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Stéphane Bataillon Posts

Journal d’un journal #4

La crise de la presse ? Il y a autre chose que les baisses de diffusion. Que la disparition des habitudes. Que les fermetures de kiosques. Autre chose. Un affadissement de cette tension subtile qui fait tenir les pages entre elles. Un affaiblissement inversement proportionnel au bruit des vociférations, des images, des mots, des réactions. Cette tension subtile qui n’est plus suffisante pour vibrer et donc nous faire vibrer face à l’époque. Et puisque cette tension n’est plus efficiente, autant se concentrer sur le flux des contenus. Car ce ne sont pas eux, ici, qui sont en jeu.

Des enquêtes, des reportages, des critiques et des conversations de qualité, publiés sont en nombre, il suffit de chercher. Il s’agit d’autre chose. De corps. De sueur. De vitalité. Une ligne. Une identité. Une cohérence des failles. Je pense que cette émotion là viendra à manquer. Que cette absence, si on n’y fait rien pour y remédier, finira par nous rendre fous.

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Journal d’un journal #3

Nous cherchons ensemble. Nous cherchons notre raison profonde de faire, malgré toutes les bonnes raisons de ne pas le faire, un nouveau journal. Pour des lecteurs. Pour nous.

Que voulons-nous ? Quelles modalités proposer pour mieux accueillir le monde ? Que n’avons nous pas, ou plus, ou pas assez, pour s’en sentir « informés », touchés par ce qui se pense, ce qui se vit, ce qui arrive autour de nous. Par l’évènement ? On sent qu’il ne s’agit pas de « comprendre le monde ». Que ça, ça ne sert à rien. Que ça, ça déborde. Ça rempli des pages, comble des doutes, rassure, mais nous laisse là. Là où on l’on se trouve. Désespéré de notre impuissance.

Alors quoi ?

Nous devrions, normalement, tous avoir confiance. Nous devenons tous médiateurs, les mains dans le cambouis. Impacté par la force d’une phrase transmise, par la violence d’une réaction, par le désastre d’un mensonge. À propos de soi, de ce que l’on a dit, de la couleur du monde. Nous devrions apprendre. Mais non, au contraire, on perd confiance. Dans nos médias. En nous.

Ce qui se joue dans cette perte, c’est peut être quelque chose qui a à voir avec la perte d’une amitié. De l’amitié à l’autre, à nous-même. De cet intime situé, dans les deux cas, à la frontière entre notre famille et le monde extérieur, intérieur. De cette amitié sur qui l’on comptait pour s’aventurer au delà de nos rêves. En imaginant au quotidien et grâce à elle un équilibre passionné de débats, de projets, d’envies, de jalousies, d’initiatives magnifiques ou pathétiques, mais réalisées. Une appropriation de la réalité qui nous permettait d’un peu mieux se situer sur la carte de nos tendresses.

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Journal d’un journal #2 : l’acrualité

Lecture, dans un vieux numéro de l’Autre Journal, du grand entretien entre Marguerite Duras et François Mitterrand. Un nom résonne comme un souvenir d’écran cathodique : M.Perez de Cuellar, secrétaire général de l’ONU. Hervé Claude ou Yves Mourousi. Les indicatifs d’Antenne 2 et les pubs Banga aux couleurs psychés. L’information ne persiste pas. Les renommées non plus. Cruel. Pas important.

Car il y a autre chose, dans un autre numéro de l’Autre Journal. Un autre grand entretien avec Michel Jobert par Claude Sérillon. « L’art de gouverner ». Quatorze pleines pages (14 !). Juste 5 petites photos, 22 questions courtes, autant de questions longues. Il est question de Pompidou, de Mitterrand, de Kadhafi, de Tatcher, de Balladur, de Barre, de Bérégovoy. De ce qui est en train, en mai 1986, de s’agiter, de ce ce qui pourrait avoir lieu dans notre passé. Des problèmes d’en ce temps là. Et pourtant, l’entretien est d’une étonnante actualité, d’un étonnant éclaircissement sur les raisons profondes et les stratégies adoptées par les hommes pour exister. L’article tient la distance. Et l’on se dit que l’on ne peut lire ça (14 pages, 14 pages de pensées développées, confiantes, remuantes) de plonger dans la lecture comme ça, d’avoir cette intimité avec une expérience qui se raconte, nulle par ailleurs. Ni dans un livre, ni sur le net, ni à la radio ou à la télé. Seulement dans un journal papier. Touché.

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Sortie de la revue PAN n°4

Oyez, oyez, dès le 10 novembre, sortie de la revue Pan N°4 aux éditions Magnani, préparée par Jérémie Fischer et Jean-Baptiste Labrune ! Avec comme toujours de superbes textes et de très belles images. Vous pourrez y retrouver un long texte inédit : la brique, sur des dessins de Guillaume Chauchat. Attention, tirage limité à 500 ex. Il n’y en aura pas pour tout le monde !

Au sommaire : Marine Rivoal, Stéphane Bataillon, Caroline CédébécéGuillaume Chauchat, Idir DavaineJérémie Fischer, Jessica Galzin, Yann KebbiJean-Baptiste Labrune, Bénédicte Muller, Anne-Sophie Plaisant, Simon Roussin, Mélanie Sadler, Anna Serra et Laurine Thizy.

Pour commander la revue : http://revuepan.com/boutique-1

pan 4 / Revue littéraire et dessinée
Comité éditorial : J. Fischer et J-B Labrune
Metteur en pages : J. Magnani
184 pages, 14 x 19 cm
Éditions Magnani
Couverture illustrée par Marine Rivoal
500 exemplaires, novembre 2017
ISBN : 979.10.92058.32.1
Prix : 18 euros

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Les homards

Ce qui se joue, ce qui est en train de se jouer, aurait à voir avec notre degré de liberté. Ce qui se joue, serait l’estimation de notre marge de manœuvre individuelle. Celle que la communauté à laquelle nous participons est en train de redéfinir. Les interdictions sont massives. Les permissions immenses. Plus rien ne nous est, ne nous sera imposé. À nous de choisir. Aux autres de s’adapter. Mais tout se fait lentement. à petit feu. Sauf, parfois, une détonation qui nous fait prendre conscience. On ne parle plus dans les openspace. On tapote, communique, slackons sans autre cliquetis que celui des claviers. Mais on choisit son temps. Son lieu. Son programme. Fluidité apparente, de plus en plus canalisée. Mais la température de l’eau est décidée ensemble : démocratie participative, coworking, coconstruction et communication bienveillante. Alors il ne faudrait trop rien dire. Même quand la température augmente. Si nous savons cliquer, nous trouverons très vite le code de réduction. Nous sommes les clients-rois d’un monde de libre esclavage.

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