur dont, avant les gilets jaunes, on n’entendait peu parler. La France des sous-préfectures, des chemins vicinaux, des routes secondaires. Quand on voyage sans le sou, on dépend des autres pour les besoins essentiels : manger, dormir. En arrivant chez les gens les mains nues, on réveille chez eux ce qu’il y a de plus grand, notamment l’acte de donner. Faire l’expérience de la bonté des gens a été incroyable. Ça m’a consolé. On parle souvent de la banalité du mal ; j’ai découvert la banalité du bien. Le plus souvent, on était reçu chez des artisans, des paysans, des petits employés, les oubliés de l’accumulation illimitée du capital. Au début, le contact est un peu rugueux, mais une fois la glace brisée, la générosité de nos hôtes était sans limite. Ils nous confiaient leurs joies, leurs peines, leurs secrets. C’est vraiment la grâce de ces rencontres éphémères : elles sont intenses car elles sont sans lendemain. Avec Parsac, mon camarade de marche, nous étions un peu les confesseurs d’un soir.

Une confession contre un repas ?

C. W.  : Disons que les gens nous ont ouvert à la fois leurs frigidaires et leurs cœurs… (Rires.) On ne réalise pas comme est grand le besoin d’être écouté et rare la possibilité de l’être vraiment !

Mais cette vie de pauvreté peut-elle être comparée à celle de gens en grande précarité ?

C. W.  : Non bien sûr. Plus d’une fois, j’ai eu le sentiment que notre aventure était une mascarade. Car même si nous n’avions pas d’argent, nous avions un talent social, un capital culturel, des frimousses à peu près potables… Un vrai clochard ne serait pas accueilli comme nous l’avons été, nous en avions conscience. Cela dit, on a quand même fait l’expérience d’être vraiment rejetés, de recevoir des regards humiliants, d’être considérés comme rien. Cela ne fait pas de moi un sans-abri, mais me rend ces naufragés un peu plus proches.

On sent que ce compagnonnage avec Parsac n’est pas toujours tranquille. Vous vous insupportez parfois. Comment a-t-il reçu votre livre ?

C. W.  : Il a beaucoup aimé… Il y a un côté Don Quichotte et Sancho Pança, ou de Funès et Bourvil dans notre aventure. On forme un duo comique, un drôle d’attelage. On se connaissait peu en partant. Parsac, aussi bon et paisible que je suis tourmenté, mérite la canonisation : il m’a supporté avec une patience d’ange… Mais ça a été une épreuve, parce que l’enjeu, c’est d’arriver ensemble, sans s’entretuer. Et c’était dur parfois. On est toute la journée ensemble, dans une promiscuité de chaque instant et dans des conditions de vie qui nous confrontent à des peurs très archaïques : la faim, l’absence de maîtrise…

Il y avait de la crainte d’entrer en contact, de demander gîte et nourriture à des inconnus ?

C. W.  : Même si cela a été dur et humiliant jusqu’à la fin, au fil des jours, on s’habitue, on se perfectionne. Il y a un apprentissage, des mots, des gestes à faire que tu comprends assez vite, au fil des refus. La difficulté c’est d’être envisagé. Avant cela, les gens fuient. Mais dès qu’ils ont planté les yeux dans ton regard, ils prennent en compte ta vulnérabilité, tout s’enchaîne. Au début, ils te font entrer au seuil avec un petit jus de fruit et puis peu à peu, la confiance s’installe et ils nous proposent une chambre. La générosité des gens est admirable.

Vous n’aviez pas droit au téléphone portable durant ce périple. Cela vous a manqué ?

C. W.  : Comme c’est bon de ne pas avoir de smartphone, de ne plus se préoccuper de savoir ce qu’il y a dans ses poches ! Dans une époque qui ne jure que par la visibilité et l’étalage de sa vie, nous avons suivi le précepte de maître Dôgen, le célèbre moine zen du XIIIe siècle : « Vivre en obscurcissant ses traces. » C’est une jouvence de disparaître des écrans radars. D’échapper aux vaguelettes de l’actu.

