Soutenir

Tu as pulvérisé
les lourdes portes de fer
sans même une parole

Mais le regard naissant
d’un bleu fixant ma nuit.

Irrigué

Au-delà des fatigues
soudain une énergie
d’une source plus profonde
atteinte grâce à toi

Comme un autre indicible.

Une tempête

Griffant le sein

As-tu vraiment si peur
du vent qui tambourine ?

Il apporte les nouvelles
venues d’autres matins

Il nous suffit d’attendre
en baissant les volets

Elles seront déposées
au pied de tes angoisses
pour élargir ton champ

T’informer des silences.

Credo (21) : Motif

Lisant L’encre serait de l’ombre, l’anthologie personnelle de Philippe Jaccottet, je me demande. Sur quel motif interpréter sans risque d’épuisement ? Sur quel motif j’interprète ? Sur quel fragment de monde encore plus proche de moi que le roc de Bretagne, que le château d’enfant, que la parole inscrite ?

Sur une onde.

Tout à la fois lumière, énergie et parole. Bien au delà, beaucoup plus proche. Un lien sans religion, qui régit sans combat. Sans qualificatif. Non par insoumission, mais pour être impartial. Un absoluà ma hauteur, poli après extraction. Plus incarné et chaleureux que tous les autres noms et que du mot amour.

Et le poème n’est pas une vaine tentative pour tenter de la dire. Non, finalement, pas à corps perdus. Pas en changeant de peau. Pas un poème qui créerait l’aventure d’une quête trop immense, qui aurait, romantique, mon destin à accomplir comme par procuration.

Au contraire, une parcelle. Autonome. Minuscule. À chaque fois l’expérience de cette source, avec le risque constant du mot en plus, du mot de trop qui l’utiliserait. Une source qui pourrait disparaître en demeurant toujours.

L’enjeu serait donc sa perception. Maintenir une proximité quotidienne avec elle. Pour écrire. Pour vivre. Avec certains étés des risques d’assèchement.

L’étoile n’est pas inaccessible car elle n’est pas étoile.

Elle est fraîcheur d’une gorgée d’eau dont il faut juste se souvenir. Un souvenir de l’instant du souvenir.

C’est ce qui apparaîtrait entre nos deux regards.

Borne

La crise s’est arrêtée
au seuil de tes cris

Ton sourire projeté
jusqu’au moment naissant.

Protection des possibles

Isoler les fenêtres
avant le froid d’hiver

Que tu puisses habiter
cette maison d’où partir
vers ton aventure.

 

« Jésus disait :
Les renards ont leur tanières,
et les oiseaux ont des nids.
Le Fils de l’Homme n’a pas de lieu
où appuyer sa tête et se reposer. »

Évangile de Thomas – Logion 86

« La vérité est toujours en exil »

Rabbi Israël ben Eliezer (Baal Shem Tov)

Credo (20) : Fixe

Ce regard

Pas pour un souvenir

Pour traduire un « Je Suis »
qui nous rappelle à l’ordre

et le mettre en commun.

 

Jésus disait :
Je renverserai cette maison
et nul ne pourra la rebâtir.

L’Évangile selon Thomas – Logion 71
(écrit apocryphe chrétien)
Traduction de Jean-Yves Leloup

Pauses #2 : Brumes

Aujourd’hui, le mixage final du second épisode de notre série « Pauses », projet de poésie multimédia réalisé avec le compositeur et musicien Christophe Rosenberg et l’animateur et illustateur Thomas Durcudoy. Une plongée hallucinée dans les souvenirs de l’enfance et ses angoisses réveillées par le tintement de quelques clés. Celles d’une église italienne, d’un donjon, ou d’une cave secrète…

Écoutez « Brumes » :

Regardez « L’incertitude », le premier épisode de la série Pauses

Convivialisme

L’énergie décuplée
malgré l’épuisement

Et croire de nouveau
à un monde meilleur

Contribution possible
au plus proche des sourires
qui ne demandent rien.

Partage

Tu étais roi d’un monde
nous étions tes sujets

Ce matin, au réveil,
au gré de nos sourires
nous nous sommes sentis trois.

Béatitudes

Qui de nous deux
le plus inquiet ?

Le plus heureux ?

Une nuit à tes côtés
et tes cris qui espèrent
avant l’exemple à suivre.

 

 

« Une personne âgée en jours n’hésitera pas d’interroger
un petit enfant de sept jours sur l’endroit de la vie, et cette personne vivra.  »
Évangile selon Thomas, écrit apocryphe chrétien