Note sur la poésie #72 : Lorand Gaspar

Je n’ai rien écrit sur la disparition de Lorand Gaspar. Faute d’un temps que je n’avais pas. Faute, aussi, de n’avoir pas suffisamment croisé son oeuvre, rapprochée pourtant de celles de ceux qui me font vibrer chaque jour : Guillevic, Perros, Jaccottet, Grosjean, Jabès.
Je vais réparer cela, j’oserai presque dire avec joie. Et j’y reviendrai, hors du temps convenu, mais nécessaire, des hommages. Pour partager ce que j’y aurai trouvé de lumière augmentée, d’énergie transférée, de puissance effective. Pour évaluer la force d’un poème sans le temps.

Note sur la poésie #71 : La forme affirmative

Sentir le manque du poème qui ce soir, faute à d’autres travaux, d’autres mots à écrire, n’a pas eu l’espace nécessaire pour sortir. Être tenté d’abandonner, et puis lire une lettre de Jean-Marie Barnaud sur ses hésitations*, sur les choix à faire au sein d’un poème, ces choix infimes et douloureux parfois nécessaire pour ne pas trahir. Sacrifice d’un mot, d’un rythme, qu’on avait reconnu. Une sorte de déchirement de soi. Un courage admirable et incompréhensible de l’extérieur. Avec, au bout, plus que de la satisfaction. Un des secrets de « cette confrérie-là ».

* Lettre à G.L in « Sous l’imperturbable clarté » Poésie/Gallimard, 2019

Note sur la poésie #70 : rentrée

Tout reprend. Avec ce rythme, cette pression, cette énergie aussi. Si différente des jours passés. Avec une volonté de tout donner aux mots. De les charger à juste titre. De passer encore plus de temps à travailler, heureux et concentré, à cet exercice. Jeu d’une vie. À gagner.

Notes sur la poésie #69

Comment résister aux ultraforces* qui nous divisent, à ces modèles d’existences cloitrées derrière des écrans, attendant ces micro-décharges d’adrénalines quotidiennes, nécessaires pour se sentir vivant, qui nous tuent à petit feu, nous éteignent, captent notre lumière ? Sortir dehors. Toucher les arbres, les plantes, les rochers. Parler face à face. Projeter la parole et désirer l’écho. Faire poème.

 

“Il n’est possible d’aimer et d’être juste que si l’on connaît l’empire de la force, et que l’on sait ne pas la respecter”

Simone Weil

* Pascal Chabot, Exister, résister, Puf, 2017.

Notes sur la poésie #68

Remarque, hier, d’une proche : “Mais ta poésie ne sert à rien, ne fait rien pour aider à résoudre les immenses difficultés du monde, ne s’engage pas, est, finalement, un peu égoïste.” Pause. Doute. Et si tout cela ne faisait qu’ajouter du bruit au bruit ? Une vanité de plus ?

J’espère que non. J’essaye de créer quelque chose, un objet-poème. Un ensemble de matière-mot que je taille et affine, précise, décharge, dans un double but : certes que l’ensemble chante pour moi. Qu’il me procure une très légère et fugace euphorie qui justifiera, quoi qu’il se passe, cette journée de plus. Mais c’est bien pour qu’il puisse, ensuite, et chargé de cette vibration transformatrice, résonner chez l’autre. Lui procurer aussi, par ces mots, quelque chose d’inutile et d’essentiel : une émotion inattendue.

Pour contribuer à intensifier l’énergie du vivant.

Un tweet, d’un ami inconnu, vient, comme toujours par hasard, me rassurer un peu : “Lorsqu’au bureau les heures se font oppressantes, je prends quelques minutes pour lire les derniers poèmes de @sbataillon. Au final, peu importe la tyrannie de l’urgence, puisque “Une rose s’est épanouie / dans la froidure des lunes”

Je ressaisis ma pointe
dès l’aube du jour qui vient

Sans cesse travailler
à la taille des menhirs.