Une promenade au jardin

Ça commence par de la mélisse officinale, de la rue et du millepertuis. Puis tanaisie, echinacée pourpre, giroflée pourpre, gaillarde, benoîte, pyretre de Dalmatie, Coréopsis, œillet du poète (Madame…), coquelicot, oeillet mignardise, bourrache (miam), centaure (hue dada), une coquille brisée d’escargot, correopsis, gaillarde, guimauve (verte), un bourdon, lavande, benoîte, ancolie pourpre, ancolie blanche (sœurs ennemies), muflier varié (élégant goujat), arôme (de quoi ?), lychis fleur de coucou (femme fatale), immortelle à bractées, agastache anisée, camomille matricaire, cosmos bipinné, menthe poivrée, souci (pas trop en ce moment, ça va merci), centaurée des montagne, capucine naine, balsamine, absinthe (ma soif), sarriette vivace ( hopopop ma jeune amie) et nigelle de Damas (fin ouverte).

La forme

Chut.
Plus un bruit
Elle s’approche

On la voit bien qui s’approche,
puisque tout
tout est blanc

Même nous

Elle ne fait pas de bruit
non plus

On se respecte
On le sait tous les deux
Qu’est-ce que ça pourra bien donner ?
On ne sait pas.

On ne veut surtout pas savoir
simplement jouer
simplement

Une forme, une couleur,
à peine

On aime déjà entendre
la vibration
ou voir
toucher
sentir

La vibration
qui sortira

De tout ça.

Humus

Enfin sentir l’odeur,
celle qui ne monte pas

Ce parfum réservé
à ceux qui se rapprochent

Qui prévient le regard
du changement de focale

Qui accepte l’essence
d’une terre qui s’agite.

Sa beauté

Un cerisier en fleur

Avec une branche morte,
avec des parasites,
avec des entailles
de couples trop pressés
qui font sa différence.

Mon cerisier en fleur.

Décalé

Le train a du retard
les passagers s’affolent
de ce temps qui s’impose

Comme les mains
comme le soleil
qui caresse la verrière
qui caresse notre peau.

Design du poème (4)

La poésie. Pour tenter ses mots sur cette force reliante qui, désincarnée, illimitée et intouchable, échappe aux mille définitions qui pourraient la contraindre. Cette force qui se soustrait au langage, plus forte que le verbe. Tout comme la poésie. Qui ne naît pas du mot, mais l’utilise. Pour une approche chantante. Pour tenter de se mettre en rythme avec soi, le monde et, au bout, avec cet amour fou. Né d’un serment, passé dès l’origine, et reproduit sans cesse.

Design du poème (3)

L’angoissante impression de se répéter. Que ma poésie en a peut-être finie d’être utile, d’établir le cadastre du paysage où je vis. L’impression de ne plus rien avoir à faire, que tout est calme et apaisé. Que le royaume menacé a trouvé la parade, assurant ses frontières. Qu’il suffit, désormais, d’en assurer les rondes et de goûter la vie. Est-ce un mal ? Beaucoup disent qu’un écrivain passe sa vie à n’écrire qu’une seule chose. Que c’est justement là qu’on reconnait le style. Un style. La matérialisation d’une frontière, qu’il faudrait solidement établir afin que procède la reconaissance mutuelle entre soi et le monde ? La ligne à partir de laquelle on serait vraiment libre, ou la pire des geôles ? Une chose semble sûre : pas de poésie sans horizon à enchanter.

Géographie

Imaginer une terre

aussi douce et confiante

que nos corps enlacés

jusqu’à la pleine lune.


Le jour d’après

La page s’est refermée

sur l’ultime chapitre

de notre trilogie


Il est temps désormais

de sortir faire un tour

et d’arpenter les routes


Voir ce qui a changé,

et prendre la décision

de reprendre le rythme

 

Ou bien de bifurquer

pour d’autres découvertes

au pied de la cascade

 

De préciser les termes

jalonnant le chemin

que j’invente avec toi.


Design du poème (2)

On aime tourner autour de cette magie du poème. Lire, disserter dessus. Ajouter sa propre définition de la poésie, participer à cette cérémonie qui ne s’arrête pas. Cela ne se brouille pas. Cela ne se contredit jamais. Si la poésie tente de dire l’indiscible, sa définition aussi. Un jeu de miroirs, fait de caresses et d’effleurements, pour s’approcher sans paroles trop hautes. Un mot, qui ouvre sur d’autres mots. Une porte. Sur des milliards de mots qui chantent et qui s’accordent. Qui composent tous ensemble la symphonie du monde. Puisant et s’étirant à la suite du principe que l’on pressent commun.

Design du poème (1)

Un espace libre existe. Un espace disponible de mots, de phrases, de paragraphes et de chapitres ; de livres, de bibliothèques et de silence. Un silence cerné afin de l’investir et le charger de vide. Un vide qui ne tombe pas, qui porte et qui apaise. Qui encadre l’exercice de relier d’un seul geste et l’espace et le temps. Tenter de faire partager cet espace là, que chacun s’y repère. S’y retrouve. Sans céder à aucun mot qui ne lui conviendrait pas. Sans se sentir contraint de traduire par avance. Par ici, peut-être, se place l’invention du poème.

Ligne

Un vide

qui aurait une histoire


et qui compterait sur nous

pour remplir le reste.

Fonction

Et si la poésie

ça servait juste…

à réchauffer la nuit

pour mieux engendrer l’aube


Comme une sage femme

qui ne resterait pas.


Vous êtes sûrs ?

Tendre la main

montrer qu’on n’a pas d’arme


Laissez dans l’autre pièce

les sombres intentions


Allez à la rencontre

de l’araignée géante

aux mille yeux rougeoyants.