Quand on se coupe du vacarme, quelque chose s’allège, s’ouvre, se dilate en soi. La vraie actualité devient alors celle des reliefs, des fleurs croisées, des rencontres. Il ne s’agit pas de fuir le monde, mais de le rencontrer peut-être plus profondément.

On ne les fait pas, ces rencontres, dans la vie quotidienne ?

C. W.  : Si, mais on n’est pas forcément aussi attentif, ni disponible. Dans le silence des chemins, une rééducation de l’écoute et du regard s’opère. On se met à ressentir intensément. Son corps, les parfums, des instincts presque de chasseur. Quelque chose grésille, nous appelle. Tous les petits bruits endormis dans les coulisses du silence se réveillent. L’eau qui cascade, une bête qui fait craquer des brindilles dans un fourré. On devient un peu des voyants, tout s’illumine. Je me demande si ce n’est pas ça la prière. Devenir attentif, y compris aux autres. C’est une école de l’éveil, de la simplicité.

Cette marche, c’était l’apprentissage de la joie ?

C. W.  : Je dirai plutôt de l’indifférence, comme l’appellent les jésuites. C’est l’entame des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Il dit qu’il faut arriver à « ne pas préférer davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, les honneurs que l’humiliation ». Se rendre libre par rapport à tout ça et essayer de chercher Dieu dans tous les états dans lequel on est. Ne pas préférer l’un ou l’autre. Ça paraît facile à dire, mais c’est ça la liberté ultime. Arriver à se contenter de ce que l’on a et de ce que l’on est, en sachant que c’est fluctuant. Parfois on dormait dans des lits king size, d’autres fois dans le foin. Parfois nous n’avions rien à manger ou du pain rassis, et puis du foie gras et du champagne suivaient (deux fois !).

Qu’en retenez-vous avec le recul ?

C. W.  : La confiance et la gratitude. J’ai fait l’expérience que lorsqu’on s’abandonne à ce qui nous est donné de vivre, aux rencontres, aux événements, lorsqu’on se détend, lorsqu’on ne s’occupe pas trop de soi, on reçoit en abondance, et les choses nous adviennent au moment opportun. Notamment quand tout paraît bouché.

Quand avez-vous éprouvé ce sentiment le plus distinctement ?

C. W.  : À Saint-Flour, lors du marché, nous cherchions de la nourriture de façon très volontariste, mais rien ne venait. C’est au moment où nous avons renoncé qu’un homme habillé tout en blanc nous alpague et nous donne un billet de vingt euros. Son prénom ? Gabriel ! Et nous avons vécu ça tellement de fois. Cela donne une vraie confiance pour vivre. Croire dans la possibilité d’une surprise, c’est ça pour moi la résurrection. Quand on voyage sans rien, on se rend compte que tout est donné. Il n’y a qu’à recueillir, et remercier. Devenir des êtres de gratitude, c’est je crois, le sommet de la vie spirituelle.

C’est une expérience spirituelle à part entière ?

C. W.  : Oui. Il y a une mystique de la marche. On part parce qu’on éprouve la nostalgie d’une plénitude. On se sent exilé de son lieu véritable. Le mythe du paradis originel raconte ça. On part vers ce pays où l’on n’arrive jamais. C’est la phrase du jésuite Michel de Certeau : « Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela. »

Marcher c’est revenir à la nudité des choses. Revenir aussi à l’homme intérieur. Au cours d’une marche, les paysages entrent en nous, nous augmentent, nous dilatent et nous font prendre conscience que nous portons de grands espaces, qu’il y a en nous des arrière-pays à parcourir en plongeant dans nos profondeurs. Pour dire ce besoin d’espace particulier, les chartreux emploient le beau terme de « spaciement ». C’est un besoin de l’âme que de prendre du champ, de retrouver des perspectives et de l’horizon.

Comment y parvenir ?

