Heure d’été

Un peu de jazz
un café chaud

On range la maison
au rythme de tes cris
qui s’émerveillent du monde

Les mots se sont dissous
dans l’heure évaporée.

Credo (33) : tendresse

Comme une haute tendresse
qui ne réclamerait pas

Une simple voie à suivre.

 

Dilectionem fraternam non solum ex Deo, sed etiam Deum esse

La dilection fraternelle ne vient pas seulement de Dieu, c’est Dieu.

Saint-Augustin

Credo (32) : et sans trop de paroles

S’emparer du motif

Jouer à hauteur d’homme
pour découvrir les marques
d’une gaîté tranquille.

 

Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ?
Ceci : que nous soyons humains envers les humains,
qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes.

Maurice Bellet

Credo (31) : L’agonie dans le jardin

Résister à l’envie
de troubler le cours d’eau
en lançant cette pierre

Rentrer jusqu’à la taille
sans craindre
la submersion.

 

EXPLICATION RÊVÉE : Dans le récit de la Passion, juste après l’annonce de leur trahison, les disciples de Jésus se retrouvent dans le jardin du Mont des oliviers pour prier (Lc 22:45-46). Jésus les surprend « endormis par la tristesse ». Certains interprètent ce passage comme une compassion profonde pour ceux qui, pourtant, ne vont pas soutenir leur maître face à la foule. De Simon-Pierre, niant reconnaître, à Judas, dénonçant d’une parole, leur fidélité par crainte ou par lâcheté. Ils seraient pardonnés par avance de cette attitude de renoncement. L’histoire pourrait s’arrêter là. Irresponsable.

Et si cet endormissement était plutôt une désespérance ? Et si cette épisode était la clé de voute de toute la Passion ? Clé cachée, comme souvent dans les textes, par un évènement, une émotion forte qui arrive juste après : l’arrestation.

La remise en cause de leur fidélité par leur objet même a brisé quelque chose chez les disciples. Immédiatement ils se disputent entre-eux, se retrouvent et se renferment, entre eux. L’enchantement s’est rompu. Et la foi laisse place à un doute profond et irrécupérable. Une faille indicible, spirituelle, plus grave que ce doute matérialiste et légitime exprimé ensuite par Thomas (Jn 20, 24-29).

Cette tristesse qui endort et paralyse symbolise la fin, brutale, d’une utopie de connaissance à laquelle ces hommes ont cru. Le surgissement du doute face aux seules certitudes qui leur ont coûtés. Coûtés leurs vies d’avant. Il faudra un scandale, l’ultime témoignage d’une permanence dans la résurrection, pour qu’ils reprennent confiance dans l’horizon possible.

Cette tristesse entraîne l’enchainement de la violence, entre eux (Lc 22:24) et contre les autres (Lc 22:50) persécutant les premiers l’innocent (l’esclave du grand prêtre). À ce stade, même un dernier miracle (la guérison de l’oreille droite) ne réussit plus à renverser l’effondrement intérieur. Il aboutira à la mort de leur liberté intérieure (Lc 22:52), coïncidant avec la mort sur la Croix.

C’est la perte de foi des disciples, de leur rapport à une foi qui est, en définitive, rapport à leur fidélité intime qui provoque la mort du Christ. Ce n’est pas un qui trahit un, c’est tous les hommes qui trahissent une confiance. Juste avant la perte de l’espérance.

Et cela se passe dans un jardin. Bouclant la boucle avec l’Éden d’une connaissance offerte mais que l’homme refuse, peut-être pour rester libre et faire ses propres erreurs, ses propres tentatives, une seconde fois. Aboutissant, comme hier, à un retrait de la lumière. Une trahison qui serait le moyen que nous avons trouvé. Pour faire nos preuves. Comme l’ultime transgression pour devenir adulte.

 

« Le péché contre l’espérance, le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce… C’est le plus riche des élixirs du démon, son ambroisie. »

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne.

« Il leur dit : « Quoi ! Vous dormez ! Levez-vous et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation ! » »
Lc 23:46

Credo (30) : Passion

Je ne répèterai
tous les cris de mon corps

Je ne me lamenterai
pour mieux me rapprocher

Et te tuer
d’un coup.

Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.
Lc 23:34

Credo (28) : Veille

Je ne vous rejoins pas
autour du grand feu

Autour de ces cris
que la musique étouffe

Un peu de pain
un peu de vin

Et fermer les volets
juste avant le départ.


« Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. »
Albert Schweitzer

Credo (27) : Shaddaï

Une tortue marine
engendre puis prend le large

Laisse libre, sans exigence
en s’étant assurée

Sans bien encore savoir
s’ils lui en voudront
de cette liberté.

 

EXPLICATION RÊVÉE : Shaddaï est l’une des nombreuses appellations de Dieu dans l’Ancien Testament. Ce nom apparaît sept fois dans la Genèse et une trentaine de fois dans le livre de Job (Gn 17,1 ; Jb 5,17 par ex.). Selon la Traduction œcuménique de la Bible (TOB 2010), la signification exacte de ce nom reste encore un mystère pour les chercheurs. Dans l’Orient ancien, il serait lié à la fécondité. Dans le Tao chinois, la « voie » est cet invisible inépuisable qui engendre. Un principe premier, agissant dans l’instant, au-delà des souvenirs. Mêlant les deux approches, et en rêvant un peu, Shaddaï pourrait signifier non pas Celui, mais « Ce qui engendre ». Qui s’effacerait ensuite pour mieux nous rendre libre. Non par amour, mais pour nous permettre d’engendrer à notre tour et sans cesse cette liaison d’harmonie. L’être et le non-être s’engendrent sans fin (…)  Celui qui connait le Tao crée sans s’approprier /et œuvre sans rien attendre. // Il ne s’attache pas à ses œuvres. / Et, par là, il les rend éternelles. (Tao-to-King, I,2). Et tout cela valant transposé à l’écriture.

Credo (26) : L’inespérance

Peut-être que cela n’attend rien de nous. Peut-être que c’est le signe et l’ultime témoignage de notre humilité. Qu’il faut juste devenir, conjugé.

Je suis celui qui est / Je suis qui je serai / Je serai qui je suis / Je serai qui je serai

Credo (25) : Par rapport

Il faudra du courage
pour imposer les mots
et pour les faire entendre

Que leur puissance intime
puisse déverser sur nous
et noyer l’adversaire
de notre liberté

Et puis y revenir
au bonheur des jours
chaque fois que nécessaire.

Deux lectures pour découvrir les Terres rares en avant-première

Bonjour à tous,

Je donnerai, mardi et mercredi, les premières lectures de mon nouveau recueil, les Terres rares, en tant qu’invité de deux récitals musicaux de Bruno Doucey. Le livre sera disponible lors de ces soirées en avant-première (avec séance de dédicaces à la fin du récital).

 – MARDI 19 MARS – VIROFLAY – Auditorium de Viroflay – 20h30 : Récital musical de Bruno Doucey avec Dominique Sampiero, Laurence Bouvet, Stéphane Bataillon

 – MERCREDI 20 MARS 2012 – ANDRÉSY – Bibliothèque Municipale Saint-Exupéry- 20h30 : Récital musical de Bruno Doucey avec Aurélia Lassaque et Stéphane Bataillon

Au plaisir de vous y rencontrer.

 

D’exigence

Ce sont des mots tout simples
l’eau, l’amour et l’envie

Des mots qu’on ose pas
ou alors en pleurant
ou alors en chantant
pour qu’ils n’entendent pas

Mais d’exigence.