After you

Quand la vitesse augmente
jusqu’à l’incertitude
des vibrations majeures

Quand la tête s’éprend
d’une ivresse subite
autour du regard bleu

Quand le cri inaudible
entre en incandescence
jusqu’au lâcher du corps

Mes pleurs te rejoignent
dans un cercle de neige.

Liqueur

Il n’y a presque plus de goût
presque plus de sang
presque plus de noir

C’est presque envisageable
d’en garder jusqu’au seuil

De la boire sans fin.

Courants

Se laisser porter

Et retrouver l’état
qui pouvait nous surprendre.

S’immiscer par les failles.

L’échange

Je partirai tracer
la carte du rivage

Je laisserai un mot
au bord de chaque parcelle

Jusqu’à ce que l’écume
puisse se faire entendre.

Traverses

Je devine ce peuple
qui aime dans le froid
et dans les larmes noires

Ce peuple qui se rencontre
au carrefour de ces temps
qui nous ont terrassé

Ces regards qui traduisent
le passage trop rapide
par un détachement

Nous ne ferons pas lien
pas ici, pas ce soir,
pas sans nos solitudes.

Persiste

Il ne fait pas trop froid

Le silence de la chambre
acceuille une mélodie
légère et inutile

Peut-être qu’elle restera
jusqu’au profond des jours

Et que, l’instant venu,
elle deviendra signal

Pour que je nous souvienne
dans l’œil des cyclones.

Songer

Un lit de paille
derrière la gare

Un train peut-être
réveillera
notre belle échappée.

L’aurore

Devenir cette pierre
qui délaisse ses ombres

Pour que le grain s’arrache
et apaise les vagues.
 

Valentin after 4

Pour S.


Au rythme de chaque jour
et de nos regards clairs

Au-delà de nos nuits
aimer te dire les mots

Qui me rattachent à toi
du fond de nos enfances.

Amorce

Il y a quelque chose.
Nous ne l’atteindrons pas.

Mais il y a
quelque chose

Que nous devrons nommer
avec ces quelques mots
attendant la rencontre.

Quelque chose de simple.

Je ne suis pas d’ici

Je ne suis pas d’ici
et ne peux me comprendre
si je n’accepte pas
d’être le fils du sable
et de ce soleil lourd
à qui j’échappe sans trêve

Je ne suis pas d’ici
et ne peux me comprendre
si je refuse la langue
qui charrie ce parfum
trop sucré pour ma langue

Je ne suis pas d’ici
et ne peux me comprendre
si je laisse les coraux
mourir sans leurs couleurs
au cœur d’une mer rouge.

Sisyphus’s talk

Douces aspérités
qui n’ont d’autres secrets
que les failles des mains
à force d’être compagnes

Te répudier au fond
nous enverra forger
l’instant de la rencontre

Je ne peux plus
penser qu’à toi.

L’ambition

Ils se sont acharnés à dompter l’Océan
Pour effleurer les vagues juste avant les vaisseaux.

Moi, je resterai là.
J’apprivoiserai le vide.

Décarnation (conte érotique)

Parfum d’herbe coupée
qui juste avant l’averse
tente de dissimuler
les accès de faiblesse

J’ai failli, madame.

Après l’ombre laissée
dans un recoin immonde
étourdir d’une soirée
les danses et les rondes

J’ai failli, madame.

Et puis un soir pavé
de cruelles intentions
je me suis approché
et je vous ai dit non

Pour faillir avec vous.

Porter

Une parole remuante
qui ne sait pas encore
la forme qu’elle prendra

Que l’on porte avec soi
lourd, malade et sans prises

Dont on ne peut prédire
qu’une seule délivrance
et un moment de joie.