C. W.  : La redécouverte, dans nos existences très assises, du plaisir de la marche y aide. Retrouver ce sentiment de faire partie du cosmos. Il y a eu plein de moments très forts. Sur le roc de Cuzeau, vers le massif du Sancy, à 1 600 mètres d’altitude. Je voyais l’horizon, j’avais le sentiment d’être confiné dans l’infini. Une joie d’être au monde. Sur le plateau du Limon, qui rappelle les steppes d’Asie centrale et où il n’y a que des vaches et des burons (bâtiment en pierre dans les pâturages d’altitude), je me rappelle avoir marché dans cette nudité à perte de vue, et avoir avalé la lumière, les nuages, jusqu’à me sentir ivre de ce paysage.

Vous écrivez sur la fatigue, l’épuisement, souvent effacé par une bonne nuit. Était-ce difficile de concilier cette épreuve physique avec votre démarche spirituelle ?

C. W.  : Quand on marche, on a des bobos, des ampoules, des courbatures. On se souvient qu’on a un corps. C’est très important car les choses les plus hautement spirituelles passent toujours par le corps. Nous confessons un Dieu qui a pris corps. Qui a marché sur les chemins, qui a touché les gens… qui a aussi dû avoir des ampoules ! Et puis, toutes les innovations technologiques de ces dernières années, le télétravail, les réseaux sociaux, vont dans le sens d’une diminution de la présence corporelle, du contact charnel. Je pense que c’est capital de renouer avec des pratiques qui soient génératrices de présence, de proximité, d’incarnation.

L’effort y participe ?

C. W.  : Oui, cet état d’attention. Ce silence de la marche n’est pas absence de bruit, c’est une qualité de présence. À force de s’enfoncer dans les paysages, de plonger dans les visages, quelque chose en moi s’est réveillé. Comme une source qui se mettrait à couler. Quelque chose affleure de l’intérieur, une présence cordiale, que j’appelle le Christ parce que je suis chrétien. C’est une joie imprenable.

Qu’avez-vous découvert sur vous-même ?

C. W.  : J’ai pris conscience que j’étais un analphabète de la nature, incapable de nommer les arbres, les oiseaux. Ma génération peut déclencher des phénomènes en appuyant sur un bouton, mais elle a perdu le savoir élémentaire. Réapprendre cette grammaire de la nature prend du temps. C’est le temps de l’Évangile. Celui du semeur. Il faut le temps incompressible de la germination, du recueillement pour que la vie, y compris spirituelle, se développe.

Quand on marche, il y a presque un accompagnement spirituel de la nature. Les arbres qui te rappellent la patience, les ruisseaux de montagnes qui t’enseignent à relâcher toute tension, à ne plus rien retenir. Les oiseaux et leur joie. Et les vaches ! Rentrer dans le temps de la nature, des saisons, de la liturgie, calé sur ce rythme, est le meilleur remède contre le culte de l’instantanéité.

Pourtant, avec les montres connectées, même la marche n’échappe plus au culte de la performance. C’est un peu paradoxal, non ?

C. W.  : Le paradigme techno-marchand infiltre tous les aspects de l’existence et c’est terrible. Nous avons croisé des runners, qui dévalaient les pistes des montagnes dans une logique de performance. Je suis allé sur ces terres justement parce qu’elles sont déclassées, échappant au rendement, à la productivité, aux « grandes personnes qui aiment les chiffres » comme dit le Petit Prince de Saint-Exupéry. Des terres où l’on peut vivre de tout ce qui ne se monétise pas. La beauté, la lenteur, la poésie, le silence. Tout ce qui a du prix dans une existence, c’est ce qui échappe au règne du quantifiable, de l’économique.

Vous êtes finalement devenu jésuite ?

C. W.  : Non. J’ai quitté le noviciat juste après ce voyage. Le deuil de la vie religieuse a été un peu douloureux, l’impression, une fois encore, de ne pas avoir réussi à trouver sa place, son lieu. Mais je suis encore très proche d’eux et de leur spiritualité. La marche m’a permis de faire la vérité sur moi. Je me suis rendu compte que je pouvais vivre la radicalité de l’Évangile dans une vie simple de baptisé. Je crois que de plus en plus la sainteté va se chercher en dehors des cloîtres et des couvents.

Où vivez-vous désormais ?

C. W.  : Entre l’Ardèche, où je vis majoritairement, à la porte d’un monastère, et Paris. Dans une alternance des espaces et des mondes, entre vide et plein. J’aspire juste à une vie simple, avec beaucoup d’espace et de silence. Une vie sobre et rustique.

Enfin à votre place, installé ?

C. W.  : Il ne faut jamais s’installer ! En tout cas, un chrétien ne peut pas s’installer ! Parce que, comme disaient les vieux Pères de l’Église, Dieu est l’éternellement recherché, et qu’on n’a jamais fini d’apprendre à aimer. Sans cesse, il faut repartir, s’expatrier de ses certitudes, se remettre en marche. En sachant que la route est une école du dépouillement. On y apprend à se soustraire des inutilités, des futilités, à se dégrossir. On se rend compte alors qu’on complique trop nos existences, que les biens nous encombrent, et qu’on peut vivre intensément avec peu. Dans le Massif central, plus les jours passaient et plus je me disais que moins j’avais de choses, plus j’étais heureux.

Y a-t-il une chose que vous regrettez ?

C. W.  : J’ai tout aimé. Je ne suis pas un grand aventurier contemporain comme Sylvain Tesson, mais je pense que j’ai un tempérament comme ça : ne pas trop prévoir, ne pas avoir de visibilité sur mon existence. Je gagne peu ma vie, je ne sais pas trop où je serai dans six mois. Est-ce possible de continuer longtemps comme ça ? Je ne sais pas. J’aime bien l’image du vagabond céleste. Être offert sans trop vouloir contrôler ce qui advient. C’est peut-être ça, l’aventure.

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Ses dates

1981 : Naissance à Paris.

2003 : Diplômé de Sciences Po Toulouse.

2012-2014 : Journaliste à La Vie.

2014-2015 : Novice chez les trappistes à l’abbaye de Lérins.

2016-2017 : Année d’ermite dans la vallée de Chevreuse. Publication du Chemin du cœur. L’expérience spirituelle d’André Louf (Salvator, 300 p., 21 €).

2018-2019 : Première année de noviciat chez les jésuites, marche dans le Massif central.

2021 : Le Chemin des estives. (Flammarion, 368 p., 21 €. Publié en poche en 2022  : J’ai lu, 352 p., 8 €)

Son livre (à emporter en randonnée)

Les Mémoires de Casanova

« Je lui ai consacré une biographie (Casanova ou l’Essence des Lumières, Bernard Giovanangeli éditeur, 2008, 191 p., 20 €). Ce n’est pas le coureur de jupons qui m’intéresse, mais l’aventurier, le grand vivant. Certes, ce n’est pas un saint selon les critères de l’Église, n’empêche que pour tous ceux qui placent la liberté au firmament, il fait figure de saint patron. Histoire de ma vie, son chef-d’œuvre, enseigne l’indifférence aux aléas, le sens de l’instant, le goût de la fugue et l’art de s’amuser de tout. »

Son lieu

Auriac (Corrèze)

« Le petit village où j’ai passé toutes mes vacances depuis que je suis petit, et où mes ancêtres sont enterrés. Deux cents âmes distribuées autour d’une église romane aux toits de lauze. Un endroit dont on cherche à s’échapper parce que c’est le lieu des déterminations, des névroses familiales, mais où l’on revient toujours, car il est fiché en nous, et que c’est un recours lorsque tout tangue. »

Son animal

Les vaches salers

« J’adore les vaches. Pour moi ce sont des modèles de conduite intérieure. Elles sont un remède contre la précipitation de notre époque. Elles semblent nous dire : “Mais après quoi cours-tu ?” Elles ne ruminent pas que de l’herbe, elles ruminent aussi du temps. Les regarder me procure une grande quiétude. Les salers sont celles que l’on croise le plus sur les estives du Massif central. Pour moi, ce sont les plus belles, les plus racées. »

Recueilli par Stéphane Bataillon